17 avril 2018

Qui détient le coeur de la médecine ? 2e épisode

Dans mon dernier article, je me suis grandement appliquée à apporter différents éléments qui jouent un rôle dans la pratique de la médecine. Aucun lecteur n’est venu amener un peu de bois au feu allumé ! Que dois-je en déduire ? Pour certains, je sais que le sujet est tellement vaste qu’il nous dépasse et qu’on ne sait pas par quel bout l’aborder, ni si on en a les forces.


Ce n’est pas le cas des assurances maladie qui se sentent toutes puissantes puisque c’est elles qui tiennent les cordons de la bourse. Le hasard fait qu’elles sont entrées dans la fournaise hier par l’intermédiaire du journal « le Matin « , dans un article repris par l’AMGE. La patronne de la CSS n’a pas peur d’affirmer sa proposition : "Augmentons la franchise à 10 000 F."

Il n’y a aucune réflexion pour faire correspondre cette somme avec une vision de la médecine. C’est tellement facile de faire des calculs avec l’aide de son ordinateur, sans relation aucune avec le terrain des patients, de leurs maladies et des traitements !

Je cite l’article : « Selon ses calculs, la mesure permettrait aux assureurs d’épargner un milliard de francs de remboursements à leurs clients. ». Voilà un chiffre bien parlant ou plutôt hurlant, tellement facile à articuler !

«  Notre système de santé coûte si cher que chaque idée pour en alléger un peu la facture est la bienvenue ». Ici, le système en cause est bien nommé mais personne n’y touche. On passe tout de suite au fait qu’il faille « alléger un peu (!) la facture », sans tenir compte de l’objet qui est la source de cette facture.

Au niveau sociologique, cette belle idée ne tient pas compte que «  c’est l’impact sur la classe moyenne » qui en subira le plus les conséquences. Ce qui est effarant, c’est que des êtres humains sont limités à « une classe de population » comme s’il y avait une homogénéité entre eux et que leurs pathologies étaient de la même nature. S’il existe une individualité, c’est bien dans l’originalité de l’état de santé de chaque personne.

Au niveau du Parlement, pas plus d’imagination : « En attendant, le Parlement a décidé de faire grimper les franchises parallèlement au renchérissement de la vie». Il s’agit de calculs élémentaires et d’une limitation de vision qui ne veut pas considérer l’entièreté de la situation ni l’origine de la catastrophe. La politique se plie donc au système économique, lequel est partiellement – ou grandement - en cause dans le coût de la médecine techno-scientifique. Donc l’économie s’entretient, sur le dos des assurés qui restent endormis et dont certains appellent à se réveiller en hurlant « Stop LAMAL ».

Or, la vraie bascule se fera quand chacun reprendra les rênes de sa santé et que Santésuisse acceptera que les médecins généralistes enseignent à leurs malades comment comprendre le sens de leurs symptômes dans le cadre de la médecine précoce. Pour l’instant, ils refusent de la rembourser sous prétexte qu’il s’agit de médecine préventive. Il est temps que chacun-e ait autant de curiosité et d’instruction au niveau de sa personne qu’il - elle - en a au niveau de l’informatique et de son salaire mensuel.

La seule fois où la cheffe de la CSS utilise le langage médical, c’est pour décréter : «Le seuil de la douleur pour le niveau des primes a été atteint». En tous cas, ce n’est pas sa personne qui a atteint le seuil de la douleur! Si c’était le cas, elle chercherait d’abord des thérapies non seulement pour soulager sa douleur mais pour en supprimer l’origine. Ici, elle ne sait que faire une pirouette pour proposer de multiplier un montant de prime.

