15 juin 2018

Les industries de la santé

Que ressentez-vous à la lecture d’un tel terme ? Moi, il m’effare et, en même temps, il exprime tellement bien ce qu’est devenu l’art médical entre les mains de l’économie. En France où tout ressort de façon plus frappante qu’en Suisse, il existe même le « Conseil Stratégique des Industries de la Santé » (CSIS).


Il y a aussi le LEEM (les Entreprises du Médicament), le syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique.  « L’ancienne patronne de Pfizer en France déclare que «  le secteur du médicament a besoin de croissance », mais « a du mal à se faire entendre par les tutelles ».

Elle rajoute : « le secteur est moteur de croissance économique, dans une démarche responsable de santé publique. »

C’est extraordinaire de lire cette complète scotomisation de la situation financière désastreuse des assurances maladie, ne songeant qu’à une croissance économique. Elle ne pense qu’à son secteur d’où sectarisation qui mène aux sectes ! Comme la laïcité est à l’ordre du jour, on a déplacé cette dynamique des religions à l’économie...

Pour séduire, elle évoque la "responsabilité de santé publique". Quand on pense aux nombreux effets secondaires voire aux scandales de certains médicaments, elle est vraiment gonflée de chercher à s'arroger une telle responsabilité de "santé".

Et elle explique son mode de procéder pour parvenir à ses fins :  «  Il faut passer un pacte tourné vers le futur avec le gouvernement ». Et voilà, tout est dit : Il faut persuader les dirigeants politiques d’entrer dans notre jeu.

De plus, elle se restreint à son domaine et ne s’ouvre pas au panorama offert par la société : « pour assurer l'accès rapide des patients aux nouvelles alternatives thérapeutiques. ». Pour elle, les alternatives ne peuvent être que médicamenteuses. Quelle restriction des pouvoirs humains ! Même dans ce domaine, on ne peut ainsi que constater que la tendance va vers une oligarchie prétentieuse et dominatrice.

Sur un autre plan, on peut constater ce qu’est un certain féminisme de nos jours tel que représenté par des femmes d’apparence impeccable mais dont les engagements sont terriblement émissifs, de type masculin (yang diraient les Chinois), dans le seul but de la rentabilité, sans plus de connexion avec le monde humain et sensible dans toute sa complexité.

Et en Suisse, où en sommes-nous ? Quand je vois qu’un médecin est condamné uniquement sur une statistique économique du coût par patient /an, il n’est plus question de l’efficacité des traitements. Il n’y a plus de relation entre l’économie et l'objectif primordial des soins. Notre équilibre confédéral est bien mis à l’épreuve actuellement mais le système économique des prestations médicales montrent déjà la préférence pour un système oligarchique techno-scientifique, d’où l’augmentation inexorable des primes depuis plusieurs années qui va de pair avec la dévalorisation de l'art médical.

Commentaires

La petite bébête qui monte, qui monte...

Bonjours
En réaction à votre article, voilà question qu’il faut se poser.
Qu’est-ce qu’une assurance ?


Une assurance c’est un réservoir… un océan d’argent ! Il doit servir à deux choses :
- Assurer le bon fonctionnement de l’assurance pour qu’elle puisse faire du profit et des réserves.
- Des réserves qu’est-ce que c’est : C’est de l’argent que les assurés paient en plus pour assurer qu’en cas de coup dur, la santé de l’assurance puisse passer au travers de ces moments difficiles pour poursuivre ses bonnes affaires.
Tout le reste, n’est que garniture…

Rappelez-vous : Après de nombreux essais c’est en 1994 que le gouvernement a remporté la votation avec 1,2 millions (51.8%) de oui contre 950 milles non (48.2 %), participation 44%. Soit 56 % d’abstention.
L’assurance maladie devient obligatoire. Pourtant, à ce moment là, j’ai retenu que l’on parlait de 2 % de la population qui n’était pas assurée et les communes l’exigeaient pour tout nouvel habitant, car en cas d’insolvabilité du citoyen ; ce sont elles qui devaient payer les frais médicaux. Donc on peut considérer qu’au travers de ces dispositions, l’assurance maladie était déjà obligatoire en Suisse. Alors, pourquoi faire une loi confédérale ?

Depuis, la stratégie des assurances maladies est  à qui mieux-mieux ; augmentation des primes, baisses des prestations, imposition et augmentation de franchises, participations aux frais médicaux et d’hospitalisation… Mais c’est normal, quand c’est obligatoire, il n’y a plus de prix, on fait ne fait que des ententes entre les différentes parties dirigeantes.

Entre 1995 et 2015 les coûts de la santé selon l’OFS ont passés de moins de 40 à près de 80 milliards(77,754 md) et en 2016 c’était déjà 80,7 md. Chose étonnante, sur le graphique on voit que, malgré se doublement, la part patronale reste presque la même. (voir p 40 « statistiques de poche : Santé » lien ci-dessous)
Pour palier à ce phénomène, on nomme des commissions, on fabriques des institutions qui devraient servir de « garde fous ». Cependant les personnes qui occupent ces postes ont été formées aux mêmes écoles, aux mêmes stratégies avec la même culture d’entreprise que les dirigeants des assurances. Ils se comprennent, ils viennent du même vivier. Alors, savent-ils mieux nous protéger des abus ?

