Transplantation d'organes, éthique, politique et coût des soins

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La mode actuelle est à la sectorisation. Ainsi, les 4 secteurs énoncés en titre occupent des services très différents, qui ont chacun leurs dynamiques propres.  En fait, on les relie quand on veut donner plus de puissance à un objet que certains veulent faire passer en force à la population.

 

 
 

 

 

 

 

 

 

Le constat est net : il manque des organes pour les malades qui sont en liste d'attente.
Alors, on fait croire que c'est un problème d'organisation et on cherche à modifier le système administratif, sans remettre en cause le fait lui-même : les transplantations d'organes.
 
Il est vrai que publiquement, on use de l'expression du "don d'organe" plutôt que de "transplantation d'organe". Ainsi ce terme est séducteur, stimulant la morale, la solidarité, étouffant ou faisant taire ceux qui sont rebutés par le principe même du prélèvement d'organes.
La Commission Nationale d'Ethique pour la médecine humaine (CNE) veut améliorer la confiance de la population pour favoriser le don d'organes. Ainsi, elle se concentre sur la façon affable d'obtenir des organes mais ne publie pas de réflexions quant à la réalité et au sens profond des gestes chirurgicaux, au pluriel puisqu'il s'agit à la fois d'une extraction et d'une implantation, à quoi peut se rajouter le rejet suraigu, aigu ou chronique.
"La Commission nationale d'éthique pour la médecine humaine a examiné différents modèles pour favoriser le don d'organes. Elle a récemment proposé le modèle de la déclaration, dans lequel les gens seraient obligés d'exprimer régulièrement leur volonté sur le sujet." Encore des obligations, comme si l'existence de chacun n'était déjà pas suffisamment chargée d'obligations! N'aurait-on plus le droit de choisir nous-mêmes nos investissements?
 
Manipulation des mots aussi quand on parle de don alors qu'il s'agit d'un simple consentement. Le vrai don est un acte concret. On voit mal un mort effectuer un tel acte! Quant à la famille que l'on presse de formuler une réponse, on ne lui offre pas le temps de se séparer de son proche et elle doit décider sur-le-champ de l'arrachement d'un organe de l'être cher. Je me souviens des parents d'un jeune de 20 ans, qui venait de se suicider, et qu'une infirmière pressait de répondre. La mort de l'être tout entier ne s'effectue pas à l'instant où le souffle cesse. Les organes sont encore bien vibrants Même sans en être conscient, on peut éprouver que ce qui anime le décédé ne va pas quitter le corps instantanément, ce que peuvent ressentir ceux qui sont très proches.
Cet acte de consentement ne devrait par conséquent pas être qu'un acte rationnel.
Une autre dimensions particulière est évoquée par la CNE: " le modèle de l'opposition ne permet pas non plus de résoudre ce problème et il protège en outre moins bien les droits de la personnalité du défunt." La CNE introduit ainsi la notion de "la personnalité du défunt". Qui est en mesure de capter la personnalité d'une personne qui vient de mourir?
 
 
Alors interviennent la politique et la justice pour offrir leurs poids à un système qui n'en a pas suffisamment pour s'imposer. Est-ce vraiment leurs rôles? Dans son article  la tdg nous rapporte qu'un débat national est lancé, ce qui n'a jamais eu lieu jusqu'à présent mais il semblerait que ce soit plutôt un acte politique puisque tous les organismes qui se sont exprimés jusqu'ici ont déjà pleinement cherché à façonner les esprits.     Il s’agit par ailleurs de bien informer la population sur cette nouvelle réglementation et sur le droit à s’opposer au don d’organes. Une campagne de sensibilisation sera mise en place. Sensibilisation à entrer dans leurs vues?
Du reste, un projet fédéral pour doper le don d'organes vient d'être dévoilé. L'intention est bien claire : " Il faut agir pour raccourcir le temps d’attente pour une transplantation et sauver des vies."
Des idées de différentes natures sont émises, par exemple : "Avec son projet, les personnes ne souhaitant pas donner leurs organes après leur mort devront l’indiquer expressément." Autrement dit, les vivants sont obligés d'y penser, comme s'ils n'avaient pas d'autres préoccupations à résoudre dans leurs existences humaines! Et comme s'ils pouvaient connaître leur désir quand ils seront aux portes de la mort...
 
