La confrontation à la mort

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Ce thème a surgi en moi ce Vendredi Saint, jour de la crucifixion d'un homme appelé Jésus de Nazareth. La synchronicité souligne la puissance du sujet soulevé de façon très aiguë en cette période de pandémie suscitée par un coronavirus.

Nous traversons depuis quelques temps une période où nous remettons en cause la mort. Alors qu'il s'agit du passage d'un état à un autre, la technoscience cherche les moyens d'en modifier le processus. 

Dans certains milieux, on sait encore accompagner les mourants et vivre des moments intenses. Que vit l'être humain pendant son avancée dans le trépas? Actuellement, on attend plutôt son dernier souffle. Pire encore, on le laisse mourir seul comme maintenant dans les hôpitaux et dans les homes pour personnes âgées où il est interdit à la parenté de veiller un mourant.
 
Comme pour différentes expériences de l'existence, la technoscience veut s'imposer et voudrait même changer les lois de la vie de l'être humain. Ainsi, nous avons vu apparaître le transhumanisme que Luc Ferry a bien développé dans son ouvrage: La Révolution transhumaniste.
De son côté, une filiale de Google veut développer la technologie pour retarder puis "tuer" la mort.

Différentes voies étudiées nous sont exposées dans "Transhumanisme, l'être humain peut-il devenir immortel?" Le philosophe Jean-Michel Besnier pose une conclusion cruciale : "Nous permettre d'en finir avec la finitude humaine, voilà l'idée ultime que banalisent les transhumanistes. Il ne s'agit plus de réinventer l'homme mais de préparer sa succession, pour donner naissance à un posthumain."

Certains croient que tout s'achète, y compris l'évitement de la mort. Tels sont certains milliardaires

En médecine hospitalière, la tendance est plutôt de retenir le moment fatal. Alors que le corps peut montrer des signes d'être arrivé à son terme, des moyens techniques le retiennent. En retardant le dernier souffle, on montre à quel point on a de la peine à respecter le rythme de l'existence humaine. A l'inverse, des mouvements prônant l'euthanasie sont apparus avec l'objectif de précipiter la mort.

L'évolution de la nature de la mort nous est rapportée très clairement par le Dr Luc Périno. J'en relève un passage qui décrit si bien l'évolution du corps médical : "Faute de pouvoir dominer la mort, la médecine en dissimulait l’inexorabilité. La trivialité de la cause ultime faisait place à la science de la cause primaire."

La façon dont est considéré le Covid-19 en est une illustration patente. Il lui est attribué la cause primaire des morts actuels. De plus, pour justifier l'importance qu'on lui donne, les journaux nous abreuvent tous les jours des nouveaux bilans de défunts, alors qu'il vaudrait bien mieux découvrir tous les paramètres qui  permettent à un organisme de résister ou non à ce micro-organisme. Cela conduirait également à englober des thérapies qui, loin d'être récentes et ayant apporté moult études observationnelles, sont pourtant laissées pour compte par la médecine technoscientifique qui n'a pas grand-chose à proposer si ce n'est la mesure de confinement (mesure hygiénique et non thérapeutique) qui montre de plus en plus la catastrophe qu'elle amène.

Une réflexion très large dénonce les limitations de la mentalité actuelle : "Coronavirus – Ce que vous NE pouvez PAS dire à son sujet". J'en relève des propos bien représentatifs de la mentalité courante : "La mort est devenue une abstraction ; quelque chose qui arrive quelque part, à d’autres personnes. Mais sûrement pas à nous, cependant." Et tout à coup, on lui reconnaît sa place - alors que le même nombre de morts d'autres causes n'attirent pas autant de journalistes - car nous sommes pris de cours par sa vitesse inhabituelle. L'auteur aborde encore une autre dimension de "toute cette folie pandémique (qui) semble reposer sur l’idée que la maladie et la mort sont en quelque sorte évitables. ". Et l'auteur conlut : "C’est juste que cette actuelle crise d’hystérie semble presque anti-humaine ; comme si nous devions être capables de transcender la mortalité de notre humanité."

