26 février 2018

Comment l’affectivité biaise l’objectivité

Dans un monde où on essaie de tout maîtriser avec des raisonnements, des réglementations, des lois, de la bienséance, des concepts et des idéologies, l’être affectif est étouffé ou alors, quand il n’est plus bridé, il s’exprime avec beaucoup d’émotion, vive à force d’avoir été contenue, ou par slogans ne permettant plus d’analyser consciencieusement les éléments d’une situation.


De plus, quand faire se peut, les dirigeants récupèrent cette force affective à leurs profits, tel le fameux « je suis Charlie » ou encore les obsèques grandioses de Johnny Halliday, ce qui distrait le peuple des vrais problèmes. Déjà du temps des Romains, on leur donnait du « pain et des jeux » !

Cette note m’est inspirée par un événement tout récent vécu au Centre Islamique de Genève samedi soir, dont je lis le retour ce jour par une journaliste de TdG

Tout d’abord, mentionnons le cadre : le Centre Islamique est un lieu d’études, avec salle de conférences et bibliothèque (côté objectif) et lieu communautaire musulman (côté affectif).

La conférence annoncée publiquement ne réunissait visiblement que trois personnes hors communauté sur les 25 mentionnés dans l’article. Précisons aussi que la soirée était gratuite, une invitation à tous, donc un côté familial. Vu la fréquentation du lieu et le fait que la conférence était filmée pour une communauté musulmane de France, Hani Ramadan s’est permis un préambule au sujet de l’affaire de son frère Tariq.

Côté affectif : il est humain qu’un frère s’exprime au sujet de son cadet qui vit une situation très difficile, d’autant plus que la conférence ne s’adressait pas uniquement aux présents mais aussi à ceux qui le suivaient de loin (filmée pour facebook) d’autant plus qu’il n’a plus le droit de leur rendre visite, étant interdit de séjour en France.

Côté objectif : Il faisait par là un lien avec le sujet de la conférence « islamisme et laïcité » du fait que les Français lui ont reproché l’expression « laïcité creuse ». Il est vrai que les journaux mentionnent des « mots inadmissibles » pour justifier son renvoi de France, sans étudier le processus des pensées et le sens profond dans une réalité humaine forcément complexe.

On retrouve cette même réaction dans l’article de la journaliste genevoise qui met tout l’accent sur le préambule de la conférence et, sur l’exposé lui-même, nous ne trouvons que la dernière phrase de son article qui évoque la « critique d’une certaine forme de laïcité incompatible avec l’islam selon lui. ». C’est moins qu’un résumé de conférence, c’est limité à un concept pour réduire quelqu’un à peu de chose si ce n’est à lui nuire ou le faire taire.

Cette attitude limitante se retrouve sur le site qui se contente de reprendre les propos de la journaliste. Ce qui est intéressant de souligner , c’est le contenu des commentaires, haineux, méprisants,arrogants et jugeant, allant tous dans le même sens contre les Ramadan alors que le site évoque son désir de « lutter contre la pensée unique et le conformisme idéologique ».

Ce qui eût été objectif, c’est de rendre l’ensemble du raisonnement d’Hani Ramadan et de chercher à comprendre la grande partie de ses propos qui définissaient les formes de laïcité compatibles avec l’islam, ce que le conférencier voulait démontrer. Il eût été intéressant de l'écouter jusqu'au bout pour établir un vrai dialogue plutôt que lui lancer des jets de pierre comme sur le site des « observateurs ».

A la décharge de la journaliste, il faut aussi tenir compte de sa propre affectivité : Alors qu’elle avait une attitude très respectueuse du lieu et qu’elle n’a pas cherché à « coincer » le conférencier par des questions agressives, elle s’est adressée après la fin de la conférence à une femme pour la questionner au sujet de Tariq Ramadan, laquelle a poliment refusé expliquant qu’elle ne voulait rien dire tant la presse actuelle travestissait les déclarations. C’est alors qu’une femme corpulente, proche parente de Tariq Ramadan l’a vivement admonestée, lui reprochant tout ce qu’elle avait sur le coeur contre les médias, alimentée par sa souffrance de voir dans quel état était réduit le prisonnier depuis de longs jours. Cette femme n’arrivait pas à s’arrêter, malgré les réactions des habitués du lieu. Visiblement, la journaliste n’était pas armée pour affronter un pareil « ouragan », restant en vain polie et très correcte mais visiblement très touchée.

Quand je lis son article, je constate que la victime n’a pas mentionné la vive et injuste agression subie mais l’esprit de son texte a perdu l’objectivité de compte-rendu d’une conférence.

Pour faire contre-poids, je mentionne ici le témoignage circonstancié d’une psychologue qui sait peser ses mots et qui a vraiment fréquenté l’entourage de Tariq Ramadan, tant à l’université d’Oxford que dans des réunions privées.

Commentaires

Excellent article reflétant le tir au boulet rouge sur d'éventuels fautifs parce que le voisin a dit ceci ou cela il faut l'imiter
On se croirait revenu à l'époque de la phrase écrite sur une page puis celle ci repliée et passée ensuite à un autre élève qui lui refaisait de même etc etc
Et quand toute la classe avait écrit son message le résultat ressemblait à ce qui parait dans les médias décrivant un monde sans tête ni queue !
Et tout est repris en boucle grâce aux réseaux de plus en plus anti sociaux
Un adage dit ,dans le doute il faut s'abstenir ,on en est loin au vu du nombre d'idées fixes transformées peu à peu en affaires d'état
Bonne journée Madame de Meuron

Écrit par : lovejoie | 27 février 2018

"Tout d’abord, mentionnons le cadre : le Centre Islamique est "

une propriété privée des Ramadan.