La cheffe déclare encore : «Cette option permettrait de faire baisser les primes de 170 francs par mois et par personne et, par un mécanisme de redistribution des subsides actuels, les plus faibles resteraient soutenus car « en cas de maladie, personne ne devrait avoir à renoncer à la visite du médecin». » Ainsi donc, par un système de vases communiquant, notre assurance maladie rééquilibrerait ses comptes, sans du tout tenir compte de la réalité du vécu des patients. Et avec un souhait très conditionnel « personne ne devrait…. » alors que le conditionnel est un mélange d’imparfait et de futur et ne tient pas compte du présent à savoir qu’ « avec des si, on mettrait Paris en bouteille ». En fait, les assistés des services publics sont souvent mieux soignées que bien des représentants de la « classe moyenne » qui tardent à se faire soigner en pensant aux débordements de leurs dépenses, ce que Le Temps confirme : «  Et l’on considère que 20% de la population hésite avant d’entreprendre certains soins, en raison des franchises trop hautes »

Heureusement qu’une représentante du peuple réagit avec une métaphore très pertinente : « Mais ce type de proposition, sans modèle, sans chiffres étayés, c’est un peu de la sculpture sur nuage.»

Si chacun des économistes et des juristes des assurances maladie regardaient les sculptures sur nuages qu’ils fabriquent, il y aurait bien longtemps que nos finances auraient abordé un autre cap !

Hélas, ils sont bien au chaud dans leurs bâtiments et, si on les bouscule un peu, ils ont des juristes et des avocats pour les soutenir.

Un autre représentant du peuple exprime aussi avec un bon sens évident : « D’une manière générale, je ne crois pas non plus que des franchises élevées ont un réel impact sur les coûts de la santé.»  C’est triste qu’une telle évidence ne tombe pas sous le sens de nos économistes et de nos dirigeants politiques….

Un autre élu propose un « Compte épargne santé » . On peut revenir ainsi à la situation d’avant l’obligation de s’assurer, où chacun assumait ses soins, ce qui l’amenait à être davantage conscient de gérer son état de santé. C’est maintenant qu’on voit à quel point nous sommes devenus dépendants d’un système macroéconomique qui nous bride sous bien des aspects. De gérer notre compte santé nous laisserait aussi nous soigner selon les thérapies qui nous correspondent et non selon celles qui soutiennent le système économique.

C’est dans le peuple qu’il reste encore des réflexions proches de la réalité : « Avec une telle franchise, à quoi servira une assurance maladie? Il faudra vraiment de très gros problèmes de santé pour y arriver», constate un internaute sur le site de la lutte contre l’augmentation des primes maladie. De plus, en laissant traîner des symptômes, la pathologie s’amplifie et les traitements n’en seront que plus coûteux.

Après cette énorme bulle assécurologique, on ne peut qu’espérer retomber sur nos pieds en nous souvenant qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même...

Commentaires

Pour défendre ce que nous sommes, notre cheminement et notre apprentissage se sont consolidés par le biais du renforcement des espaces collectifs où prendre des décisions, en recourant à des moyens juridiques nationaux et internationaux, à des actions de résistance civile pacifique, en mettant de côté les partis politiques qui n’ont généré que la mort, la corruption et l’achat des dignités, en faisant des alliances avec différents secteurs de la société civile, en fabriquant des moyens de communication à soi, des polices communautaires et des autodéfenses, des assemblées et des conseils populaires, des coopératives, l’exercice et la défense de la médecine traditionnelle, l’exercice et la défense de l’agriculture traditionnelle et écologique, les rituels et les cérémonies coutumières pour payer la terre-mère et continuer de cheminer avec elle et en elle, par la semence et la défense des graines natives, par des forums, des campagnes de diffusion et des activités socio-culturelles.
=*=
Extrait du COMMUNIQUÉ DU CNI DU 29/10/2016 - Congrès National Indigène
Armée Zapatiste de Libération Nationale : QUE TREMBLE LA TERRE JUSQUE DANS SES ENTRAILLES ! Voilà à quoi m'a fait penser votre analyse, notamment dans votre mail de contact. Je pense que cela vous parlera, car j'ai intitulé ce billet "ICI & MAINTENANT & D'OÙ NOUS SOMMES ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/10/30/ici-maintenant-et-dou-nous-sommes/
Au plaisir ; Jo

