15 avril 2018

Qui détient le coeur de la médecine ?

Qui porte le flambeau de l’art et la science de la médecine ?

Qui lui insuffle l’énergie afin qu’elle anime les forces de guérison chez les malades ?

Qui l’enseigne afin d’en transmettre les thérapies dans toutes leurs subtilités ?

Qui lui donne le cadre approprié pour que chacun reçoive le geste adéquat au moment opportun ?


Au lieu de cela, la médecine dans toute son essence se voit coincée dans un système de santé défini par l’économie. On parle des coûts de la santé en faisant miroiter la santé alors que le système a réduit les actes médicaux à des prestations codifiées. On constate que cette codification n’empêche pas l’augmentation des coûts, alors on la limite toujours plus. Ce n’est plus l’entièreté du malade qui décide du traitement le plus approprié mais le « cas ».

Et si on donne la parole aux patients, c’est uniquement par rapport à un choix financier. Ainsi, nous lisons dans Avenir Suisse : « Participation active des patients : les patients – c’est-à-dire les clients finaux – doivent avoir leur mot à dire. De nouveaux modèles d’assurance, dans lesquels les caisses-maladie conseillent leurs patients avant une intervention hospitalière, permettraient de sensibiliser les assurés aux différences de qualité et de coûts. Si les assurés choisissent une prestation moins coûteuse, mais de qualité équivalente, ils seront récompensés par un avoir crédité ou des primes moins élevées pour les économies réalisées. »

Finalement, les malades ont leur mot à dire... Seulement quant aux coûts! Et ils seront récompensés - financièrement- dans un problème qui les handicape voire les invalide puisqu’il s’agit ici d’intervention hospitalière. Ce ne sont donc plus les médecins qui suivent et perçoivent le mieux ce qui convient à leurs patients mais ce sont les assurances qui, en réduisant les êtres humains à des diagnostics, conseilleront les assurés. De plus, alors que chaque patient est unique, on veut faire croire à des prestations de qualité équivalente alors que non seulement les individus ne sont pas équivalents mais encore ne sont pas dans la même dynamique existentielle, ni dans la même phase de vie dont chacune a ses propres paramètres influençant les soins. A quoi s'ajoutent les différences de tempéraments qui s'adaptent différemment aux différents milieux.

On donne l’illusion que le patient a le mot à dire parce qu’il est le « client final », on ne dit pas que tout le système a été structuré à son insu ; de ce fait, son libre arbitre est fort limité !

Actuellement, la population est descendue dans la rue pour manifester contre la hausse des primes mais ne le fait pas pour relancer sa votation populaire de 2009 en faveur des médecines complémentaires. La demande de l’époque ayant plutôt été timide, par conséquent les résultats en sont limités et il s’agirait de faire des pas plus larges. Il faudrait un mouvement populaire solide pour amener une confédération des médecines dans le but de recevoir des soins plus efficaces donc moins coûteux.

Alors que font les représentants du peuple pour contrer l’économie inappropriée des soins remboursés par les assurances – et appelés de façon fort impropre « coûts de la santé » - impropre d’autant plus que le système techno-scientifique ne vise pas l’équilibre de la santé mais bien des diagnostics pathologiques, en fait du coup par coup, ce qui entraîne le coût par coût ?

Ces représentants que sont nos députés se limitent beaucoup. Dès qu’on annonce la hausse des primes en automne, ils s’agitent pour créer des initiatives pour la stopper. Malheureusement, ils ne s’en prennent qu’à des calculs et à des mesures politiques. Rien pour remettre en cause la pratique de la médecine elle-même. Comme si personne n’ose, ne s'aventure  et n'a l'audace  d'y toucher.

Dans tous les autres domaines, on cherche la source des problèmes. Quand il s’agit des coûts des prestations remboursées par les assurances, on s’occupe de la résultante, à savoir les finances.

