La médecine à deux vitesses

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Voici un concept souvent mis en avant quand il s'agit de chercher à rééquilibrer les coûts de la santé. Il propose un garde-fou qui donne bonne conscience. Mais que revêt-il vraiment?

D'abord, cette appellation concerne les coûts de la médecine et non pas la pratique thérapeutique. Se focaliser sur les coûts permet d'éviter de revoir nos concepts de la médecine en soi, en tant qu'art et science.

Les coûts actuels débordent de toutes parts. Au lieu de considérer tous les éléments et paramètres qui conduisent à l'augmentation constante, malgré une Loi, la LAMAL qui fut conçue avec beaucoup de rigueur, certainement davantage dans des salles et non avec des patients. Ainsi, elle introduisit cette priorité que la gestion des coûts déterminent les soins dans une grande mesure. Par exemple, les médicaments remboursés sont sur une liste et des remèdes qui n'ont pas été élus mais qui seraient plus adaptés selon une appréciation médicale basée sur une bonne connaissance du malade sont à la charge du patient.

C'est alors qu'a déjà été créée une deuxième vitesse avec les assurances complémentaires! Cette astuce assécurologique mène au divorce thérapeutique dans le sens où le traitement est divisé et ne correspond plus à l'unité d'une pathologie.

La médecine à deux vitesses est une notion très réduite car la réalité concrète montre qu'il existe déjà plusieurs vitesses. Restons sur le plan financier: bien des personnes hésitent avant de se rendre chez le médecin car il leur faut payer une franchise puis une quote-part. Par conséquent, ils ne prennent pas la vitesse rapide, ce qui peut intensifier la maladie donc coûter plus cher.

Egalement le fait de tarder à consulter conduit aussi à attendre la fin de semaine et de se rendre aux urgences. Le coût augmente alors tant pour le patient que pour les prestations car l'hôpital coûte plus cher qu'un cabinet de consultation.

La médecine à deux vitesses, c'est aussi de commencer par un traitement simple et de dire au patient "revenez me voir si ça ne va pas mieux". C'est là le reflet de vouloir faire l'économie d'une démarche de compréhension du mécanisme pathologique global du patient. Ainsi, nous constatons un parallélisme entre un acte médical et une prestation pratique, ce qui est réductif alors qu'un être humain est une vaste entité!

La médecine à deux vitesse se perçoit aussi quand on distingue le "grave" du "pas grave". On sélectionne alors le rythme  ou l'intensité du traitement. En fait, il s'avère profitable de chercher en tout premier lieu le sens du symptôme voire simplement les signes que le corps ou l'être psycho-affectif exprime alors. Combien de patients ont été renvoyés des urgences parce que le personnel soignant n'a pas su détecter l'importance d'un état morbide?

"La médecine à deux vitesses" est donc un concept qui donne des limites qui ne correspondent pas à la médecine adéquate et opportune que nécessite un malade dans l'instant présent.

Commentaires

  • Dire que la médecine fut un art qui touchait au sacré!

    Pourquoi pas une seule médecine pour tous comprenant également des médecines non violentes avec libre choix aux patients dont les primes seraient prises en compte par nos impôts lesquels se calculant en se fondant sur la situation financière de chacun permettraient enfin que l'on tienne compte de la situation financière de chacun cette fois s'agissant des primes d'assurance maladie?

    Bon dimanche à vous,

  • Merci de nous rappeler la notion du sacré qui est bien escamotée actuellement…

    Je crois que la solution du règlement des primes ne réside pas dans le fait de faire correspondre la qualité des prestations avec des manœuvres économiques. Il y a actuellement une manipulation à vouloir donner une équivalence au coup par coup. En fait, un soin est un ensemble de gestes et d'actes. Si le nombre des spécialistes a pareillement augmenté et celui des généralistes a pareillement diminué, c'est bien qu'on (médecins et patients) ont perdu la notion que l'être humain ne fait qu'une entité. Beaucoup de prestations seraient alors évitées et nous nous retrouverions dans un système gérable et non dans la situation actuelle qui déborde dangereusement.

