06 mars 2018

Qui détient la médecine officielle : Les juristes, les économistes, les politiciens, les assurés, le corps médical ?

Comme le dit si bien Jean-Dominique Michel dans son article,  «malgré la qualité des acteurs en présence, on peine à entendre des analyses qui aient l'ampleur de vues requise et soient à la mesure de la gravité de la situation. » JDM regarde la situation bien en face et ose capter l’entièreté du panorama : « Nous sommes plongés, dans ce domaine comme dans d’autres, dans une énorme crise systémique, avec un système de soins qui court à la faillite ….et une inquiétante difficulté à penser et à agir. »


Effectivement, diverses solutions sont avancées, souvent en s’appuyant sur des arguments très circonscrits qui n’abordent pas la crise au niveau systémique, ou en avançant des éléments qui accusent les autres acteurs sans prendre sa part de responsabilité et de plus afin de se protéger des conséquences faciles à prévoir puisque rien ne bouge vraiment. Ainsi, comme le dit JDM, cette « discorde ne dessert pas tous les intérêts ».

Il est toujours très confortable de citer la Loi - ici la LAMAL et le TARMED - sur laquelle il est aisé de s’appuyer puisque maintes lois sont fixées même jusque dans la Constitution ! Toute loi est cependant très restrictive et escamote beaucoup d’éléments qui s’avèrent fondamentaux par la suite. Vouloir encadrer la santé, la maladie et les malades en un tout structuré comme un échafaudage ne peut qu’amener à un état de rupture.

Les assurances devraient se contenter de gérer l’argent des assurés. Toutefois, elles s’arrogent de plus en plus de droits sur plusieurs plans. Il y a quelques bonnes années, si les coûts pour un patient semblaient trop élevés, un médecin-expert était mandaté pour vérifier leurs justifications. Une telle démarche relevait de l’humain. Puis, les caisses maladie – regroupées en Fédération Genevoise - se sont arrogé le droit de questionner elles-mêmes les médecins, pour leur demander d’expliquer leurs pratiques. Il y avait des représentants des différentes caisses. Si l’un n’était pas d’accord avec la conclusion de la commission, il pouvait très bien demander à son médecin expert de reprendre chaque cas soigné par le médecin incriminé.

Le commission a changé d’esprit quand les assureurs se sont confédérés en Santésuisse (Ss). La commission d’enquête pouvait être dirigée par une juriste qui pointait des mots-clefs pour en faire ses conclusions, ce qui ne relevait plus du dialogue mais plutôt d’une inquisition ! Cette commission d’enquête (suite au changement de la présidente) a fini par n’être constituée que par trois économistes. (Il s’agit d’une expérience vécue).

Leur loi à eux sont les statistiques qui assoient leurs accusations de débordement car très cadrées par des chiffres donc on ne peut plus fixes. Les économistes de Ss ne les remettent pas en cause ; elles représentent de véritables tuteurs (de ceux qu’on attribue aux jeunes arbres qui ne se défendent pas encore pleinement eux-mêmes). Le plus grave, c’est que ces économistes ne veulent pas tenir compte de la loi de base, à savoir qu’il faut mettre en balance l’efficacité et l’économicité. La justice cantonale leur donne raison car il y a en sus des jurisprudences pour les soutenir.

Les médecins sont loin de former un corps médical homogène ! Certains tiennent compte de la menace pour leurs coutumes et désirent défendre leurs domaines respectifs. Ils se mélangent aussi les pinceaux en parlant de politique, de tarifs et en faisant la grève au lieu de prendre conscience que le système médical doit vraiment se réformer. A un niveau très immédiat, concret et plein de bon sens, certains médecins réagissent, se regroupent et développent la « smarter medicine » dont l’article tdg nous explique les différentes voies possibles avec la devise : « en soignant moins, on soigne mieux ».

Au niveau des économistes, certains réfléchissent aux problèmes de fond, à savoir les différents paramètres qui ont abouti à une telle impasse financière. Ainsi, l’article de Marian Stepczynski souligne justement un facteur essentiel : « Trop de buts visés », ce qui permet des sauts de puce et des dialogues ping-pong qui s’éloignent de la recherche commune d’une solide solution.