Le professeur Maffesoli, sociologue, nous apporte, dans une longue entrevue radiophonique, sa perception très aiguë de la société que nous préparent les politiciens et les économistes. Il affirme que "le progressisme est en train de disparaître car la mort est là, la finitude qui nous constitue. Cela nous renvoie au destin." On peut dire que le virus couronné nous ramène abruptement à cette réalité connue de tout temps. "Le manque de préparation vient peut-être du fait que la mort n’était pas au programme du progressisme. Savoir vertical et absolu des énarques."

Que le printemps qui éclate nous permette de découvrir nos forces vives et d'en jouir, tout en sachant qu'elles prendront d'autres formes en temps voulu...!

 

 

 

 

Commentaires

  • D'une manière générale, je suis en accord avec votre billet. Cependant :
    "A l'inverse, des mouvements prônant l'euthanasie sont apparus avec l'objectif de précipiter la mort." me paraît franchement erroné. Les humains sont très résistants et c'est tant mieux. Mais dans la lutte finale, cette qualité devient un problème. Qui peut faire durer et durer inutilement les souffrances de certains, alors que tout est fini pour eux. Que certains médecins - une très, très petite minorité de gens courageux, quelques pour-cent parmi une immense majorité qui ont bien d'autres soucis, comme s'acheter une villa de luxe de plus, - aident les mourants à passer le cap, il me semble que cela ne correspond pas à votre formulation.

  • Merci, Géo de venir ouvrir le débat!
    Je fais une nette distinction entre le geste euthanasiant en soi qui donne à quelqu'un la possibilité de mourir effectivement très rapidement - ce qui relève d'une précipitation par rapport à l'acte de trépasser - et l'intention qui le favorise.
    Vous parlez d'une lutte finale où la souffrance durerait inutilement.
    Vous séparez les médecins en deux factions, les uns courageux, les autres soucieux de leurs villas de luxe. Je vous propose de découvrir une troisième faction : les médecins qui connaissent si bien l'art médical qu'ils perçoivent la nature de la douleur du malade et savent en saisir les mécanismes et trouver les thérapies adéquates pour au moins la réduire. Actuellement, on ne cherche à calmer principalement qu'avec des médicaments, ce qui ne traite pas la cause de la douleur.
    La douleur est comme un feu clignotant, uniquement une alerte. Il s'agit donc d'aller étudier de quoi elle est l'avertisseur, que ce soit au niveau physique ou psycho-affectif.

  • "La douleur est comme un feu clignotant, uniquement une alerte." Mais là, on pourrait presque dire que vous changez de sujet ! Nous parlions des derniers instants d'une personne. Selon le témoignage d'une excellente amie durant ses dernières heures, il s'installe une très grande angoisse que rien ne peut combattre et qui est bien compréhensible. L'issue n'est que trop évidente...
    Dans ces instants, quelques jours peut-être, les molécules censées lutter contre l'anxiété deviennent inopérantes selon ce témoignage...
    A ce titre, il faut souligner que de nos jours, avec les soins palliatifs, plus personne ne meurt de mort naturelle en Suisse. Cela devait être dit :
    les soins palliatifs sont euthanasiants...