  • Il fut un temps où la Médecine n'avait qu'une vitesse.
    C'est dans l'Histoire (avec un grand H) de la médecine que l'on peut comprendre comment nous en sommes arrivés à ce constat.
    Il faut d'abord savoir que toutes les sciences, toutes les institutions, émanent d'une source unique : celle des Institutrices Elyséennes.
    Ces premières institutrices n'enseignaient pas seulement l'astronomie, la physique et la biologie, elles avaient acquis la connaissance des propriétés des plantes et en avaient fait la base de l'art de guérir, premier mot des sciences médicales.
    Avançons un peu plus près de nous chez les égyptiens.
    Rappelons que dans le règne primitif de l'Egypte, toutes les grandes dignités de l'Etat, les fonctions de juge, de médecin, étaient réservées à la caste sacerdotale exclusivement féminine. Les hommes ne pouvaient pas y prétendre, ils étaient soumis au pouvoir des femmes appelées « des sages » (Soffet), qui leur faisaient faire un service régulier, un travail dont l'organisation avait été savamment établie.
    C'est du temps de Ramsès II que le sacerdoce masculin apparaît en Egypte.
    La réaction masculine renversa tout. Le Prêtre s'empara du sacerdoce au nom de l'intelligence qu'il se donnait et du ciel qu'il mettait de son côté dans le seul but de se procurer des jouissances terrestres.
    Dans les temples des Hermès (nom générique des prêtres dans l'Égypte antique) se trouvaient déjà des médecins qui mêlaient aux médicaments des prières, des sacrifices, des exorcismes. Comme les autres prêtres, les médecins vivaient de l'impôt sur les laïques et des sommes qu'ils savaient faire affluer au trésor. Les pratiques médicales valaient au temple de riches présents, et on assurait que les guérisons dépendaient de l'offrande beaucoup plus que du remède.
    Clément d'Alexandrie a consacré à la chirurgie un des six livres qu'il a intitulés les « Hernétiques » des médecins. Ces livres les montrent comme des charlatans.
    Cependant l'opinion qui régnait dans l'antiquité était que la science médicale des Egyptiens était incontestable ; mais il faut penser qu'il s'agit de la science des temples féminins et non de celle des temples masculins qui ont beau mêler la divinité à leurs prescriptions, ne l'égalent jamais.
    Femmes médeciennes : jetons un coup d'oeil sur l'Allemagne au Moyen Âge.
    Quand Rivoalin, un des héros de « Tristan », est blessé dans une bataille, Blanchefleur, qui l'aime, vient le voir vêtu en « Arzâtinne » (médecienne).
    Dans les « Urkunden zur heiligen Archäologie » de Bauer, il est parlé d'une medica habitant Mayence en 1288.
    « A voir la façon dont on les traitait à Mayence et à Francfort, dit Kreigk, on comprend qu'il ne s'agissait pas là de sages-femmes s'occupant seulement des maladies des femmes et des enfants, mais de vraies femmes-médecins. »
    Francfort est la ville classique des arzâtinnes (médeciennes) en Allemagne. Durant tout le XIVème et le XVème siècle, on y rencontre des doctoresses. De 1389 à 1417, les archives en mentionnent 15, dont trois oculistes.
    Plusieurs sont juives. Quelques-unes obtiennent des magistrats de Francfort une diminution d'impôts. On leur demande en échange de devenir « citoyenne de Francfort ».
    En général, elles sont traitées avec grands honneurs.
    Dès que l'homme usurpa les fonctions médicales de la femme, il se créa, pour justifier cette usurpation, un passé médical, comme les prêtres s'étaient créé un passé religieux ; les médecins se sont inventé des ancêtres, tel Esculape, dont le nom est une parodie des Asclépiades, nom des femmes-médecins en Grèce ; puis Hippocrate, sur lequel on n'a jamais rien pu savoir. Et enfin on a donné à Galien la paternité de tous les livres de médecine écrits par des femmes avant son époque.
    La médecine au XIVème siècle : Arnaud de Villeneuve, maître de médecine, donnait à ses élèves le conseil de ne témoigner, en aucune occasion, ni surprise ni étonnement.
    « La septième précaution, leur disait-il, est d'une application générale. Supposons que vous ne puissiez rien comprendre au cas de votre malade ; dites-lui avec assurance qu'il a une obstruction du foie. S'il répond que c'est de la tête ou de toute autre partie qu'il souffre, affirmez hardiment que cette douleur provient du foie. Ayez bien soin d'employer le terme d'obstruction, parce que les malades ignorent ce qu'il signifie, et il importe qu'ils l'ignorent ».
    Cette façon de pratiquer la médecine n'était pas faite pour inspirer une grande confiance au public ; aussi, lorsque les rois ou les grands personnages s'adressaient aux médecins libres, ils faisaient contrôler l'avis des uns par les autres et, au lieu d'un médecin, en prenaient un nombre plus ou moins grand, pensant sans doute que l'ignorance multipliée devient la science.
    Philippe le Bel avait douze médecins, entre autres un certain Hermingard, qui possédait l'art de deviner les maladies à la simple vue et sans tâter le pouls.
    Guillaume de Nangis raconte ainsi la mort de ce roi si bien soigné : « Le roi mourut d'une longue maladie, dont la cause, inconnue aux médecins, fut pour eux et pour beaucoup d'autres le sujet d'une grande surprise et stupeur. »
    En 1397, deux moines augustins, qui se disaient magiciens, offrirent aussi de guérir le roi ; ils lui firent prendre des perles réduites en poudre, ce qui n'eut pas l'effet qu'ils en attendaient, mais un autre qu'ils n'attendaient pas : ils furent décapités en place de Grève. A cette époque, c'est ainsi que les rois payaient leurs médecins.
    Pendant que les hommes faisaient ainsi leur médecine, les femmes continuaient à soigner plus sérieusement les malades.
    Mais cette concurrence déplaisait aux hommes. Une ordonnance de 1352 interdit aux femmes d'administrer aucune ancienne médecine, altérante ou laxative, des pilules ou des clystères.
    Déjà, un édit du 11 novembre 1311 avait fait défense aux femmes d'exercer la chirurgie à Paris sans avoir été examinées par un jury compétent.
    A partir du XIVème siècle, le cartulaire de l'Université de Paris abonde en documents relatifs à la lutte contre la Femme-médecin.
    Les luttes de la Faculté contre la science libre n'étaient pas toujours suivies de succès ; la population se mettait toujours du côté de ses anciens médecins ; on se méfiait des nouveaux docteurs de l'École.
    Les femmes occupaient encore une grande place dans la science, et la prohibition qu'on leur faisait d'exercer leur art était un fait nouveau dans le monde, qui dut soulever bien des récriminations, que l'histoire ne nous a pas transmises.
    Dans tous les États d'Europe, nous voyons les mêmes faits se produire.
    Lien (au cas où) : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/livres-de-femmes-livres-de-verites.html
    Cordialement.