Il me semble que la prise de conscience de l’origine des coûts devrait être élémentaire mais personne - ni du côté des patients ni du côté du personnel de santé ne se lance vraiment. Le système de la médecine moderne est vraiment verrouillé. Un excellent documentaire français (je cite les Français qui démontrent de façon plus patente ce qui se passe en Suisse au même niveau mais plus discrètement) qui n’est pas tourné n’importe - dans l’Hôpital Universitaire de Grenoble – met en évidence la détresse des différentes catégories de soignants et un service pédiatrique endocrinologique (pour les enfants diabétiques) qui n’a plus de médecins – ceux-ci mis en incapacité par le médecin du travail – Ce qui surprend aussi, c’est la difficulté des infirmières comme des médecins d’oser se faire interviewés, par crainte des représailles.

Où en sommes-nous en Suisse ? Il y a de temps en temps des rébellions qui sont assez vite sujettes à des compromis. Le fait que des chirurgiens à Genève n’aient trouvé pour seule solution que la grève pour certaines interventions chirurgicales montre bien que le problème est monté d’un cran. Il ne s’agit plus de rafistoler par ci par là. Il vaudrait la peine d’éviter vraiment de se trouver en état de grave pénurie.

Déjà maintenant, selon une députée verte, « au moins 16.5 pour cent de la population ne va plus consulter de soignant en raison des franchises et quote part qui grèvent trop le budget ». C’est dire que la pénurie est déjà présente. De plus l’obligation de cotiser empêche de mettre des sous de côté pour choisir soi-même son thérapeute.

Evidemment, on accuse des secteurs comme «le tarif pratiqué par certains médecins » mais tout le système est constitué de secteurs qui dépendent de la structure générale et de la déviation de la pratique de la médecine. On en vante les progrès en cachant la situation de toutes les maladies que la médecine conventionnelle ne sait pas guérir ou encore celles qu’elle développe à la suite de certains traitements.

Alors, qui va remonter à la source ? Le gouvernement quant à lui s’appuie sur les facultés de médecines mais elles-mêmes sont dépendantes d’une forme de réflexion limitée et très dirigée, tout en étant passablement soumise aux systèmes pharmaceutiques et techniques. Suite à la votation de 2009, à Genève et Vaud, les facultés donnent l’aumône aux revendications complémentaires (et rien aux alternatives ) mais ne semblent pas présenter de disposition à considérer l’être humain dans ses différentes dimensions afin de traiter ce qui est fondamental. On peut lire souvent que le fondamental se limite aux gènes, ce qui est fort sécurisant puisqu’on peut travailler avec beaucoup de précision, ce qui est en partie illusoire puisque l’épigénétique et les transposons démontrent que tout gène peut être modifié sous différentes influences.

En réalité, un organisme est beaucoup plus riche dans ses différentes capacités et très mystérieux parce qu’en relation avec une âme et un esprit. Alors on confond la médecine personnalisée avec la médecine individualisée. On se limite à une médecine horizontale sans tenir compte de la dimension verticale de tout être humain.

Comment les responsables de notre Faculté et de notre Hôpital Universitaire de Genève dirigent-ils leurs énergies, leur temps et notre argent ? Eh bien, ils se sont donnés à fond pour le Geneva Health Forum ! Cela a de l’allure et surtout de l’envergure : Le Temps nous en donne des illustrations :

Plus de 1000 participants, des start-up férues d’innovation dans le domaine « de la santé ». Ce Forum met l’accent sur la transformation numérique du secteur « de la santé ». C’est dire à quel point on s’éloigne encore plus du patient qui devrait pouvoir recouvrer sa souveraineté sur sa santé et connaître les failles de son fonctionnement pour pouvoir les corriger ou s’adresser au(x) thérapeute(s) adéquats. De même, à quel point on ne développe pas la sensibilité des praticiens afin qu’ils détectent des éléments subtils du fonctionnement des malades, ce qui éviterait des frais importants d’analyses et de radiographies (scintigraphies, IRM etc) . Un médecin qui a du flair sait vers quoi se diriger. Il y a des pathologies où la médecine moderne perd du temps à chercher un diagnostic que les médecins aguerris auraient pu flairer depuis longtemps. Lors de ce Forum, on met en évidence la télémédecine. C’est sans doute un grand progrès technique mais elle ne va pas s’approcher du patient dans son ensemble et, surtout, combien de personnes va-t-elle concerner puisqu’il faut des appareils coûteux là où bien des populations ne se nourrissent déjà pas suffisamment ?