Le projet stipule aussi : "Un nouveau registre permettra aux personnes d’annoncer leur refus en toute simplicité." Ainsi donc, le gouvernement veut même tenir un registre pour les consentements comme si notre confédération n'en avait pas déjà de multiples!      Il ajoute : "Le plus simple reste toutefois de préciser sa volonté de son vivant". Comme si c'était simple de se projeter psychiquement après son trépas!
 
Pour faire pression, ce projet fait même référence au système statistique, soit de la pure mathématique alors que nous sommes dans le monde du vivant : "Les expériences faites dans plusieurs pays européens montrent que les dons augmentent avec le modèle du consentement présumé." On s'appuie ainsi sur une juridiction pour un acte qui relève de la médecine...
On ne mentionne pas du reste qui pourrait animer un débat panoramique sur le sujet! En tous cas, M. Berset rassure : "C'est une question qui va être très disputée, prédit notre ministre, qui estime qu'il n'y a pas de bonne ou mauvaise réponse.
 
Il est aussi intéressant de constater à quel point tout est contrôlé car "Un don par des personnes décédées chez elles ou en dehors d’un hôpital est impossible." Cela se comprend au niveau scientifique et a l'avantage de laisser une porte ouverte à ceux qui ne veulent pas être assaillis. Ainsi, l'hospitalisation à domicile retrouvera une raison d'être et pourra permettre d'envisager davantage cette formule pour rester chez soi paisiblement.
 
Une autre notion dont se gargarisent aussi ceux qui veulent faire pression : "Sauver des vies". Non, on ne fait que les prolonger et encore, quand tout va bien! En outre, de quelle qualité est cette survie pour plusieurs des transplantés?
La médecine est satisfaite d'avoir quelque chose à proposer quand un organe vital est à bout de course. En plus, pour contourner le constat que la médecine précoce n'a pas su prévenir et éviter la faillite de ces organes.
 
Et les assurances? Alors qu'elles sont en train de faire de sérieux calculs pour justifier les primes de 2020, que font-elles pour réduire les coûts très importants dus aux transplantations d'organes? Il est bon de rappeler que leurs juristes et économistes ne tiennent pas compte de la médecine précoce - qui pourrait prévenir dans bien des cas ces faillites d'organes - ce qui leur permet de la placer dans la médecine préventive pour ne pas avoir à la rembourser. Alors, ne pourraient-elles pas présenter à la population et aux politiciens le coût réel d'une chirurgie dont on peut dire qu'elle ne s'appuie plus sur l'art médical mais sur une technique scientifique? Coûts auxquels  s'ajoutent aussi les prestations de perte de gain.
Puisque, actuellement, on veut tout faire passer par l'économie, pourquoi ne présente-t-on pas aux assurés le choix de financer ou non les transplantations d'organes? Pourquoi cherche-t-on plutôt à leur imposer de cautionner les "dons d'organes"?
Au fait, puisqu'il y a des assurances complémentaires pour les thérapies qui proposent une médecine précoce, pourquoi ne proposerait-on pas une assurance complémentaire pour financer une éventuelle transplantation d'organe?
 

"La commission estime qu'aucun des modèles n'apporte de réponse satisfaisante à la problématique. Peu de personnes expriment actuellement leur volonté de manière explicite, bien qu'une majorité de la population se dise favorable au don d'organes." Si peu de personnes expriment leur volonté, c'est peut-être bien parce que c'est un sujet qui n'entre pas dans nos coutumes, alors que les services officiels essaient de le pousser sur la scène publique. Dans cette optique, l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) lui consacre souvent une page entière de pub dans son bulletin hebdomadaire.

Quand les sondages captent une majorité en faveur du "don", on peut dire que c'est une chose de questionner les gens à froid, une autre de la vivre. D'autre part, est-ce qu'on leur demande s'ils font une différence entre recevoir un organe ou en laisser faire l'extraction de leur corps?