Écrit par : JBL1960 | 20 avril 2018

Une multitude de critiques émanent d'à peu près tous les milieux contre les cotisations exorbitantes des caisses-maladie. Cependant peu s'élèvent contre le système en place: or, si un changement radical s'impose, c'est précisément dans ce domaine - dont l'opacité n'est plus à démontrer - qu'il faudrait diriger nos réflexions. Mais voilà: il ne faut pas tuer la poule aux oeufs d'or. Et toutes les propositions d"aménagement" ne visent qu'à diminuer le coût de la santé en ignorant l'être humain qui le génère. Si tous les individus étaient fabriqués sur le même moule, pourquoi l'humanité serait-elle si diverse Pourquoi ne sommes-nous pas tous atteints de la même affection ? Pourquoi ne réagissons-nous pas tous de la même façon aux mêmes traitements ? L'on pourrait pousser la réflexion plus loin... jusqu'à nous demander comment une chef d'une grande caisse-maladie a pu oser avancer l'idée d'une franchise à Fr. 10.000.-, démontrant ainsi le mépris qu'inspire aux nantis ceux réduits à la peur de la fin du mois.

Écrit par : Fontaine | 25 avril 2018

Merci beaucoup, Fontaine, de venir aborder avec beaucoup de ferveur "le système en place". C'est évident qu'on n'en est plus à l'heure du rafistolage mais de l'insurrection, de l'acte de soulever toute cette chape qui s'est construite couche par couche avec les idées calculées et des concepts purement rationnels.
Effectivement, le système ne veut pas tuer la poule aux oeufs d'or, il veut simplement que l'assuré puisse continuer à la maintenir en existence (plutôt qu'en vie car la vie, elle, respecte le mouvement, la diversité, la poésie, la créativité, les mutations, etc).
L'idée de la franchise à 10 000.- montre bien à quel point les dirigeants de nos caisses maladie sont assis dans un fauteuil confortable et que c'est de là qu'ils débattent voire prennent des décisions, sans tenir compte du terrain des malades, des maladies, des praticiens et des thérapies.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26 avril 2018

Merci beaucoup, JBL1960, pour toute votre ardeur à nous éveiller pour nous mettre en marche. L'exemple de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale est un excellent modèle! Seulement voilà, nous vivons bien plus confortablement que les Mexicains et nous ne sommes pas assez incités à aspirer à une profonde libération. Le style de vie qui a déteint sur le style de médecine nous a rendus satisfaits de tous les médicaments qui évitent la douleur, l'inflammation ou même qui préviennent les maladies d'enfants, sans se douter que de détourner les systèmes d'alerte du corps ne fait que cumuler des déséquilibres qui s'affirmeront plus tard par des troubles organiques. On sait bien que la matière est de l'énergie condensée.
Mais le système technoscientifique veut avoir des résultats patents alors il faut des résultats visibles et concrets. Il s'appuie de plus sur des études avec des critères bien limités, labellisés "scientifiques" qui évitent beaucoup d'autres éléments moins codifiables et plus individualisés.
Le système assécurologique soutient la techno-science avec l'assurance de toutes ses preuves qui étouffent d'autres éléments "non reconnus scientifiquement".

Ainsi, les Zapatistes peuvent nous inciter à nous libérer de tout un système qui conduit à la soumission de payer des primes de plus en plus élevées!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 avril 2018

Faut-il parler d'acte d'insurrection ou de résistance comme sous Occu0ations des forces du Nouvel Ordre Mondial qui ne tiennent plus compte de la réalité puisque ne fixant leurs objectifs non de santé mais de rentabilité soit de profits au maximum et au plus rapide?

Adapter les primes de base obligatoires au revenu des affiliés est l'unique mesure laquelle, évidemment, "peinaliserait" les plus riches d'entre nous!
Nous l'avons compris.

En ce cas rendre à l'assurance maladie la première de ses annonces du début: assurance maladie facultative.

Chacun, en cas de refus notamment pour cause d'abus, étant invité à économiser pour son compte le coût de ses soins santé.

De quel droit s'approprier le bien d'autrui?

