Comment revivifier nos terres agricoles ? (31 mai 2014)

« Préserver la fertilité des terres agricoles est une priorité ». Tel est le message que nous livre le Valaisan Hans Rudolf Herren dans l’entretien  qu’il offre à « Terre et Nature », hebdomadaire, le 30 mai 2014.

H. R. Herren a le regard franc et déterminé, un brin rieur. C’est un homme de terrain et de science. Il sait faire la synthèse des différents paramètres qui causent la famine dans le monde. Il met ses théories en pratique tant dans sa ferme en Californie que dans ses actions humanitaires en Afrique.

Il développe plusieurs lignes directrices dont j’extrais quelques exemples :

-       « En Suisse, on paie très bon marché pour une production agricole de masse et on externalise les coûts qui en résultent, dont ceux liés à la pollution résultant de l’excès d’engrais de synthèse et de pesticides. Ces derniers altèrent la qualité des eaux et du sol et finalement aussi, à long terme, notre santé. »

-       « On consommerait moins, mieux et on éviterait beaucoup de gaspillage : les études ont montré qu’on jette les 30 à 40 % des produits alimentaires que l’on achète. »

-       « Un bon paysan est celui qui pratique une rotation de culture variée et qui diversifie les productions".

Conclusion : « La vie du sol c’est capital. La terre, et la terre agricole en particulier, nous l’avons reçue en prêt. Nous n’avons aucun droit de la détruire. »

N’ayant pas trouvé l’article cité, je vous renvoie à un article plus ancien qui est dans le même esprit.

Les propos de H. F. Herren sont évidents. Comment se fait-il que la société se soit éloignée pareillement de cette relation à la nature et à la qualité des sols dont nous retirons notre subsistance ?

La formation de nos enfants est capitale pour transmettre non pas seulement un savoir - du verbe « voir » qui mentionne la distance aux choses -  mais surtout une connaissance - du verbe « connaître » qui signifie « naître avec » -. Nos enfants reçoivent bien sûr quelques leçons de jardinage puis de biologie mais cela ne suffit pas pour les rendre sensibles jusqu’aux os de la réalité de la nature, du sol, des énergies vitales qui animent le monde végétal, animal et eux-mêmes dans leurs organismes, leurs cœurs et leurs esprits.

Une professeur de secondaire mentionnait que celui qui était considéré comme un bon élève était celui qui était fort en mathématiques et en allemand, lisez : « celui qui avait de bonnes notes dans ces disciplines. ». Quand donnerons-nous une bonne note à celui qui apporte la plus belle plante dont il se sera occupé à partir de la semence, en étudiant la terre qu’il lui offre, en l’arrosant ni trop ni trop peu, en lui offrant la luminosité qui correspond à son espèce et en l’amenant à faire un fruit qui donne des graines, ce qui montrerait qu’il a intégré le cycle dans sa totalité ?

Quand nous lisons tout récemment dans la TdG qu’il y a de plus en plus de déprédations dans les jardins familiaux, cela montre le peu de respect à l'égard de ces gens humbles (mot qui vient du latin "humus"  signifiant la terre) qui ont compris le sens de la terre et qui savent entrer en communion avec elle et avec toute la vitalité et la générosité qu’elle recèle.

Donner une note importante à un tel travail, ce serait aussi donner le sens de l’entreprise que l’on crée, modèle d’une entreprise éventuelle future.  A ce niveau, on voit aussi les carences de soin pour l’entité vivante qu’est une entreprise : trop souvent, on ne vise que son rendement, on sacrifie le principe de qualité, on bouscule les employés, en revend le tout pour encore plus d’argent et on la joue à la Bourse. Tenir et maintenir une entreprise nécessite un bon développement de la sensibilité tant affective que perceptive qu’il serait opportun de développer non seulement dans les petites classes mais tout au long de la formation de l’individu (dont le sens profond signifie : être non divisé).

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