La CNE ajoute encore : "Les modalités d'un tel système restent à réglementer, mais son principe - par obligation ! - tient mieux compte du droit à l'autodétermination, relève la commission. Il permettrait en outre de réduire le nombre de cas peu clairs et de décharger les proches. Enfin, la CNE souligne qu'un tel modèle aurait le mérite de stimuler le débat et partant, la confiance de la population dans le don d'organes. (ats/nxp)" Il s'agit donc de réduire le nombre de cas peu clairs; mais sont-ils vraiment peu clairs car pas débattus ou parce que le sujet des transplantations et de ses différentes connexions est loin d'être perçu dans sa totalité par les individus qui sont confrontés à la mort, la leur, celle de leurs proches ou celle de leurs patients? En fait, le CNE confirme qu'elle cherche à forcer la confiance de la population dans le don d'organes, ne tenant pas compte que ses réticences avaient leurs raisons d'être, et qu'elle percevait l'impact global des transplantations d'organes.

 

 

 

Commentaires

  • Je constate que les lecteurs sont bien silencieux! Il est vrai que sujet est complexe et touche en profondeur la conscience que nous avons de nos organes.
    Suite à une discussion avec d'autres thérapeutes, je viens ajouter à la complexité des transplantations la notion de mémoire cellulaire. Un article très dense la développe de façon à éveiller en nous des dimensions encore inconnues. Son titre en dit déjà long : "Quand l'autre vit en soi...greffe d'organe et mémoire cellulaire":
    http://www.retrouversonnord.be/MemoireCellulaire.htm
    L'original de cet article est tout aussi parlant : "Changements de personnalité chez les transplantés du coeur faisant écho à celle de leur donneur"

  • Ouah, Marie-France, quels commentaires pertinents et comme je suis d'accord. En reprenant tous les termes et phrases des media tu mets bien en évidence la sorte de conditionnement qui se met en place pour "formater" l'esprit des citoyennes et citoyens. Ton commentaire est à lire et à relire, car il contient beaucoup d'aspects de la question et particulièrement celui du coût (extravagant) dont les media, et hommes/femmes politiques se gardent bien de parler. Très bonne suggestion de faire des assurances séparées. Mais on va nous ressortir la sempiternelle notion de solidarité... Qui a dit que les progrès de la chirurgie corrigeaient les erreurs de la médecine ? Je ne me rappelle plus mais je l'ai entendu, ce n'est pas moi qui l'ai inventé mais c'est bien une réalité, après avoir détruit son foie avec les médicaments, avec ou sans ordonnance, la personne se voit proposer une transplantation. Il aurait mieux valu y penser avant. Il y a dans toute l'histoire une sorte de dé-responsabilisation de la personne : chacun est responsable de soi. Même sans aborder la question philosophique/spirituelle, il y a tellement à dire sur le sujet, et je suis contente que Marie-France lance le débat car là il y a vraiment à débattre pour ne pas se laisser imposer par l'état de nouvelles obligations. Oui il y a vraiment beaucoup à dire sur cette question. ça vaut la peine d'y réfléchir.

  • Grand merci, Noëlle, d'apporter une vue large du sujet médico-politico-sociologique des transplantations d'organes. Il est vrai que cette façon de formater les esprits de la population a quelque chose de "dictatorial", même si on laisse de petites portes ouvertes pour permettre d'exprimer son non-consentement.
    Merci aussi de souligner le coût de tout ces interventions hospitalières pour les assurés à quoi s'ajoute aussi le coût de toute l'organisation de la campagne de formatage qui revient aux contribuables.
    Oui, cette imposition de solidarité est une utilisation semblable à celle d'un slogan pour faire passer le principe alors qu'il y a bien des solidarités qu'on étouffe actuellement et qui relèvent d'une attitude générale à remettre en valeur et non seulement d'actes théâtraux.
    J'apprécie aussi que tu avances le fait que la chirurgie compense ce que la médecine n'a pas su faire. Effectivement, dans bien des cas, c'est le nec plus ultra mais qui a sa place. Dans d'autres cas, c'est pour fuir la réalité humaine et vivante (même la mort fait partie du processus de la vie et des expériences à faire.)
    Par conséquent, il ne s'agit pas seulement d'analyser ces nouvelles obligations mais aussi l'esprit qui les sous-tend.

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