Que peut nous enseigner la peste porcine africaine (PPA) ?

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La PPA peut illustrer un principe de la physique quantique, à savoir que lorsqu'une particule se manifeste à un endroit, elle suscite des réactions en chaîne et des phénomènes d'intrications. De plus, la distance n'y revêt pas l'importance que nous connaissons dans notre espace physique.

 

 

Tant que  l'épidémie de PPA sévissait de façon endémique en Afrique subsaharienne et n'était mortelle que chez les porcs, nous ne nous sentions pas concernés, même si la catastrophe était bien réelle pour la sécurité alimentaire et économique des populations concernées.

Un point aurait pu nous interpeller : le virus a une parenté avec celui de l'hépatite C. Il y a là un clin d'oeil pour nous inciter à nous éveiller, à découvrir le "lien quantique" avec l'agent infectieux qui atteint les êtres humains. C'est une invitation à attiser notre curiosité et à chercher à connaître en quoi consiste l'infection par le virus de la PPA qui anéantit le système immunitaire et lymphatique des animaux en quelques jours, sans qu'ils ne sachent se défendre. Notre élan permettrait de mettre en oeuvre des moyens diagnostiques pour détecter les mécanismes viraux et les causes du manque de défense des suidés, afin de générer des moyens thérapeutiques et ainsi être préparés sans être dépassés par les événements le jour où un problème similaire nous atteint plus directement.

Comme le mentionne l'article cité "nous sommes tous responsables". En quoi sommes-nous reliés aux éleveurs subsahariens, surtout si nous ne sommes ni médecins ni chercheurs scientifiques? L'organisation du monde actuelle construit des secteurs très définis et en donne l'autorité à dirigeants choisis, lesquels cherchent à façonner notre façon de penser pour qu'il n'en reste qu'une "pensée unique" - dans ce cas, la vaccination en vue d'une éradication -  et  où l'individu est par conséquent vite déresponsabilisé jusque dans sa curiosité et ses intuitions. S'il était en empathie avec les populations affectées par la PPA, il se sentirait impliqué et comprendrait qu'une pareille souffrance peut le concerner d'une façon ou d'une autre, par un biais ou un autre.

Le prétexte de la distance est très relative dans la mesure où tout bouge très vite dans notre monde actuel. Ainsi, alors que la PPA fut contenue depuis 1978 en Sardaigne, elle s'introduisit en Géorgie en 2007 puis en Russie et enfin en Europe de l'est pour s'établir en Belgique en 2018 (parcours très bien décrit dans cette vidéo). C'est alors que nous commençons à être concernés. Le 3 mai 2019, Le Temps publie un article très rationnel : "La PPA a décimé le cheptel de cochons en Chine, premier producteur et consommateur de cette viande blanche...Faute de vaccin, le gouvernement chinois a ordonné d’abattre tous les cochons dans les régions infestées». Conclusion : "une aubaine pour les éleveurs américains." Ainsi, aucune compassion pour tous les éleveurs et leurs animaux....mais le souci de rassurer que la PPA ne s'est pas infiltrée en Suisse et qu'on pourra manger tranquillement le cochon de nos porcheries.

Quand le même ordre d'abattre les cochons a été donné en Belgique dans la zone contaminée, des éleveurs se sont exprimés devant leurs fermes vidées. Ils avaient dû s'exécuter très rapidement suite aux ordres du ministère et tuer ainsi des milliers  de cochons en bonne santé. Ces décisions prises à l'emporte-pièce ne tiennent absolument pas compte de l'impact profond sur les êtres humains qui vivent de leurs élevages et entretiennent des relations avec leurs animaux. On sait pourtant à quel point les agriculteurs sont devenus sensibles aux conditions qu'on leur impose et susceptibles d'aller jusqu'au suicide. Mais ce qui est prioritaire: "Le ministère voulait sauver le marché du porc en Belgique." Une fois de plus, c'est l'économie qui prime sur le vivant.

