29 août 2018

Le système de santé suisse

Voilà une appellation très séduisante mais est-elle d’appellation d’origine contrôlée, une AOP ?

D’une part en vertu des termes utilisés, d’autre part en relation avec l’art pratiqué, ici l’art médical ?


Dans la réalité, qu’en est-il ? On s’occupe principalement de finances et de politique pour jongler dans le problème économique afin de se retrouver dans des comptes tolérables. Et pour soutenir un système en cours, on s’appuie sur le Droit.

En réalité, une appellation séduisante permet de jongler avec des termes qui peuvent aller jusqu’à s’opposer. Un exemple : Une juriste de Santésuisse (Ss) avec un comité de représentants de diverses caisses maladie interrogeait un médecin dont la statistique par coût par an par patient dépassait de loin la norme statistique des collègues du groupe dans lequel Ss l’avait placé. La question de la juge était : « Que faites-vous ? ». Le médecin très heureux de sa réponse déclara : « J’applique la définition de l’OMS ». La réponse immédiate de la juge : «Cela ne suffit pas ! » puis après un petit temps de réflexion, elle dit : «  Ah oui, vous vous occupez de la santé, NOUS nous occupons de la maladie ! » On voit par là à quel point Ss joue avec les mots….Deux ans plus tard, Ss assigna le médecin au tribunal qui condamna à payer quasi l’équivalent de 3 ans de revenu net fixé par le fisc, ce qui valut au médecin de 40 ans de pratique de vendre sa maison familiale où était également sis son cabinet.

Ce qui est frappant, c’est que le but de Ss était de récupérer le maximum d’argent quitte à balayer un médecin sans tenir compte de la LAMAL qui stipule EFFICACITE VERSUS ECONOMICITE. Sans tenir compte non plus de la vaste expérience du médecin et préférant accueillir des médecins étrangers qui ne parlent pas forcément bien la langue de la région et qui connaissent mal les habitudes du lieux qui peuvent interférer avec la santé du médecin invité.

On perçoit ainsi que l’art médical n’est plus considéré. L’évolution est frappante depuis le début des années 2000 où le contrôle des médecins passait par la Fédération Genevoise des Caisses Maladie, Le président d’alors avait dit à ce même médecin : « Si tous les médecins faisaient comme vous, ce serait parfait ». Seulement voilà, à l’époque la commission cherchait à comprendre le processus thérapeutique alors que maintenant, Ss cherche à pointer avec quel diplôme un médecin travaille (alors que c’est souvent en dehors des écoles, avec des maîtres que le médecin peut se former le mieux.) A la troisième séance SS, la présidente – économiste- a pris avec elle 2 autres économistes, sans aucun autre expert, c’est dire à quel point ils ne tendaient pas à prendre en compte l’art médical mais cherchaient à pointer quelques actes pour prouver que le médecin utilisait des moyens pour lesquels il n’avait pas de diplôme estampillé, sans tenir compte si ses actes étaient efficaces en fonction des malades. Du reste, il est intéressant de constater que Ss n’évoque pas des malades !

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Dans leurs soucis de récolter des fonds, les assurances ont créé les assurances complémentaires.

Un bilan tout récent déplore que les assurances complémentaires sont en danger. A nouveau, on ne parle que de finance : « Les compagnies d'assurance maladie ont jusqu'à présent réalisé un bénéfice d'un demi-milliard de francs grâce aux assurances complémentaires. Mais, sans innovations, le marché des complémentaires risque de s'effondrer, prévient une étude publiée mardi à Berne ». Par conséquent, on ne parle que de marché et non de patients.

On voit bien que les Assurances complémentaires les trient puisque : « Sans oublier que les assurés de plus de 50 ans ne peuvent pratiquement plus changer de prestataire ou conclure de nouveau contrat. » De nouveau, seuls les calculs sont pris en compte.

Une autre réflexion en dit long sur le mode de procéder :

"Les recettes des primes de l'assurance complémentaire pour les malades hospitalisés sont désormais largement utilisées pour le financement des prestations obligatoires de l'assurance de base et pour des tâches nécessitant un financement public, comme l'enseignement et la recherche", explique le spécialiste. L'Autorité des marchés financiers veut d'ailleurs désormais empêcher ce principe de vases communicants. ». Ainsi, le peu qui restait de la notion très chère à la création de la LAMAl, à savoir la SOLIDARITE, est appelée à diminuer voire disparaître car celle qui dirigent le système est l’Autorité des marchés financiers ! De nouveau, on ne voit plus la relation efficacité versus économicité.