Finalement, ces innovations font surtout plaisir à ceux qui les découvrent et développent des qualités rationnelles plutôt que des capacités sensibles et sensorielles. Ainsi, on arrive à l’intelligence artificielle qui n’est plus qu’une tête alors que l’être humain a un corps, une âme, une raison, un esprit et une conscience pour allumer le tout et qui ne demande qu’à se développer.

Que devient le développement de notre conscience dans un tel système ?

Le Temps nous relate aussi que : « Genève est une pionnière dans l’émergence d’un mouvement dit de santé globale de précision et la transformation des pratiques de santé publique. ». Un proverbe russe dit : « Si chacun balayait devant sa porte, comme la ville de Moscou serait propre ! ». Est-ce que la population de Genève est si resplendissante de santé pour qu’on crée un tel mouvement au niveau mondial  en survolant la planète? C’est toujours plus facile de créer des grands projets bien codifiés plutôt que de s’attaquer à toutes les questions bien pratiques qui se présentent au lit du malade dans notre hôpital universitaire.

L’article mentionne aussi des centres de recherches de très haut niveau mais ceux-ci ne reflètent pas le quotidien si mouvant d’un hôpital où chaque jour amène son lot de personnes aux urgences, dans des situations individuelles particulières. Ce n’est pas avec de la technicité qu’on va grandement améliorer l’harmonie et l’efficacité du lieu mais en cherchant des moyens plus sensibles et plus intuitifs d’affronter les problèmes, ce qui se révèlera aussi plus économique.

Il est évoqué également « une nouvelle forme de multilatéralisme » qui fait plus penser à des pièces de puzzle accolées mais où il manque toutes les interrelations et les interactions vivantes entre elles, en relation avec l’environnement humain ou géographique.

En tous cas, je ne perçois pas de multiculturalisme qui serait le reflet de nos multiples ethnies qui travailleraient conjointement mais je perçois plutôt une politique globale émise par un monde unipolaire qui accapare les ressources des nations.

Le site des HUG affirme aussi leur objectif :

«  La santé globale de précision à l’ère du digital, une stratégie qui vise à fournir les bonnes interventions de prévention et de soins de santé au bon moment aux bons segments de populations en utilisant des innovations et technologies digitales de pointe. »

Ainsi, cet objectif a pour but de mettre en évidence les innovations de pointe. Il me semble qu’il y a un réel déséquilibre entre les forces engagées dans la propagation de ces technologies digitales et les très larges populations qui survivent dans leurs régions. Si l’Europe subit autant de migrants, c’est bien que les conditions vitales de base ne sont pas remplies dans leurs pays et que les nécessités sont bien davantage au niveau de l’organisation globale de l’existence plutôt que dans le développement focal de techniques qui ne sont pas adaptées aux conditions tant humaines que financières de ces populations.

Munies de mes connaissances de certaines zones d’Afrique, j’ai vu à maintes reprises qu’il suffit de les aider à retrouver leurs propres conditions de vie abîmes par les colonisateurs, de l’époque puis économiques d’aujourd’hui, pour qu’ils retrouvent leur mode de vivre harmonieusement, avec leurs propres médecines qui peuvent se montrer plus astucieuses que la médecine occidentale dans bien des cas.

Nous lisons encore sur le site des HUG : « Le GHF est aujourd’hui incontournable pour tous les universitaires, médecins et soignants, décideurs politiques, diplomates, représentants des bailleurs de fonds et acteurs de la santé globale. ». Ainsi une minorité intellectuelle s’octroie un pouvoir énorme sur la santé qui n’est globale que parce que les acteurs visent d’en haut la globalité du globe terrestre !

Il rajoute « Au travers de ses nombreux événements, le GHF veut aussi donner la parole à tous ceux qui sont sur le front de la lutte pour une santé globale. » Voilà de vastes concepts qui dépendent de quelques cerveaux et quelques élus mais la réalisation pratique en est bien éloignée…

Par là, on voit que toutes les personnes qui ont un poste solide et bien défini sont pris dans un engrenage quasi monstrueux qui les éloignent de la réalité du terrain et de la diversité des patients.

 

Alors quel groupe va pouvoir prendre de l’ampleur afin d’agir pour trouver un équilibre entre les différents acteurs du système des soins qui devraient se regrouper en une communauté pour percevoir l’unité de chaque être humain ?

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