Qui a travaillé, économisé, "sué" (comme goudronner sur les routes de plein été, dos rongés par le soleil... parfois):

l'assurance maladie?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27 avril 2018

Oui, Myriam, Belakovsky, j'aime bien le terme d'insurrection car il évoque le fait d'un mouvement qui surgit du fond de nous. Il faut de nouvelles forces pour affronter une situation qui s'enlise et où les responsables officiels utilisent plus ou moins toujours les mêmes instruments et paramètres pour trouver une solution. Laquelle ne peut pas surgir sans chercher de nouvelles dimensions qui correspondent à des forces encore inconnues sises au fond de chaque être humain.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 avril 2018

Je reprends vos propos, Myriam Belkovsky, "Chacun, en cas de refus notamment pour cause d'abus, étant invité à économiser pour son compte le coût de ses soins santé." L'important pour moi n'est pas de parler des coûts mais de la source de ces coûts, à savoir la souveraineté sur son organisme et la gestion des symptômes avertisseurs des maladies quand il est encore temps ou alors quand les pathologies sont présentes et qu'on ne peut plus les nier.
Le problème actuellement c'est qu'on enseigne très peu la conscience de soi, de son corps, de son âme et de son esprit. C'est pour cela que bien des personnes ne sont plus dupes que la médecine occidentale ne s'occupe que des symptômes et vont chercher dans les autres médecines une compréhension de ce qu'elles vivent à l'intérieur d'elle-même.
Je me souviens d'une patiente qui avait rechuté d'un kyste au sein. Elle demanda à son gynécologue : "Dr, comment est-ce que je fabrique ces kystes". Le médecine resta sans réponse et, au 3e épisode, ce fut un cancer.
Le gros problème, c'est que la plupart des médecins ne font pas ce type de recherches et se contentent de dire "les études scientifiques ne sont pas faites" alors qu'ils devraient se mettre en route car la question est bien là.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 avril 2018

Madame de Meuron,

On ne peut, une fois de plus, qu'apprécier vos lignes.
Votre message.

Ne faudrait-il pas que les patients eux-mêmes soient infiniment plus exigeants mais comment le pourraient-ils sans connaître ce que vous nous apportez?

Il y avait une femme de radio, Marie-Claude Leburgue, qui recevait des auteurs de livres auxquels elle ne posait qu'une ou deux question... les auteurs ainsi "invités" parlant de leur propre gré et ressenti.
Comme parvenait-elle à cet exploit?
Parce que non seulement elle avait étudié les livres concernés mais, avant les émissions, tant que faire se pouvait, approché leurs auteurs.

Talent sien, certes, mais également, par la radio, "moyens"!

Aujourd'hui combien d'affiliés payant à grand-peine leurs primes sans plus médicalement parlant "consulter"?

Pourquoi?

La "rue" attend... qu'on en reprenne le chemin à commencer par le personnel politique.

Très bon dimanche à vous.

Écrit par : Myriam Belakowsky | 28 avril 2018

Grand merci, Myriam Belakowsky, pour vos appréciations fort sympathiques!

Il est intéressant que vous parliez de ces émissions de radio qui balayaient large. Actuellement, on balaie plutôt très pointu : on approfondit une dimension de plus en plus exiguë. De même en médecine, on va dans l'infiniment petit; on parle par exemple beaucoup de génétique et on s'éloigne de l'être humain global, quasi en le définissant par ses gènes! Or la vie est beaucoup plus souple et mobile et pourtant, on ne cherche qu'à la réglementer et à en être souverain. L'homme croit, par la science, se mouvoir au-dessus des lois naturelles et il en perd son bon sens.
"Chasser le naturel, il revient au galop" : c'est exactement ce que nos grands organismes mondiaux cherchent à nous imposer, par exemple en "éradiquant" une maladie. Chaque maladie a une certaine "intelligence" et elle sait changer de forme ou se renforcer de manière à réapparaître de façon souvent plus difficile à gérer.
Non, je ne pense pas que le personnel politique ait le premier mot. Il n'est que le reflet d'une mentalité globale qu'elle soit économique, éducative ou médicale.

Un merveilleux dimanche à vous aussi!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 avril 2018

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