Et voilà dans quelle direction il est proposé à la branche des assurances d’être plus dynamique et à travailler : « M. Schneuwly appelle donc la branche des assurances à être plus dynamique et à travailler avec des fournisseurs de prestations médicales innovants ». Il est à souligner que dans cette proposition, on ne parle pas de malades mais d’assurés qui pourraient être plus séduits par de nouveaux produits (qui n’est qu’un concept orienté d’abord vers les coûts) et qui ne stimulent pas le corps médical à considérer le malade comme une entité vivante et complexe.

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Une autre décision surgit dans le canton de VD : Elle reste toutefois au niveau du calcul des primes, non de la santé des habitants, seulement de leurs porte-monnaie. Par conséquent, on reste dans des calculs plutôt faciles à effectuer (le montant des primes) ou encore une satisfaction politique ( « Mais pour Pierre-Yves Maillard, le but politique est atteint: il s'agit d'améliorer concrètement la situation des gens »)

Et voilà, pour un ministre de la « santé », le but est économique et politique. Quid de but des soins aux malades et de leurs libres-arbitre de choisir les thérapies qu’ils perçoivent adéquates pour eux ?

Croire que le Département a pris une bonne décision ne tient pas compte que les traitements pourraient être moins chers s’ils étaient plus adéquats à chaque malade dont l’état de santé dépend de différents facteurs . Il y aurait des sommes colossales à économiser. Seulement, on n’étudie que le coût des médecines techno-scientifiques au lieu de l’art médical qui a des moyens bien plus variés pour comprendre le fonctionnement et le dysfonctionnement de chacun.

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Parlons aussi de l’Office Fédéral de la Santé Publique. Je vois mal qu’il s’occupe de Santé Publique quand il encourage par de la publicité à répétition le « don d’organes » par des personnes vivantes que des médecins mutilent d’organes vitaux. Est-ce vraiment approprié pour développer leurs santés ?

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Un article décrit l’organisation offre un bref aperçu du fonctionnement du système de santé helvétique.

En sous-titre : Les patients payent cher

Il est très intéressant de constater que les assurés deviennent des patients alors que les articles cités parlent de citoyens ou d’assurés ! Et qu’on ne parlent pas du tout de soins efficaces, seulement de prestations. De plus, un patient peut s’adresser à d’autres médecines et ne sera pas remboursé. Donc il doit payer doublement. De plus les impôts ne feront une réduction que pour un pourcent du revenu, ce qui est faible pour des gens qui gagnent peu.

Donc les assurés sont astreints à payer ce qui dépend d’un certain système qu’on leur impose.

En effet, on peut dire que le système politique le leur impose puisque le peuple avait voté largement l’article en faveur des médecines complémentaires. Or, après presque 10 ans, qu’est-il devenu ?

Est -ce que le Ministère de la « santé » a surveillé comment cet article a été exécuté et mis en valeur ? Certaines facultés de médecine ont donné quelques cours, d’autres ont développé une discipline ou une autre mais en tous cas, les étudiants en médecine n’ont pas acquis une conscience éclairée de la valeur des autres médecines ni de leurs envergures globales pour les patients.

Rien ne semble se faire quand on lit les articles où la politique s’occupe de l’économie mais surtout de ne pas mettre au point un collège de médecins pour considérer les traitements globaux au lieu d’un organe séparé d’un tout, ce qui est beaucoup plus facile à maîtriser mais ne guérit pas pour longtemps puisqu’il apparaît des rechutes et, ce que l’on voit de plus en plus actuellement, les maladies dégénératives ou cancéreuses. (le vieillissement a bon dos alors qu’une erreur à répétition conduit aussi à un état chronique) Il serait plus efficace de corriger dès que possible les erreurs d’hygiène et les chocs tant physiques qu’affectifs, ce qui est un peu coûteux peut-être au départ quand on l’enseigne soigneusement, mais qui devient bien moins cher à long terme. Mais Ss se contente de statistiques sur une année. Ainsi donc, quand le système politique va-t-il mettre en place et gérer un collège médical qui sache approcher la thérapie indiquée pour chaque cas ? Il faudrait alors que les économistes apprennent à étudier les résultats individuels et non se contenter des statistiques annuelles qui s’occupent d’une pathologie plutôt que du malade porteur de cette pathologie et peut-être d'autres balayées par la même occasion. Seulement, c’est tellement plus simpliste de travailler sur des DRG: « SwissDRG SA est une institution commune des fournisseurs de prestations, des assureurs et des cantons dans le système de santé Suisse. SwissDRG SA est responsable de l’élaboration, du développement, de l’adaptation et de l’entretien des systèmes tarifaires des prestations stationnaires. » Ces DRG ne sont que des fragments de l’être humain

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Un autre sous-titre très parlant : La santé suisse entre l'Etat et le marché confirme bien à quel point les thérapies n’ont pas de place, ni dans l’appellation « la santé suisse » ni de la placer entre l’État et le marché où le corps médical n’est même pas mentionné.