Mais qui paye ?
Si l’on calcule que 8 millions de suisse paient en moyenne environ 300 fr par mois pour leur assurance de base, cela fait 2.4 milliards par mois. Alléchant non ?.
Je vous invite à télécharger le « statistiques de poche : Santé » de l’OFC https://www.bfs.admin.ch/bfsstatic/dam/assets/4342092/master

Selon le tableau de l’OFS
https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/cout-financement/financement.html
2017 2018 évolution
Sur un total de ( en milliards de francs) 77,7 80,7 +3.8 %
Les ménages privé payent directement aux assurances 50,3 52,8 +4.9 %
au travers de leurs impôts, taxes, et divers 22,6 22,9 +1.3 %
Au travers du rendement de leur travail 4,7 4,9 +3.8 %

Il est à noter que la contribution qui augmente proportionnellement le plus est celle que le citoyen paie directement au assurance soit 4.9 % contre 1.3 au travers de l’état et 3.8 au travers des entreprises. Pourtant le taux d’inflation en suisse selon « Bilan » pour 2016 était de 0.4 % et 0.5 % en 2017
Donc, l’assurance reste une bonne affaire pour ceux qui font des affaires !

Par-contre ce même, jour là de 1994 : l’initiative populaire « Pour une saine assurance-maladie » ne faisait ces chiffres : 1,5 million de non et 400 milles oui … Et PLOUF !!!! Il faut croire qu’elle n’était pas rentable… Et entre 1993 et 2015, J’ai compté 73 initiatives populaires (Liste et résultats sur mon site) qui auraient pu avoir un effet sur la santé, ont été proposées au peuple, soit plus de 7,3 millions de paraphes récoltés ! Seuls 2 objets ont obtenu une acceptation populaire. La question que l’on peut se poser est : Est-ce que les Suisses et Suissesses ont confiance en eux-mêmes ?

Avec mes bonnes salutations
Daniel Demierre

Écrit par : Daniel Demierre | 17 juin 2018

Je vous remercie vivement, Daniel Demierre, pour le soin, la rigueur et votre engagement de citoyen actif dans votre commentaire.
Vous avez aussi le grand mérite de présenter une vue d'ensemble, ce qui n'est plus le cas actuellement où on préfère brandir un élément pour subjuguer la population et lui soumettre un tout caché derrière.

Un ajout à votre liste: alors que les assurances - sociétés privées - ne devraient être en principe que les comptables des primes et des prestations fournies, qui leur a arrogé le droit de s'adjoindre tout un bataillon d'économistes, de juristes et de statisticiens pour juger les médecins qui abuseraient alors qu'ils n'ont, de plus, aucune formation pour apprécier l'efficacité des traitements, efficacité versus économicité bien stipulée dans la LAMal? Il y a plusieurs années, en cas de doute, l'assurance demandait à un médecin-conseil de s'informer en quoi consistaient les traitements. Ce recours au corps médical n'existe plus actuellement où seule la statistique des coûts par patient et par année tient force de loi.
La solidarité entre les citoyens a été remplacée par la solidarité entre les assurances!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 18 juin 2018

Bonjour,
Une nouvelle spécialité française : il est question de faire bénéficier les malades plus rapidement des "traitements innovants". Si on lit bien entre les lignes, le terme optimiste "innovant" couvrant une autre intention, il est question de raccourcir la longue, fastidieuse - et coûteuse - étape des tests d'efficacité et de la mesure des effets secondaires éventuels "au profit" des malades. Ils seront donc des cobayes gratuits à leur corps défendant.
La croissance des industries pharmaceutiques est donc, encore davantage, faite au détriment des malades.
A propos des assurances, celles-ci ne couvrent que des risques "accidentels". Lorsqu'il ne n'agit plus d'accidents, ou des aléas de la vie, l'Assurance ne couvre plus : à voir en détail.
Cordialement.

Écrit par : minna | 11 juillet 2018

Merci beaucoup, Minna, d'attirer notre attention sur ce fait qui paraît très fluide et positif donc peut bercer d'illusion la population, d'autant plus que les malades sont moins aptes à réagir. Actuellement, on s'arrange à faire passer des décisions "comme des lettres à la poste". On oublie qu'il peut y avoir des poisons dans les enveloppes...!
Une fois de plus, une saine réaction devrait stimuler les malades à mieux comprendre le fonctionnement de leurs corps afin de découvrir comment l'équilibrer et s'harmoniser dans ses relations avec l'environnement tant dans les contacts avec autrui, les mouvements dans l'espace ou la relation à la nature.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11 juillet 2018

voici une vidéo très pertinente où un professeur de pharmacie rigoureux dévoile les dessous de cette industrie des médicaments innovants:
https://www.francetvinfo.fr/sante/politique-de-sante/le-gouvernement-cede-t-il-a-l-industrie-pharmaceutique_2845553.html

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11 juillet 2018

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.