  • Merci, Géo, de me permettre de préciser mes propos.
    Vous soulignez mon évocation de la douleur. J'aurais pu parler de souffrance - puisqu'on cherche à l'abréger- et Wikipédia vient à mon secours en définissant : "La douleur est une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable »
    C'est bien ce que vous évoquez en parlant de " très grande angoisse" . Si l'issue est évidente, la préparation intérieure de chacun-e permet de la vivre de façon très personnelle. Certains la vivent comme un soulagement d'en terminer avec une existence laborieuse sur plusieurs plans.
    Effectivement, quand le patient se trouve à un degré avancé, ce n'est plus la chimie qui peut l'accompagner mais des prises de conscience de ce qui n'a pas été résolu dans sa vie. J'ai vu des gens mourir très apaisés pour avoir résolu des traumatismes affectifs très profondément enfouis. Malheureusement actuellement, on a beaucoup trop le réflexe de "molécules" comme vous le dites si bien alors que les sentiments sont des puissance à des fréquences bien plus élevées!
    Vous écrivez : " il faut souligner que de nos jours, avec les soins palliatifs, plus personne ne meurt de mort naturelle en Suisse. " Je pense que dans ce cas, les sensibilités peuvent s'avérer très différentes d'un endroit à un autre et d'une personne à une autre. Il me semble que vous êtes un peu trop catégorique!
    C'est vrai qu'actuellement, les services hospitaliers répondent beaucoup à des protocoles préétablis. C'est pourquoi, certaines personnes - malades ou proches- préfèrent les hospitalisations à domicile, qui demandent certes une organisation particulière mais beaucoup moins ardue que l'on imagine quand on sait ce que l'on veut vraiment et qu'on s'adresse aux personnes compétentes.
    Les unités familiales sont ainsi bien plus prises en compte. D'autant plus actuellement où les personnes hospitalisées ou dans des homes n'ont plus le droit élémentaire de recevoir des visites.

  • "Malheureusement actuellement, on a beaucoup trop le réflexe de "molécules"
    Contrairement à vous, je me félicite que notre environnement scientifique a compris et assimilé le rôle important de nos hormones, qui sont volens nolens des molécules...
    Quiconque a vécu avec une femme et vu l'influence de ses hormones sur son psychisme quelques jours avant ses menstruations peut en témoigner. Les femmes, elles, savent qu'un type de 20 ans n'a pas de cerveau mais des testicules. Mais c'est plus difficile à prouver : le jeune de 20 ans se comporte comme un parfait crétin à peu près tout le temps. Il se pourrait qu'il soit juste un crétin, tout simplement...

  • Géo, J'ai écrit un peu vite! C'est au sujet des traitements que j'estime et constate qu'on soigne principalement avec des molécules alors que certains troubles ne relèvent plus d'une densité moléculaire.
    En revanche, pour comprendre des mécanismes ou surveiller l'évolution de traitements, l'analyse en est très utile.
    Vous semblez avoir été bien impressionné par le jeu hormonal qui se joue dans les femmes! En fait, les hormones sont en corrélation avec bien d'autres paramètres dont il faut tenir compte si on recherche un équilibre, voire une harmonie.

  • La MORT vaste question ... mais y a un mot que j'adore

    " L'impermanence "

  • Je viens de prendre connaissance de ce film qui peut intéresser certains lecteurs :
    Fort de son succès en salles avec 60 000 entrées à la clé, "Thanatos, l'ultime passage" marque son grand retour sur les écrans pendant 48h ce dimanche 12 et lundi 13 avril sur Vimeo.

    Réalisé par l'ancien grand reporter Pierre Barnérias (TF1, LCI, France 2, Ouest France, RTL), il s'agit de la première enquête cinématographique sur la vie après la mort. On estime que 280 millions de personnes soit 4% de la population mondiale a vécu une "expérience de mort imminente". Qui sont-elles ? Qu'ont-elles vu ? Quels messages ont-elles à nous transmettre ? Autant de questions que
    ce documentaire explore en s'appuyant à la fois sur des témoignages de personnes aux nationalités et aux croyances diverses et sur l'expertise avérée de médecins, scientifiques et chercheurs.

    Ce film qui apaise les peurs et met du baume au cœur est le bienvenu en cette période de confinement difficile pour apporter du positif et contribuer à cette reprise que nous attendons tous.

  • Platon et Aristote ne donnent substance à l'individu qu'au sein de la société: celui-ci n'existe dès lors que sur le papier ou que si quelqu'un est là pour constater son existence. Si le papier se perd et que tout le monde vous oublie, vous vous retrouvez dans une zone crépusculaire (twilight zone), intermédiaire entre l'être et le néant. C'est passionnant, non ?