A noter à quel point on en est arrivé à ce que les médecins sont des salariés très soumis à beaucoup de paperasseries qui les débordent et ne leur laissent pas le temps de s’intéresser à d’autres dimensions que les prestation fixes et, de plus, limitées dans le temps.

En janvier, des chirurgiens à Genève ont fait une grève par rapport à une prestation. C’est dire à quel point ils sont poussés pour se faire entendre !

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Médecins sous surveillance

« L'assurance maladie n’est tenue de payer que pour des prestations efficaces et économiques. Celles-ci sont définies par des réglementations légales et des listes. En cas de litige, le tribunal doit trancher. » Ce qui est cocasse, c’est la définition des prestations efficaces. Ainsi, quand le médecin à l’âge de la retraite se retrouve au tribunal, il a passé par 3 commissions en 3 ans. A la troisième, un des économistes lui demande d’un air moqueur : «  Vous pensez que vous êtes plus efficace que vos collègues ? » et il s’arrêta là. Il ne demanda point sur quels critères le médecin évoquait l’efficacité. Or il y a déjà un critère basique : ne continuer que lorsque un traitement fonctionne clairement. Ainsi on évite bien des consultations et des prescriptions coûteuses. Un autre critère patent est celui où le traitement guérit alors que le patient souffre de sa pathologie depuis plusieurs années. On peut mettre cette réussite dans les études observationnelles.

Seulement voilà, Santésuisse ne regarde que les statistiques. Donc il faut plusieurs cas. Par conséquent, il est impossible de citer plusieurs cas puisque chacun est individuel et qu’un généraliste soigne des patients très différents.

Le tribunal arbitral a aussi imposé d’apporter des preuves mais un professeur de médecine sociale l’a déconseillé dans la mesure où il faudrait une dizaine de cas similaires. En plus d’être inutile, il faudrait engager un médecin, ce qui est hors de prix.

"Les prix que les médecins et autres prestataires de services médicaux sont autorisés à facturer sont clairement détaillés. Ils sont déterminés soit dans le cadre de conventions collectives approuvées par l’État, les assurances maladies et les prestataires de services, soit par la loi ou enfin par une autorité publique." Ainsi donc, il est impossible aux médecins de créer un traitement selon la complexité de chaque cas. De la sorte, on peut constater que le médecin est considéré une fois de plus comme un salarié.

L’art médical est donc écarté par les économistes et les politiciens.

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Dans un autre article, on définit ce que sont les prestations et les tarifs

Encore une affirmation qui en dit long quant à la divergence entre les règlements et la réalité :

« Tous les assureurs-maladie pratiquant à la charge de l'assurance obligatoire des soins doivent prendre en charge le même volume de prestations prévu par la loi et garantir l’égalité de traitement entre les assurés. »

Alors que nous pouvons lire la dimension réelle d’une telle assertion.

« Pauvre, en phase terminale, et rejeté par son médecin »

« Plusieurs cantons placent ceux qui ne peuvent pas payer leurs frais médicaux sur une liste noire. Ces patients ne sont alors soignés que dans les situations d’urgence, selon des critères controversés. Nous avons rencontré une personne concernée. »

C’est là qu’on découvre que les règlements sont dans les têtes pour soutenir les économistes et non en relation avec des êtres humains. De même, le principe de solidarité n’est qu’un concept et non un acte venu du coeur.

Il est donc temps que le corps médical retrouve ses capacités fondamentales et puisse se dresser face aux corps politique et économique. Il me semble que c’est au corps politique d’organiser cette force et ne plus se contenter de tout déléguer aux Facultés de Médecine.