Expression de ce "côté affectif" selon vos termes,

"le Centre islamique de Genève est une propriété exclusive des Ramadan. Il ne compte dans son Conseil de direction que des membres de la famille : Wafa, la fille aînée d'Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans en Égypte, et ses six enfants, Aymen, Yasser, Bilal, Hani, Tariq et Arwa. Parrainé et financé par les Saoudiens, ce Centre a été créé en janvier 1961 par Saïd Ramadan, le gendre d'Hassan Al-Banna, fondateur des Frères Musulmans.

"Côté émotionnel".
Ici, ce que vous attendez du lecteur est: "chercher à comprendre la grande partie de ses propos qui définissaient les formes de laïcité compatibles avec l’islam"

Côté rationnel: Pourquoi vous contentez-vous d'une seule partie des propos? Votre posture est claire et lisible. Vous nous dites ici: "ce doigt montre ce qu'il suffit de voir; et s'il cache la montagne, votez car tout va bien".

Et décidez d'un sens unique: c'est à notre laïcité de se rendre compatible avec l'islam. En avez-vous seulement conscience?

Vous jouez de ces mécanismes de manipulation & dominance typiques de tous mouvements sectaires.

Écrit par : divergente | 27 février 2018

Merci, Divergente, pour vos précisions.
Même si le Centre est une propriété des Ramadan, il est aussi centre d'accueil pour toute une communauté de musulmans dont plusieurs sont assez esseulés.
L'ambiance y est accueillante et respectueuse des "étrangers". J'ai pu y dialoguer avec des personnes qui font part avec sincérité de leurs chemins de vie. Y compris des femmes instruites qui ont choisi à un certain moment de porter le voile et qui expliquent très posément le pourquoi. J'ai pu constater ce soir de la conférence que la fille de l'une d'entre elle, belle adolescente à longue chevelure au vent, n'était pas porteuse d'un voile et sa mère me répondit qu'elle choisirait au moment venu.

Vous traduisez mes propos et utilisez très arbitrairement ma démarche entre rationnel et objectif.
Vous en tirez une déduction rapide. Ce qui vous évite du reste d'entrer dans la réflexion d'Hani Ramadan qui présentait 3 types de laïcité.
Il me semble, à lire aussi le commentaire chez Mireille Valette, que vous avez depuis longtemps pris votre parti et que vous vous défendez d'approfondir la réalité d'ici et maintenant avec toutes les nuances inhérentes à notre univers très mobile.

Et puis vous faites un saut de puce en affirmant (et bien sûr que je devrais en avoir conscience selon vos critères!) que "c'est à notre laïcité de se rendre compatible avec l'islam". Là aussi, en lançant le concept de laïcité, vous balancez votre idéologie au sujet de la laïcité et vous employez le "nous" comme si nous n'étions qu'un peuple uniforme.

Quant à votre phrase ultime, ces concepts absolus sont faciles à écrire mais l'intention qui vous anime en édictant une pareille sentence mériterait une approche bien plus élaborée...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 février 2018

Les obsèques de Johnny ont beaucoup plus d'importance que les gesticulations médiatiques de personnes assez peu dignes d'intérêt, dont les tentatives de dénégations et d'instrumentation sont tellement convenues ( en fonction, d'ailleurs de considérations sans aucun rapport avec le "modèle " qu'elles affectent de défendre) et prévisibles, malgré leurs proclamations auto-revendicatrices à ce sujet, que c'en est grotesque - ou à vomir, c'est selon.

Est-il vrai que l' Islam n'aime pas la musique ? Et veut l'interdire ?

Bach, Mozart, Beethoven : des incarnations de Satan !

Et Johnny : un monstre, à côté duquel Satan est un candidat recalé à "The voice" ?

Écrit par : Agathe The Blues | 27 février 2018

Bonsoir, Agathe The Blues,
Je vois que vous aimez différentes sortes de musique. Tant mieux!
Ici, le sujet n'est pas la musique mais l'usage qu'on fait de l'affectivité de la population pour contourner l'objectivité d'une sujet plus global.
Je ne discute pas de la musique de Johnny mais de toute l'énergie, le temps et l'argent utilisés pour distraire momentanément le peuple alors que des problèmes bien plus fondamentaux et durables mériteraient d'être considérés en priorité.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 février 2018

Oui. J'aime différemment différentes sortes de musique.
(Il y a aussi les textes...les connaissez-vous ? les avez-vous écoutés ? les avez-vous lus ? savez-vous quels messages ils sont susceptibles de faire passer ? )

Je comprends bien la réflexion que vous proposez : : mettre en question l'usage qu'on fait de l'affectivité de la population pour contourner l'objectivité d'un sujet plus global.

Mais bon, vous dites "objectivité". L'emploi de ce terme est assez....spectaculaire en 2018 !

Pour le reste, et vous en conviendrez peut-être, récupérer le spectre de Johnny pour en faire le polichinelle d'un amour du peuple qui le détourne des vraies questions, c'est faire preuve d'un singulier mépris des goûts des gens, et récupérer des lieux-communs archi rebattus et débreffés.

Sauf à être strictement réac, pourquoi ne pas voir dans Johnny, et bien d'autres chevaliers de cet art impossible, les derniers messagers d'un contenu subversif, moqué, remoqué.

Johhny, la plupart du temps, est absolument subversif.

S'en moquer, c'est souscrire à un drôle de pacte.

Écrit par : Agathe the blues | 28 février 2018

Le titre colle comme un gant à tous ceux rêvent de re peupler les océans
En effet 30 000 phoques mangeant entre 20 et trente kg de poissions par jour il y a de quoi fâcher les pécheurs condamnés à respecter des quotas dont les phoques se fichent complètement
A trop vouloir jouer avec et sur les émotions l'humain en perd toute objectivité

Écrit par : lovejoie | 28 février 2018

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