26 avril 2018

L’Hôpital fribourgeois sonne l’alerte

Le Temps de ce jour nous informe très clairement dans quelle situation financière s’est acculée l’institution. Une fois de plus, en Suisse, nous suivons de façon moins catastrophique ce qu’il advient en France, nos cantons étant plus petits que l’état nation et, d’autre part, notre mode de procéder est sans doute plus prudent à défaut d’être plus sage…



En Suisse, nous en sommes surtout à la notion de déficit alors qu’en France, le personnel est déjà bien atteint avec arrêts de travail pour épuisement voire suicides. A Fribourg, la problématique menace le personnel qui prévoit déjà d’utiliser la manifestation du 1er mai pour défendre son salaire.

Evidemment, il y a situation d’urgence financière mais il serait judicieux de donner autant d’attention à la source des coûts qui est toute la façon de concevoir l’attention aux malades, non seulement aux traitements mais au système d’hôtellerie.

En ce qui concerne les traitements, j’en parle et en reparlerai encore dans le thème que j’ai dénommé : « La confédération des médecines ». Ici, je désire parler du séjour hôtelier. Une mesure est mentionnée : l’externalisation des services de buanderie. Voilà un bon début. La suite est plus discutable : « La réduction de la durée moyenne du séjour des patients ». Là, il s’agit d’économie plus sensible, en ce sens que si un patient quitte précocement l’hôpital, il risque de rechuter plus vite, d’où augmentation des coûts. De plus, la durée d’hospitalisation dépend de facteurs médicaux qui risquent d’être rabotés.

Si on pense durée d’hospitalisation, pourquoi ne pas parler d’hospitalisation tout court ? Je me souviens du temps où des patients cancéreux à fin de vie restaient chez eux, moyennant une organisation (louer un lit d’hôpital par exemple), un soutien à un proche qui gérait la situation et à un groupe de personnes qui donnaient les coups de main indispensables. En tant que médecin traitant, je passais régulièrement, non seulement pour surveiller le confort du malade mais aussi pour accompagner l'équipe dans ce passage si délicat qu’est le trépas,  passage si méconnu et très souvent abrégé ou amorti de nos jours. Chaque membre de la communauté effectuait tout un travail de conscience pour accepter ce qui est inhérent à l’existence humaine.

Il ne faut pas croire qu’une telle organisation est très compliquée : il s’agit de bien observer toutes les possibilités du lieu et des services environnants afin de créer le cadre le plus adéquat possible. De plus, cela a l’énorme avantage de rendre chacun plus actif, ce qui aide beaucoup à traverser un cap éprouvant.

L’autre dimension où une économie énorme peut se faire, c’est l’alimentation. Il est évident qu’on n’inclut pas dans cette catégorie l’alimentation thérapeutique comme celle des diabétiques ou des intolérants à certains ingrédients. Dans des pays moins capitalistes, c’est la famille qui apporte la nourriture. Tout d’abord, cela leur permet d’avoir des élans vis-à-vis du malade. Bien des proches se sentent mal de n’avoir rien à offrir à leurs aimés, si ce n’est leur tenir la main ou chercher à meubler la conversation. Ainsi, à travers l’alimentation, on peut offrir beaucoup d’affection et d’attention aux malades, en connaissant bien ce qui lui plaît, conditions qui représentent une forme de remède qui peut avoir une place certaine. D’autre part, il y aurait beaucoup moins de gaspillage de nourriture, d’une part parce qu’elle ne convient pas particulièrement à quelqu’un qui se sent mal, malgré l’effort des diététiciennes qui passent dans les chambres mais qui ne peuvent pas le faire quotidiennement, alors que l’état d’un malade peut varier suffisamment pour lui modifier son appétit.

Devant cette grosse alerte de l’Hôpital fribourgeois, on simplifie l’explication de la cause du bilan financier : « Le mal est diagnostiqué: l’hôpital n’a pas su anticiper les changements liés à la libéralisation du marché hospitalier de 2012. Depuis, dans un secteur ouvert à la concurrence, les recettes tendent à diminuer ».

Evidemment, on utilise le même mode de réflexion qu’en médecine : il faut UN diagnostic et on s’acharnera dessus ou alors on se sentira complètement démuni. De tenir un élément ne devrait pas empêcher de remonter à la source du problème  pointé : « La libéralisation du marché hospitalier, l’ouverture à la concurrence ». Ce qui est effarant, c’est la concurrence financière qui compte et non pas la concurrence au niveau de la qualité des soins. Evidemment, une étude systémique au niveau des traitements dans leur ensemble serait bien plus compliquée que de faire de la comptabilité sur ordinateur. Et pourtant, ce serait une nette économie pour la santé, donc pour les coûts.

Commentaires

Merci chère Marie-France de nous éclairer toujours sur ce monde parfois un peu opaque qu'est le monde hospitalier vis-à-vis d'une part des malades et d'autre part du public, donc de l'entourage des malades.

Écrit par : Christiane | 26 avril 2018

Tout à fait d'accord avec les suggestions de Marie-France qui nous fait entrevoir des solutions qui amélioreraient la situation de tous aussi bien des malades, des soignants que des membres de la famille. Et surtout l'aspect humain serait pris en compte : que la situation financière s'améliore, c'est le bonus.

Écrit par : Noela | 26 avril 2018

Merci à Christiane et à Noela qui comprennent que nous sommes cocréateurs du système du maintien de notre santé ou du rétablissement et de la réparation des failles de notre état sanitaire.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26 avril 2018

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