Commentaires

Il est vrai que le manque d'intérêt des économistes de la santé, de Santésuisse et des politiciens pour l'efficacité des thérapies est navrant (en tout cas si on se base sur les nombreux exemples que vous donnez). Dans ce domaine, il y aurait pourtant un énorme potentiel d'économies. En effet, si l'on pouvait orienter les patients vers la thérapie la plus adaptée à leur pathologie, les coûts de la santé seraient considérablement réduits. Et le bien-être des patients fortement accru. Or, bien peu d'efforts semblent être faits dans ce domaine. Mais sur ce point, je pense qu'une partie des médecins sont également responsables, peut-être par manque d'ouverture ou par volonté de garder la domination de la médecine officielle sur le système de santé...

Écrit par : JYM | 01 septembre 2018

Merci beaucoup, JYM, d'avoir pris le soin de lire ce long article et d'y apporter vos observations.
Comme vous le dites, peu d'efforts semblent être faits pour adapter la thérapie au patient et à sa pathologie. Du côté des malades, on peut déplorer souvent le manque de bienveillance et d'intérêt envers eux-mêmes. "Pourvu que ça fonctionne, que je n'aie pas mal, que je puisse aller travailler, etc"
Du côté des médecins, il y a un terrible formatage de leur mentalité, formatage qui a le temps de se mettre en place puisque les études sont longues! Pour une autre part, quand on voit le manque de généralistes par rapport aux spécialistes, on ne peut qu'en déduire que l'entité humaine intéresse moins que les organes séparés. Comme si on préférait maintenant s'occuper du véhicule avec des pièces détachées que du conducteur qui n'est pas qu'un ensemble de pièces détachées mais surtout un être fait d'âme et d'esprit qui animent cet ensemble.
Côté du besoin de garder la domination de la médecine officielle, sans doute pour une part mais aussi nous vivons un temps où nous voulons maîtriser la sécurité, donc avec des données matérielles alors que les autres médecines utilisent beaucoup de thérapies concernant l'énergétique, donc un domaine beaucoup moins tangible concrètement et beaucoup plus subtil à mesurer. Mais l'être humain n'est-il pas subtil?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 01 septembre 2018

Pourquoi encourager la formation de spécialistes, alors que ce sont les généralistes qui manquent? Si ces derniers étaient en mesure de remplir leur rôle, à savoir considérer l'intégralité du patient pour déterminer sa (ou ses) pathologie et adapter sa thérapie, et ne pas servir de gare de triage uniquement, sans doute le bénéfice ne serait-il pas que rentabilité. Rêve ou utopie ?
Depuis plus de 30 ans, chaque automne apporte son lot de réclamations contre les augmentations de cotisations. Répétitions, répétitions.... Vous souvenez-vous que cette situation est déjà pour partie à l'origine de la LAMaL avec toutefois toutes les promesses faites pour sa promotion, à commencer par la certitude de la réduction des coûts (de la santé, de la maladie et .... des cotisations (sic). A Genève, pour l'année 1994, la cotisation a été fixée à Fr. 207.- par adulte et par mois pour toutes les caisses-maladie exerçant dans le canton, en 1996, elle est passée à Fr. 215.-. En 20 ans, c'est plus du double qui nous est exigé (pour certaines caisses, voire le triple), alors que les statistiques (fournies par les assureurs) n'annoncent si l'on en croit ces derniers qu'une augmentation d'environ 25% des coûts: où l'âne a-t-il mal à la patte ?
Une multitude de facteurs serait à l'origine de l'état de santé dégradé de la population (hormis alcool, tabac) pollution air, eau, ondes magnétiques, CO2 etc.)
Quelles mesures l'Etat prend-il pour interdire la prolifération des producteurs de ces pollutions (Monsanto) ? directement ou indirectement responsables ?
S'agissant des propositions de P.-Y. Maillard, elles ont au moins l'avantage de suggérer des solutions plus ou moins valables, mais qui permettront en tout cas de mobiliser l'intérêt des assurés. Cependant, l'idée visant à baisser les cotisations par l'intervention de l'Etat (subsides) ne me paraît pas être valable: en effet, de cette façon les seuls bénéficiaires de cette stratégie seraient encore les assureurs: peu leur importe d'où leur viendraient les cotisations (que ce soit des assurés directement ou de l'Etat) pourvu qu'ils puissent les encaisser! Le seul et unique moyen de réduire les coûts (de la santé/maladie) ne réside que dans le contrôle des comptabilités des assureurs par un organisme autre que la FINMA - absolument indépendant et non soumis à la dictature des caisses.

Écrit par : Perspicace | 04 septembre 2018

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