17 février 2018

Où va l’argent pour les soins médicaux ?

 

TdG nous apprend qu’un espace high-tech de formation en chirurgie a coûté 21 millions.  Une telle annonce laisse songeur quand on a vécu la grève des chirurgiens à Genève suite à une révision drastique de la valeur de leurs actes, que l’on nous impose une hausse des primes maladie et que Catherine Armand nous décrit « La classe qui lutte , celle qui vit constamment sur le fil »

 


Cet espace high-tech évoque pour moi un trou noir tel que nous le décrit l’astrophysique : un centre puissant qui aspire tous les éléments qui l’approchent. Il y a bien sûr des hommes à l’origine de ce projet mais surtout un type d’intelligence qui accapare le maximum d’énergie afin de se densifier et de se concrétiser. Il ne s’agit pas que d’argent mais aussi d’investissement de temps et d’espace, d’énergies humaines multiples, d’hypothèques du futur.

Cette création est aussi à l’image de notre monde où une oligarchie devient toujours plus puissante et où le peuple n’a plus qu’à suivre et se soumettre. Effectivement, est-ce que la population a voté pour un tel centre alors que nous devons voter pour des sujets moindres en impact global  et que nos impôts vont forcément y contribuer?

Lors d'une démarche démocratique, on aurait pu savoir alors ce que coûte réellement ce centre chaque mois, en remboursement de la dette, en entretien du local et des instruments, en personnel, en dépense énergétique exigée tant par l’éclairage que par les instruments et autres services ?

Alors que face aux difficultés rencontrées par les coûts de l’assurance maladie dus en bonne partie à la médecine techno-scientifique toujours plus coûteuse, ce centre montre qu’on surenchérit dans cette dimension. Est-ce que la formation de nos chirurgiens était si insuffisante pour qu’on ait besoin d’un centre aussi engloutissant ? C’est évident que des progrès doivent se réaliser mais, pour créer de nouveaux outils par exemple, il n’est pas nécessaire d’une pareille installation.

En réunissant en un lieu la formation des chirurgiens, on réduit aussi les possibilités créatives de centres plus modestes. En outre, ceux qui sont formés high-tech sauront moins se débrouiller dans des conditions de travail plus modestes alors que la chir-urgie (chir : racine grecque signifiant la main et urgie acitivité) dépend d’abord de l’habileté du médecin, guidée par son intelligence. Dans un grand centre, on y formate aussi le raisonnement, que reste-t-il de l’intelligence propre à chaque individu ?

L’article nous dit que le centre n’appartient pas à une industrie. Certes, mais il en dépend grandement...Ce n’est certainement pas une coopérative de chirurgiens qui l’ont fondé et financé !

Si ce centre appartient aux HUG donc à l’État, en quoi nos dirigeants ont-ils eu leurs mots à dire ? Y a-t-il eu des séances d’études approfondies sur le bien-fondé de l’établissement d’un tel centre dans notre petite ville ? Est-ce que l’aspiration financière qu’il impose est en équilibre avec les autres besoins socio-médicaux de notre canton ?

Sur un autre plan, l’investissement en forces humaines et pas seulement économiques développe encore plus la techno-science médicale, au détriment de l’art médical. En réalité, il vaudrait mieux soigner les pathologies avant qu’elles ne nécessitent une opération. Est-ce que la médecine précoce qui permet d’éviter maintes opérations reçoit des encouragements aussi puissants que ce centre high-tech ? La vie nécessite un équilibre constant, notre manque d’écologie actuel nous montre que cet équilibre est de plus en plus menacé. Il est donc temps qu’on en tienne compte aussi en médecine, qu’on remonte à l’amont des maladies et pas qu’on plonge en aval sous peine d’arriver à l’océan qui nous engloutira !

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