En revanche la conclusion de l’auteur me semble venir trop vite puisqu’elle relève de son analyse et n’attend pas tout ce que les autres acteurs peuvent modifier au niveau des données de base nécessaires pour établir un système assécurologique équilibré.

Les dirigeants politiques s’agitent autour du problème des primes et veulent des lois supplémentaires pour légiférer la loi, de nouveau à inscrire dans la Constitution pour qu’elles soient indélébiles !

Tant qu’on ne tient pas compte des malades, des maladies qui évoluent elles aussi, des études qui ouvrent d’autres chemins thérapeutiques, comment vouloir imposer des normes figées par des chiffres ?

Pour y répondre, là encore Jean-Dominique Michel propose des réflexions qui peuvent conduire à des solutions de fond :

- Au niveau du corps médical : « La saluto-genèse (l'étude des processus et conditions favorisant la santé) n'est pas enseignée aux médecins en formation »

- Au niveau des malades : «  80% de l'ensemble des maladies dont souffrent les gens sont générées par nos conditions de vie, et seraient évitables si on en s'en occupait réellement »

- Au niveau socio-économique, « le système est malade et les soignants s’y épuisent. »

- Au niveau de la société en général, on en arrive à une situation de perversion: « Mais aussi, et c'est plus grave, les dérives d'un système dont la priorité n'est pas, quoi qu'en en dise, le bien du patient. …. les tristes scories d'un business visant à rendre captifs, si possible de manière chronique, des pans entiers de la population » Il est évident qu’à force de gommer les symptômes, d’atténuer « efficacement » les douleurs, par des médicaments voire de mutiler le corps par des opérations pour enlever les organes problématiques, les causes réelles des maladies ne sont pas traitées, d’où les rechutes, le déplacement de l’énergie morbide dans d’autres organes ou encore l’installation sous forme de maladies dégénératives ou auto-immunes.

Et au niveau du bon sens joint à la philosophie : « Notre "système de santé" est en fait une économie de la maladie »

« Nous avons urgemment besoin d'une autre approche de la santé, audacieuse, et pertinente. »

« Mais nous avons aussi grandement besoin, en ces temps de bouleversements sociétaux généralisés, d'une capacité nouvelle à penser nos réalités humaines d'une manière systémique et globale. Plus lucide, assurément, et surtout plus intègre. »

Au niveau du coeur, la bonne santé donne de la joie, anime l’affection tant envers autrui qu’envers la nature qui nous entoure et où il vaut la peine de nous offrir le temps de respirer!

Commentaires

Je ne sais pas très bien à quel "niveau" se situe ma réflexion, mais voici:

En tant que père de famille, avec 3 enfants, la charge de travail administratif qu'implique le système actuel s'élève, pour moi, au minimum, en gros, à 2 heures mensuelles (pour autant que l'on dispose d'une structure informatique performante et bien paramétrée).
Je précise que, Dieu merci, nous n'avons pas connu de problèmes de santé trop importants depuis la naissance des enfants. (Je n'ose pas imaginer ce que cela aurait été dans le cas contraire.)

Il faut savoir qu'il n'existe pas qu'une seule procédure standart...Chaque cas se présente de façon différente....en fonction du prestataire de soins, du type de pathologie, de l'assurance concernée, de la répartition entre plusieurs assurances, du modèle d'assurance concerné, des dates de traitement et de facturation.
Et encore, je n'ose imaginer ce qu'il en est pour les familles recomposées, les immigrés, les assistés, les multicantonaux / nationaux, plus tout ce à quoi je n'ai pas pensé.

Et puis ensuite, il y aussi le volet fiscal (LOL)

Bon, bref, je vais bientôt postuler pour une place de travail chez un assureur. Cela me permettra de rencontrer certains conseillers téléphoniques, auxquels j'ai eu affaire. (Et auxquels, pour la plupart, je rends hommage, en raison de leur grande amabilité, et parce que j'imagine que leur job n'est pas toujours évident...)

Il faut aussi suivre le dossier de l'évolution des primes, de l'"optimisation" tant vantée, et de tout le reste, comme par exemple les articles fort approximatifs, voire mensongers, voire dangereux, sur la prévention et l'anti patho-pédago-pédiatrie.

