La politique et le tabac

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La tdg nous apprend que le Conseil des Etats durcit la loi sur le tabac. Précédemment, elle nous informait que "les fumeurs coûtent 5 milliards par an dont 3 milliards de coûts médicaux et deux milliards de perte pour l'économie."

 

Précisons tout de suite que je suis pas concernée personnellement par la cigarette vu que j'ai fumé ma première clope à 11 ans lors des vendanges et que j'en avais été dégoûtée. En tant que professionnelle, j'ai soigné des personnes qui désiraient cesser de fumer et qui recherchaient un mode de vie plus sain de façon globale. J'ai aussi suivi des personnes qui avaient cessé de fumer mais n'avaient pas retrouvé un équilibre harmonieux ou en avaient des séquelles.
Ce que je désire analyser ici, c'est le mode de procéder de nos dirigeants, mode précédé par des réflexions très simplistes pour freiner la consommation de cigarettes.
C'est une pratique actuelle d'avancer des chiffres exorbitants : 3 milliards pour les soins médicaux. Alors le gouvernement veut prouver qu'il est actif et utilise la politique pour modifier ce montant, - comme par hasard dans cette période où on débat des primes d'assurance - Il veut s'appuyer sur des facteurs périphériques comme la publicité et édicter des lois. Remarquons qu'il ne nous dit pas ce que coûte toute cette organisation, son application et sa surveillance....Puisqu'il agite les sommes, il est regrettable de ne pas nous transmettre le bénéfice qu'il escompte en retirer... En fait, c'est impossible à évaluer, d'autant plus qu'il faudrait tenir compte des compensations que les fumeurs se créeraient suite à la restriction des cigarettes ou à un sevrage trop soudain, mal géré.
Ce qui me frappe, c'est à quel point cette démarche s'éloigne des êtres humains qui ont besoin ou envie de fumer. On veut exercer une coercition musclée dans leur environnement public alors qu'il s'agit d'abord d'un problème psychologique, affectif et médical. A signaler aussi, dans le catalogue des voies cogitées mais non ressenties contre la propension à fumer, que l'Office Fédéral de la Santé Publique, dans son bulletin hebdomadaire, se contente de publier sur une page entière une photo montrant une femme exprimant qu'elle avait cessé de fumer et que chacun-e peut en faire de même. C'est maigre, c'est conceptuel mais cela ne rend pas le vécu du fumeur, tout ce qui l'incite à fumer et tous les mécanismes intérieurs à mettre en route pour se détacher de l'acte de fumer et des produits inhalés.
On connaît bien des personnes qui ont tenté d'arrêter mais qu'ont-elles fait de ces pulsions intérieures qui les incitent à fumer, et qui peuvent les induire à rechuter? Beaucoup ont compensé par autre chose qui coûte cher aussi, tant à leurs organismes qu'aux finances.
Ce que j'attends d'un gouvernement du peuple, c'est qu'il cherche à organiser des espaces - ou à en créer de nouveaux - qui encouragent à rencontrer les individus dans leurs profondeurs afin qu'une dynamique évolutive leur permette de s'offrir mieux qu'une cigarette pour répondre à leurs besoins et pour se développer, plutôt que rétrécir de plus en plus leur santé.
Ce qui me frappe aussi, c'est que le gouvernement s'arroge l'autorité de gérer la problématique de la fumée alors que celle-ci concerne d'abord l'individu et la médecine.
Or, quelles réunions le gouvernement organise-t-il pour s'inspirer du vécu des fumeurs et des médecins pour réaliser (= rendre réelle) une évolution patente de ce fléau?
Il serait aussi utile de mieux en comprendre la dynamique historique et sociologique.
Un site nous relate l'histoire du tabac et de la cigarette. On voit à quel point ils se sont ancrés dans la population. On peut facilement en déduire que ce ne sont pas des discussions au Parlement qui vont changer la situation en profondeur...
De même, la technicité a trouvé l'e-cigarette mais on voit de plus en plus poindre ses problèmes : Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus. Ou encore, pire: "L'épidémie de maladies pulmonaires liées au vapotage continue aux Etats-Unis". Là aussi, les autorités se sentent concernées : "Les autorités sanitaires fédérales toujours perplexes..". Il est surprenant qu'en connaissant la complexité des gaz qu'on inhale et la subtilité de la biologie bio-moléculaire des poumons, on ne soit pas plus circonspect quant aux réactions possibles!

Le gouvernement prévoit aussi d'interdire la publicité sur internet. Cette façon de s'infiltrer dans les réseaux sociaux me laissent sceptique. Une telle infiltration signifie s'octroyer des droits absolus et ouvrir une possibilité d'élargir des moyens d'action à bien d'autres produis. Ou encore, laisser s'établir une injustice dans la mesure où des produits tout aussi préjudiciables à la santé continueront d'être proposés sans être inquiétés.

Il y a aussi une dimension dont on parle peu et qui limiterait déjà bien la toxicité des cigarettes, ce sont les additifs non seulement du tabac mais même du papier à cigarettes. Ils ont un impact énorme, dont l'augmentation de l'addiction à la nicotine.

J'ai suivi une patiente qui a franchement diminué sa consommation de cigarettes uniquement en se roulant des cigarettes avec du tabac bio. En récompense, elle n'a plus souffert de sa bronchite chronique.

Il s'agit de rendre au fumeur la conscience de sa souveraineté afin qu'il utilise sa créativité vers la libération de son addiction et l'ouverture vers une santé plus globale, avec la joie de se ressourcer avec de nouveaux produits.

Nous ne sommes pas obligés de suivre les principes de l'OMS qui relèvent davantage de calculs et de statistiques que de réelles perceptions de ce qui anime en profondeur la population dans son vécu global et de toute la complexité de son état de santé.

 

 

Lien permanent 2 commentaires

Commentaires

  • Je salue vos questionnements.
    Je tiens cependant à suggérer quelques éléments de réflexion.
    - dans nos contrées, les fumeurs deviennent rares et sont exilés sur les trottoirs pour assouvir leur dépendance;
    - l'industrie du tabac s'est donc repliée sur des contrés plus vulnérables comme l'Indonésie dont un reportage (plus accessible en ligne) expliquait les dérives et la responsabilité de notre pays qui est un des plus grand négociant de ce produit;
    - Le gouvernement est tiraillé entre son besoin économique et sa politique de santé;
    - La tendance va évidemment aller vers la responsabilisation des individus avec des couvertures ciblées en fonction des risques;
    - Aucune loi, aussi restrictive soit-elle, ne permettra la prise de conscience des risques liés aux addictions, bien au contraire;
    - C'est tout le paradoxe de la gauche qui veut faire le bien des gens malgré eux sans aucune chance de réussite;
    - Mais c'est aussi le scandale de la droite qui valorise le profit aux dépens des plus démunis.

    Bref, je ne sais plus pour qui voter.

  • Pierre Jenni, J'apprécie beaucoup votre bon sens!
    Je ne sais pas si les fumeurs deviennent rares ou s'ils se sont placés dans d'autres conditions comme par exemple les jeunes qui se retrouvent entre eux pour fumer du cannabis (qu'ils peuvent cultiver eux-mêmes), mélangé ou non à du tabac.
    L'un d'entre eux m'a confié que le tabac devenait trop cher mais qu'a-t-il gagné au change? C'est le problème qui peut advenir quand l'état vise un élément bien cadré plutôt que d'approfondir les causes globales.

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