Le gérontocide

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J'ai été percutée par ce mot,  comme si je le découvrais pour la première fois de ma vie, en lisant l'article "Le gérontocide, forme extrême de l’âgisme ?". Depuis l'établissement du confinement dans les EMS et les EHPAD - à quoi s'ajoutent les recommandations voire les obligations de ne pas sortir de chez eux pour ceux qui ont encore leurs domiciles - nous assistons à un "mouroir low cost".

 

La plupart des personnes âgées se sont retrouvées ainsi emprisonnées dans leurs établissements, véritables nids pour un trépas, coupées de toutes visites qui sont leurs liens primordiaux à la vie.

Avec le prétexte de les préserver, on les maintient sous cloche. Il est ainsi plus facile d'isoler que de protéger. Heureusement, différents moyens ont été développés dans certains lieux où le personnel soignant n'est pas surchargé - ou plutôt reconnaît où sont les priorités - et ressent de l'empathie pour les pensionnaires. Je connais le cas de l'infirmier d'un EMS qui appelle la conjointe d'un octogénaire lorsque celui-ci devient trop agressif verbalement, plutôt que de lui donner des calmants! Et cette femme peut rester plus de 3 heures près de son homme, avec la joie de le promener au soleil dans le jardin du home.

Ce fut bien différent pour une dame qui allait voir sa grand-mère proche de la mort et à qui l'infirmière imposa la limitation d'une visite d'un quart d'heure. Cette durée est déplorable quand on connaît le temps nécessaire à établir un contact avec des aînés, en outre pas visité depuis plusieurs semaines. De plus la mort est une dynamique très profonde qui mérite d'être accompagnée du mieux possible. Si, depuis des siècles, on pratique l'extrême-onction, c'est bien qu'un tel rituel s'appuie sur des réalités subtiles que des êtres qui usent de leurs sensibilités savent encore capter aujourd'hui.

En focalisant sur le Covid 19, on néglige bien d'autres causes d'aggravation des pathologies voire de nouvelles pathologies. Par ailleurs, des personnes âgées ont su récupérer d'une infection coronavirale, ce qui prouve bien que l'âge ne fait pas tout.

Le stress que les aînés ressentent autour d'eux, étant donné la situation générale, est aussi cause de diminution d'immunité. A quoi s'ajoute le manque d'appétit quand on éprouve de la tristesse. Un article dénonce les conséquences du confinement en France et de son impact sur la population, dont les personnes âgées.

Un  fait me laisse songeuse : "Le Premier ministre belge avoue que les décès attribués au coronavirus en maisons de repos sont “surévalués”. Ainsi, on utilise les morts pour des fins politiques, par exemple pour profiter de subventions ou encore pour justifier le confinement. De plus, on n'enseigne pas à la population à réfléchir et on la gave de slogans qui font croire qu'on meurt du Covid plutôt qu'on meurt porteur d'un covid détecté mais pas responsable du décès causé par des pathologies installées de longue date.

Une autre dimension du gérontocide est révélée par la circulaire du 19 mars  qui inciterait les médecins à limiter l’admission en réanimation des personnes « fragiles ». Il est juste de constater qu'il vaut mieux laisser une personne proche de la mort terminer son existence dans le calme mais les critères évoqués dans la circulaire montrent qu'ils dépendent beaucoup de paramètres matériels et non d'une attitude bienveillante à l'égard du malade.

Comme le titre si bien la tdg, "les personnes âgées ne sont pas un risque mais en danger". Il est donc juste de les laisser choisir si elles préfèrent - tout en tenant compte des consignes répétées en de multiples lieux -  se ressourcer auprès de personnes aimantes plutôt que de se laisser vider de leurs énergies par des mesures drastiques et glaciales.

 

Commentaires

  • Bonjour, au sujet du dénombrement du nombre de morts dûs au virus chinois parmi la population âgée, disons les gens de plus de 70 ans, il me semble qu’on ne puisse pas établir de règle claire permettant un comptage précis.

    Si bien sûr certains cas sont flagrants, par exemple tel senior en très bonne santé, sans morbidité, qui entre en détresse respiratoire, laquelle lui sera finalement fatale, pour l’immense majorité des autres cas de décès ce n’est pas aussi simple.

    Ainsi dans beaucoup de cas, le virus chinois n’apporte que le petit coup de pouce au destin, qui sinon aurait de toute manière frappé un jour ou l’autre un corps-esprit déjà bien affaibli, usé.

    De même qu’en 2003, seules des comparaisons statistiques (je sais que vous n’aimez pas ce mot) permettront après coup de connaître la vraie surmortalité chez les gens âgés. Il est actuellement bien trop tôt pour l’établir de manière rigoureuse.

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