En Belgique, les décisions politiques ne détruisent pas que les cochons. Les garde-forestiers sont aussi concernés, eux qui n'ont plus le droit de livrer leurs stères de bois - susceptibles en théorie de contenir des déjections des sangliers - qui se font alors dégrader par des scolytes. A souligner que le virus peut rester jusqu'à une année dans la nature, par conséquent l'interdiction les prive de revenus pendant une longue durée.

Actuellement, ce sont les éleveurs du Midi de la France qui réagissent: "Les mesures préventives de « biosécurité » visant à éviter la propagation en France de la peste porcine africaine (PPA) ne protègent que l’élevage industriel et pénalisent les éleveurs de plein air, a déploré, le mardi 19.11.2019, la Confédération paysanne de l’Hérault". On voit là que l'aspect commercial de la viande de porc passe bien avant le respect du travail des éleveurs, du confort des animaux et du développement de l'écologie. Sur France 3, la Confédération ajoute : " Des mesures sans aide financière, inadaptées aux élevages qui ne sont pas industriels et qui mettraient en péril toute la filière." Dans les commentaires, le bon sens des gens de la terre questionne : "Comment planter des clôtures fixes d'1 mètre 30 sur des terrains montagneux, calcaires et pour des exploitations de plusieurs dizaines d'hectares ? Ce sera proprement infaisable", sans compter "le coût d'un tel équipement, de 1 à 2 euros du mètre que nombre d'éleveur.euses ne seront pas en mesure d'assumer".

 

Epilogue : Il est temps de sortir des sentiers battus tels que l'économie, les obligations absolues, les vaccinations, les intentions d'éradications. Comme le démontre cet exposé des faits,  depuis le temps que la PPA dévaste des existences, il est fondamental que le peuple prenne conscience que nous sommes là devant une dynamique qui nous concerne bien plus directement qu'il n'y paraît. En effet, le processus en soi se répète, même si les formes apparaissent sous des aspects différents. Il y a vraiment une nécessité d'exiger d'autres modes d'étudier les problèmes de santé des êtres vivants, avec d'autres paradigmes et d'autres instruments et de cesser de répéter des slogans pour illusionner les citoyens tout en cherchant à justifier des dépenses qui relèvent trop souvent de l'appât économique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

  • "En quoi sommes-nous reliés aux éleveurs subsahariens"
    Un petit détail en passant : l'islam a tellement progressé qu'il n'y a pratiquement plus de porcs en Afrique sub-saharienne...

  • Géo, vous affirmez une relation entre islam et porcs. Quelles sont vos sources pour décréter que "l'islam a tellement progressé" dans cette contrée?
    Pour ma part j'ai trouvé une source intéressante pour décrire l'évolution progressive de l'élevage porcin en Afrique subsaharienne, avec des commentaires qui expriment clairement l'évolution après la PPA de 2012 et la situation en 2018.
    http://www.inter-reseaux.org/publications/revue-grain-de-sel/46-47-repondre-aux-evolutions/article/enjeux-et-contraintes-des-filieres

  • Plus de porcs en Afrique sub-saharienne ? Ne saurai le dire...A voir la pluie de maravédis qui arrose les gouvernements de ces pays au titre de l’aide au développement, où vont-ils nul ne le sait exactement, la seule certitude, c’est qu’il reste apparemment, avec ou sans élevages de porcs, des cochons de payants…

  • "Géo, vous affirmez une relation entre islam et porcs." Vous plaisantez ? Sachez que si les chasseurs français vont tirer le phacochère au Sénégal, c'est que les chasseurs sénégalais le considèrent comme impur, comme son cousin domestique...
    La viande de porc est plus honnie que l'alcool en terre d'islam. Et le pacifique Burkina est en voie de subversion islamiste totale. Le reste va suivre d'ici peu...
    (les Français sont d'une inefficacité absolument totale...).

  • Géo, vos affirmations sont bien binaires!
    Si les Français vont chasser au Sénégal, c'est parce qu'ils y ont plaisir :
    http://www.kettner.voyage/phacochere-et-petit-gibier-au-senegal-la-chasse-confort/
    Pour les paysans dont les champs sont attaqués, les raisons en sont diverses, entre autres que les armes coûtent bien trop cher pour eux. D'autre part, selon les régions, la religion n'est pas que l'islam.