Est-ce bien raisonnable ? J'ai dû parfois échanger jusqu'à 5 courriers jusqu'à obtenir un remboursement de 123.-, alors que, de toute évidence, il nous était dû !

Je ne sais pas trop à quoi jouent les assurances. Temporisent-elles, et diffèrent-elles les remboursements, multipliant à cette fin les tracasseries administratives ? Dans quel but ? Récupérer de l'argent sur des effets de bord, sans aucune influence déterminante sur les coûts globaux ? (Ou alors, je n'ai pas une vision du volume de ces effets de bord.)
Gratifier leurs collaborateurs, formés à la norme comptable ?
Plaire aux actionnaires ?

Je ne suis pas un thuriféraire de l' étatisme.

Mais quand même ....

On nous a chanté les mérites du système d'inspiration libérale, qui allait mettre au service de la santté les qualités bien connues de la libre. concurrence, et bla et bla...

Mais, lorsque le libéralisme affecte de s'intéresser à l'humain, plutôt qu'à l'argent, c'est le début de la fin.

Paradoxe: la ministre qui a fait passer le projet était ...socialiste.

(Totalement inconsciente ou visionnaire ?)

Écrit par : Dioscoride | 07 mars 2018

Un très grand merci, Dioscoride, d'avoir pris de votre temps pour venir exprimer vos réflexions et apporter votre témoignage.
Vous avancez le paradoxe que le projet était ...socialiste. Comme très souvent, il y a une différence flagrante entre la conception et la réalisation d'un projet. On peut déjà souligner l'esprit de la loi qui a usé du slogan de "solidarité" pour amadouer les âmes. Or, une solidarité imposée n'en est plus une. En outre, dans notre monde où l'individualisme s'est énormément développé, chacun va interpréter le principe de solidarité à sa manière et dans la zone de ses besoins.

De plus, permettre la concurrence entre les caisses est aberrant en soi, ce qui a perverti l'objectif d'un but sanitaire en celui d'un but économique.

Vous vous posez la question :"Je ne sais pas trop à quoi jouent les assurances". Il est étrange qu'à ceux qui devraient être de simples gestionnaires des versements obligatoires des habitants, le système dans son ensemble leur laisse autant de possibilités d'agir dans différents sens que vous exprimez en tant qu'assuré et que j'ai exprimés plus haut en tant que médecin. Les politiciens semblent dépassés et confie aux assureurs nos bourses en perdant une bonne part de leur responsabilité. Et après, face au bilan déplorable, ils viennent à coups de règlements voire de loi gérer le tout, ce qui amplifie le problème depuis de nombreuses années.

Vous soulignez aussi la notion "d'optimisation des primes". C'est évident que ce n'est pas avec des décisions ou offres très partielles qu'on va vraiment améliorer la santé globale de la population. Pour cela, il faudrait réunir les différents secteurs de la médecine officielle avec les autres médecines afin de pouvoir optimiser les traitements, ce qui optimiserait les primes. Là aussi, les dirigeants politiques sont frileux. Alors qu'en 2009, la population a voté en faveur des médecines complémentaires - qui incluent les médecines alternatives - le gouvernement a confié aux Facultés de médecine le soin d'organiser la mise en place de la décision démocratique. Il soulignait par là l'autorité et le monopole que l'académie a sur la pratique médicale alors qu'elle manque fondamentalement des connaissances indispensables pour gérer une telle mission à un niveau universitaire.
On me rétorquera bien que certaines médecines sont maintenant prises en compte par l'assurance de base. Sans doute mais cela signifie seulement au niveau économique mais pas au niveau de l'art médical. La plupart des médecins en ignorent totalement les bases et les thérapies qui s'y rapportent (comme ceux qui croient que l'homéopathie se limite à des granules qui ne peuvent pas faire de mal). Si elles avaient leur juste place, elles ne seraient pas considérées comme des annexes à la médecine.
Un système confédéré des différents courants médicaux saurait établir les bases fondamentales de chacune des pratiques et ne pas se contenter d'études EBM (Evidence base medecine) qui se limitent à comparer des effets sur des symptômes et non sur le patient pris dans sa globalité corps-âme-raison-esprit, ce qui permet de soigner plusieurs problèmes dans le même geste.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08 mars 2018

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