26 mai 2018

Quelles voix pour les animaux ?

Ces réflexions me sont venues à la lecture d’un dernier événement contre des boucheries, survenu à Carouge la nuit dernière. Il vient densifier le message déjà lancé à Genève en début du mois. On étiquette vite les auteurs d’antispécistes, ce qui donne une explication et la délimite, mais non un sens au geste lui-même qui touche une dimension bien plus vaste du problème de la relation actuelle entre hommes et animaux.

 


Ce geste violent, sauvage avec le fracas de vitrines est le seul moyen qu’a trouvé le commando pour hurler à la place des animaux qui sont pareillement contenus, limités, euthanasiés par confort pour les humains ou même supprimés en « prévention » d’une épidémie supposée.

Il existe encore des humains qui savent rencontrer un animal dans sa conscience et sa sensibilité. La communication intuitive avec les animaux enseigne à quel point un contact peut être riche.

Malheureusement, la mentalité actuelle les traite trop souvent comme des objets. On connaît bien les abandons d’animaux qui dérangent, que ce soit pour des départs en vacances, des odeurs, de la lassitude à s’en occuper justement parce qu’on ne cherche pas à établir un vrai contact avec eux.

Quand on a un vernis de bonne éducation, on va plutôt les « confier » à un refuge ou, en ayant un tout petit peut plus de conscience, on les confie à une personne qui d’en occupera pendant les vacances mais on omet d’aller les reprendre.

Le système actuel ne permet pas d’apprendre à entrer en contact avec les animaux. On enseigne seulement comment éviter les dégâts ou d’éventuelles maladies.

Au niveau de l’État, quel office va permettre d’intégrer les animaux dans l’existence affective humaine ? Un exemple caricatural qui démontre bien l’amplitude de l’éloignement avec la vie sensible est le fait que même pour un marché campagnard dans un village, qui dure 2 – 3h de temps -, une particulière doit demander la permission au Vétérinaire Cantonal pour amener deux lapins afin d’enseigner aux visiteurs l’approche de la relation avec un animal. La réceptionniste du SCAV lui répondra froidement que cela coûte 100 F et que vous n’êtes même pas sûr d’obtenir la permission. C’est un exemple typique de cette restriction de gestes venus du coeur, de quelqu’un d’expérience qui désire prendre le temps de transmettre la joie de contacter un animal familier. Une telle opportunité permet d’ajouter des éléments aux parents pour qu’ils ne se contentent pas de houspiller les enfants pour nettoyer la cage, geste qui sera d'autant plus aisé si un enfant développe une relation subtile avec son animal chéri. Cela permet aussi que si des petits naissent, on cherche une solution plutôt que de les abandonner lâchement dans la nature où ils se feront agressés facilement.

L’acte nocturne de casser des vitrines dénote aussi d’une autre dimension psychique des auteurs :

L’impuissance de dialoguer avec les bouchers, tout en ayant l’impulsion de les rencontrer, en ce sens qu’ils cassent un premier obstacle que sont les vitrines.

Mais est-ce que le service vétérinaire nous donne un meilleur exemple ?

Quand le vétérinaire cantonal prend des décisions, sur des documents, dans une salle avec ses collaborateurs ou, au pire, par l’intermédiaire d’un juge, il ne va pas non plus dialoguer avec les propriétaires d’animaux. Lui-même ne se mouille pas et mandate du personnel pour aller faire le boulot qu’il a décidé froidement dans son bureau. En voici un exemple où il donne son accord – donc sans s’investir de tout son être - pour l’euthanasie d’animaux qui gênaient. En quoi?

«Quant aux seconds, ils étaient trop nombreux pour entrer dans les volières temporaires érigées pour les protéger du risque de grippe aviaire. » Donc on soigne d’abord les risques supposés au lieu de donner de quoi vivre à ses oiseaux ! On voit bien l’absence totale de sensibité alors qu’un vétérinaire a pour première mission de soigner les animaux. Par de tels actes, on enseigne que le renversement de l’éthique est normal, en est devenu légal et on s’étonne que des jeunes (je suppose que ce sont des jeunes) viennent hurler leur révolte là où ils peuvent, en l’occurrence contre des vitrines de boucher qui ont du sang d’animaux sur les mains (c’est le moins qu’on puisse dire…) et dans le silence de la nuit qui correspond au sombre silence de l'absence de dialogue de jour.

Et quand des citoyens se dressent et confrontent le vétérinaire cantonal aux faits, il se débat et un article entier lui est consacré. Le journaliste écrit : « Si le spécialiste reconnaît avoir été notifié de ces endormissements et avoir donné son accord , il refuse d’endosser la responsabilité de cet acte dans le sens où il n’en a pas pris l’ initiative ». Et alors l’initiative de signer ne vient pas de lui ?!

C’est un exemple frappant de voir à quel point un homme bien payé, à la tête d'un service officiel donc avec la confiance du peuple,  a de pouvoir sur la vie des animaux qu’il n’entend pas, dont il ne tient pas compte de la sensibilité ni de la conscience. Il est donc dans l’ordre des choses que des humains viennent hurler à la place de ces animaux dénigrés, de nuit puisque de jour, rien n’est possible si ce n’est de mettre des affichettes ou organiser des congrès qui ne changent rien au niveau de la politique organisée, qui de plus a le Droit pour la soutenir. Je me répète mais il faut montrer et démontrer à quel point les lois ont pris la place du dialogue entre les personnes d’abord, pour la considération des animaux ensuite.

Alors pour ceux qui ont été profondément blessés par de tels actes de vandalismes qui tombent sous la loi, chez ceux qui ont assisté impuissants à des séquestres ou des euthanasies de facilité, toutes leurs énergies contenues de désespoir et de désirs de réagir, à défaut de pouvoir agir sainement dans des situations où le bon sens le permettrait mais pas la loi, alors ces êtres-là - qui ont su garder une sensibilité envers les animaux - ne peuvent que se manifester de façon élémentaire, avec des pierres à la main, seul moyen à leur portée.

Il est donc simpliste de les étiqueter d’antispécistes pour un geste de révolte élémentaire. Pour ceux qui désirent enrichir leurs perceptions et leurs réflexions, l’ouvrage collectif La Révolution antispéciste est d’un grand apport.

 

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