  • "Si les Français vont chasser au Sénégal, c'est parce qu'ils y ont plaisir " Oui, mais surtout parce que les Sénégalais ne chassent pas ces phacochères ! Quant à l'islam : je n'ai pas vu beaucoup de villages chrétiens en Afrique de l'Ouest. L'interface se trouve plus au sud, avec beaucoup de problèmes. Enfin, surtout pour les chrétiens : Nigeria, République centre-africaine...
    Alors, bien sûr, il y a de petites communautés chrétiennes de ci de là, surtout dues aux efforts des missionnaires américains. A leur risque et péril...

  • Géo, je vois que vous êtes très concerné par l'Afrique. Elle vous rappelle certainement des souvenirs très denses.
    Revenons à nos cochons en Europe et surtout de découvrir pourquoi nos scientifiques se trouvent si démunis face au virus qui en prend pareillement à son aise.

  • Bonjour Madame de Meuron,
    Merci pour votre article et leurs références.

    Bien entendu il y a dans ce terme « peste porcine Africaine », une certaine simplicité d’appellation. Est-ce que cela ne peut pas exacerber le ressentiment des populations? Sur un terrain sensible, un peu de bienséance des scientifiques ne ferait pas de mal.
    Dans la réaction de Monsieur Gao ; il a raison, les musulmans ne mangent pas de porcs et particulièrement dans la partie sahélienne de l’Afrique où la population est très majoritairement musulmane. Lorsque j’y ai vécu, il y a une trentaine d’année, mis à part dans une mission catholique au Burkina-Faso, je n’en ai pas vu. Je ne crois pas que dans ces régions l’islam ait reculé au cours de ces dernières années et qu’il y ait eu des changements à propos de la présence du porc.
    Il est possible aussi que sur le terme sub - saharien il y ait plusieurs interprétations. On peut parler de la bande sahélienne ou plus simplement de toute l’Afrique qui se trouve au sud du Sahara. Effectivement dans les pays avec des populations à fort pourcentage de chrétiens comme le Burkina-Faso ou Nigeria, le porc sera plus présent. Et dans les pays musulmans sahéliens, ce sont, sans doute, les chasseurs venus d’ailleurs qui font la peau des phacochères. Il y déjà eu quelques scandales dus à de célèbres chasseurs comme des présidents français ou américains chassant en Afrique.
    La question que l’on peut se poser est : Est-ce que cette maladie n’a pas comme principal vecteur contagieux, les chasseurs occidentaux qui ont pour habitude d’aller chasser partout de par le monde ? Comme on le voit, cette maladie fait des bonds de plusieurs milliers de kms. Au fait, je n’ai pas trouvé ou été attentif à la durée d’incubation de cette maladie. De combien est-elle ?

    Aussi l’Afrique souffre souvent du désintérêt des scientifiques et des pharmas pour les maladies par lesquelles, les occidentaux ne se sentent pas menacés et qui ne présagent pas à des marchés prometteurs à de juteux bénéfices. Peut-être que maintenant, pour la PP, ils vont plus s’y intéresser ?

  • J'apprécie beaucoup, Daniel Demierre, le soin mis à apporter vos réflexions et expériences.
    Pour répondre à votre question quant à la durée d'incubation, je dirais qu'il faut tenir compte de la durée du virus dans la nature qui serait jusqu'à une année - à tenir compte que les cochons malades vont près des points d'eau, s'y lavent et contaminent aussi l'eau. D'autre part,
    selon ce que j'ai lu, la maladie se déclare très vite puisque les cochons ont rapidement une grande carence immunitaire.
    Je viens de découvrir une autre origine possible de la maladie : les armes biologiques testées par les USA : https://parstoday.com/fr/news/world-i71555-la_guerre_biologique_des_usa_en_belgique?
    Ce fait expliquerait pourquoi les porcs n'ont pas le temps de mûrir des moyens de défense.

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