  • "Combien de patients ont été renvoyés des urgences parce que le personnel soignant n'a pas su détecter l'importance d'un état morbide?"

    Je suis sensible à vos réflexions. Je considère pourtant qu'elles porteraient plus loin si elles n'étaient pas aussi catégoriques.
    Pour illustrer, je vous encourage à vous poser la question du nombre de consultations qui n'ont rien donné. Vous allez prendre le vertige. Et je parle en connaissance de cause car j'ai transporté nombre d'enfants aux urgences dans mon taxi pour un rhume.

  • "... que l'être humain ne fait qu'une entité" est une évidence qui devrait aller de soi. Pour les personnes qui pratiquent le yoga notre corps comparé à sept étages psychophysiques ou dimensions comprend la dimension matérielle, celle de la sexualité, puis l'ensemble des fonctions psychiques le coeur avec les sentiments l'ouïe avec la parole... à multiple facettes, l'intelligence enfin la dimension spirituelle.

    Soit sept centres nerveux et de conscience dits chakras.

    Notre personne corps, esprit, âme et conscience est ainsi comprise en son entier.

    L'ensemble des systèmes et tous les organes sans oublier… en rapport étroit avec notre vécu... les glandes endocrines.

    Des sentiments d'unité et d'harmonie avec un besoin croissant d'authenticité se cultivent ainsi jusqu'à ce "désir" essentiel" d'évolution (Paul Diel) qui donne plein sens à nos vies.

    Il s'agit d'un simple yoga de concentration intériorisée qui faut compléter par de la marche ou du sport… de la culture, des arts (Françoise Dolto insistait sur les bienfaits d'une religion bien comprise...

  • Merci, Pierre Jenni, pour votre témoignage de chauffeur de taxi.

    Je ne résumerais pas l'état de santé d'un enfant par le symptôme d'un rhume. En effet, celui-ci peut n'être que la partie visible de l'état de santé du moment mais aussi rappeler des problèmes plus graves déjà vécus.

    Ou encore, comme vous le dites, n'être qu'un rhume mais alors cette situation dénote à quel point les parents manquent de connaissances du corps humain et que notre système scolaire et médical instruit mal les citoyens pour en arriver à être aussi démunis face à un tel symptôme. Si les gens étaient bien plus conscients de leurs organismes et de leurs fonctionnements, ils sauraient réagir de façon plus appropriée quand un signal du corps se manifeste.

  • Merci, Myriam B., de nous donner un aperçu de notre anatomie énergétique!
    Souvent, des symptômes nous informent de "dérapages" dans nos circuits intérieurs. Bien des thérapies alternatives ou complémentaires peuvent les corriger. Malheureusement, le système conventionnel se contente de prescrire des médicaments, ce qui ne fait qu'étouffer ou effacer les symptômes mais pas rééquilibrer le circuit, d'où rechute ou chronicisation.
    Il s'agit bien sûr de faire la différence avec les symptômes qui signalent une pathologie organique à soigner avec d'autres moyens.

  • J'apprécie énormément, Anwen, le soin et la rigueur que vous mettez à apporter votre contribution au sujet tant crucial de la médecine et de ce que les gens en ont fait et en font actuellement.

    Nous arrivons à une bascule obligatoire puisque le système financier ne suit plus. Cela fait une vingtaine d'années en Suisse que chaque automne nous revenons sur le sujet de l'augmentation des primes d'assurance maladie et que nous cherchons à rafistoler un système qui prend l'eau de toutes parts.

    Selon votre texte historique qui couvre plusieurs siècles, on détecte bien que les dirigeants, politiques ou médecins, ont façonné les modes de fonctionner. Il est temps que la population qui est la première à vivre les pathologies deviennent plus conscientes de ce qu'elle éprouve afin de prendre en main le plus possible la gestion de la conduite de sa santé, quitte à se faire accompagner par des professionnels.
    Accompagner mais non porter. Ce qui coûte cher dans notre monde, c'est toujours ce qu'on délègue à autrui au lieu d'assumer la part qui nous revient.

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