  • "la première enquête cinématographique sur la vie après la mort. On estime que 280 millions de personnes soit 4% de la population mondiale a vécu une "expérience de mort imminente"."
    Cela n'a rien à voir. Il est plus que probable que les gens "en train de mourir" reçoive de leur inconscient collectif un message d'aide au passage. Vous connaissez probablement cette anecdote d'un assistant de CG Jung qui lui raconte les rêves de sa petite fille. Jung lui révèle que ces rêves ressemblent aux rites qui accompagnent les mourants chez les Incas. La petite fille est morte un mois après de leucémie foudroyante.
    Vous en tirez ce que vous voulez, mais moi je crois à l'inconscient collectif...
    Cela n'implique en rien une vie ultérieure.

  • Votre perception est intéressante, Narmer : "La MORT vaste question ... mais y a un mot que j'adore " L'impermanence ".
    Cette notion est intéressante; toutefois je ne m'y arrêterais pas car elle comporte un im- autrement dit quelque chose qui n'est pas. Alors comment la saisir?
    Je viens d'entendre Annick de Souzenelle qui évoquait la TRANSMUTATION. Ce "principe" exprime le changement. Un exemple très évoquant en est la transmutation de la chenille qui passe par le cocon puis réapparaît dans le papillon.
    On peut dire qu'il y a "mort" de la chenille qui réapparaît dans la "vie" épanouie du papillon.
    Ce qui est très bien exprimé dans : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" - une citation apocryphe d'Antoine Lavoisier sur la conservation des masses lors du changement d'état de la matière. Wikipédia -

  • +La mort, cette illustre inconnue" tel est le titre d'un article du Migros Magazine de ce jour. Si l'on peut se permettre de l'affirmer, c'est sans doute notre perception d'elle depuis quelques temps déjà, alors qu'elle fait partie de nos étapes existentielles depuis toujours.
    "Jamais la mort ne s'est invitée aussi souvent sur nos écrans, dans toutes les conversations. " On lui prête ainsi l'intention de s''inviter alors que ce sont les médias qui jouent avec ce thème qui impressionne ou apeure. En fait, Il était sans doute temps que nous la regardions en face, que nous l'insérions davantage dans notre quotidien.

  • ça fait du bien de parler de la Mort. J'avoue que c'était devenu pour moi une véritable obsession, qui m'empêchait de dormir et je prenais conscience d'une véritable terreur, finalement je me suis appliquée sur moi-même la technique "correction des phobies" de Madeleine Turgeon et... je n'ai plus peur ! Mais je n'arrive toujours pas à croire que je vais mourir... un jour !!! En réalité ma peur c'est aussi celle de mourir avant d'avoir réalisé ce pour quoi je suis venue au monde, d'être passée à côté de quelque chose d'important. Et bien il me semble que la période que nous vivons me donne le sentiment de me sentir plus vivante. C'est confus un peu ce que je veux exprimer...

  • Merci, Noëlle, pour ce témoignage très personnel!
    Un des éléments qui assaille notre société me semble être qu'on voit la mort comme un fait abrupt, comme si on passait d'être vivant à cadavre d'un coup.
    En fait, c'est un processus qui est vécu très en profondeur et qui prend du temps, souvent d'abord en sourdine. Le terme peu usité actuellement est le trépas, qui donne bien cette notion de pas-ser. On dit aussi qu'une âme met trois jours à quitter définitivement le corps, d'où le fait qu'on veillait les morts pour les entourer dans ce passage.
    On dit aussi que la mort est une naissance dans une autre dimension. Elle fait alors évoquer la naissance d'un bébé qui lui aussi débarque dans une nouvelle dimension.
    Quant au but du pourquoi notre venue au monde, on peut par exemple dire que l'existence nous permet de faire beaucoup d'expériences pour une croissance de plus en plus intime. Les anges n'auraient pas cette opportunité!!!

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