12 février 2018

Pourquoi le Conseil Fédéral ne confédérerait-il pas le monde médical ?

Comme nos cantons, nos langues, nos histoires, nos géographies, nos us et coutumes forment une confédération malgré une réelle complexité, pourquoi notre gouvernement ne pourrait-il pas en faire de même en réunissant l’art médical et la techno-science médicale ?


Seulement, il faudrait un gouvernement en trois parties comme nous l’avons entre le Conseil Fédéral (CF) et les deux Chambres Fédérales. Or, pour l’instant, nous dépendons d’un Conseil Fédéral qui doit légiférer sur ce qu’il ne gère pas, s’appuyant sur le lobby des assurances et, d’un autre côté, les médecins officiels qui dépendent du TARMED manipulé par Santésuisse. Et le troisième pilier pour équilibrer le tout ?

C’est le peuple et, en plus ici, c’est la communauté des assurés qui financent et dont chacun est concerné directement puisqu’il peut tomber malade un jour ou l’autre ou, même s’il est bien portant doit subir les pressions pour se faire vacciner. Qui représente vraiment  cette communauté? Qui fait la jonction entre les politiciens  et les médecins conventionnés?

Par conséquent, le peuple devrait être représenté par un groupe fort, en proportion avec ses droits et ses besoins. Il manque effectivement un organisme qui fasse la jonction entre le gouvernement politico-économique et le corps médical. Si c’est possible au niveau de notre gouvernement, cela devrait être possible au niveau de l’univers médical !

Nous voyons bien maintenant à quel point chaque secteur tire une corde à lui, divisant le cordon qui devrait relier l’ensemble des groupes.

Quand un gouvernement assène une décision, nous ne sommes plus dans une confédération mais dans une pré-dictature qui semble se durcir toujours plus et ne sait s’imposer que par des moyens toujours plus limités, en coûtant toujours plus cher de surcroît...

Un grand crash qui a déchiré cette ébauche de 3e pilier médical est la décision du C.F. sous la direction du ministre Pascal Couchepin refusant, en mars 2005 à une étude très sérieuse (PEK) assumée par un organisme national, le Fonds National Suisse pour la Recherche Scientifique, un délai de 3 mois pour achever son oeuvre selon les règles de la science, après des années de travail rigoureux et la participation de beaucoup de scientifiques et de praticiens suisses, soutenus par des experts étrangers.

Toutes les garanties de sérieux ont été donc prises et pourtant le C.F. a renvoyé les experts avant la conclusion finale. Et il a bricolé des arrangements avec ce qui restait de tout ce travail.

Cette attitude limitative a stimulé un nouveau mouvement  du peuple avec la votation en faveur des médecines complémentaires, largement acceptée en 2009.

La Fédération des Médecines Complémentaires s’est alors créée mais n’a jamais été réellement considérée comme un partenaire à part entière, plutôt comme un groupe avec qui le gouvernement fait des arrangements. De plus, la FedMedCom ne représente qu’une partie du complexe rassemblant les différents acteurs du monde médical.

Ainsi, le CF s’est privé de forces vives et le bilan des Caisses maladie s'avère insuffisant depuis plusieurs années, de manière à venir réclamer toujours plus d’argent à une population de plus en plus étouffée.

Nous savons que l’union fait la force. Il est donc urgent de développer ce troisième pilier afin que chaque thérapie soit à sa juste place pour offrir le geste adéquat au moment opportun.

Cette notion de troisième pilier peut aussi être développée avec la prise en compte de la Médecine Précoce qui est à placer entre la médecine préventive et la médecine conventionnelle actuelle qui s’occupe principalement des pathologies organiques, cellulaires et moléculaires.

Ce n’est pas en réduisant les prestations que la population se portera mieux mais en lui offrant le panorama de tout ce qui est disponible. Au lieu d’un pareil élargissement, on réduit l’enseignement des facultés de médecine à une techno-science qui se développe chèrement et avec beaucoup d’erreurs au passage. Avec le bilan que la santé globale de la population active se dirige plutôt vers une régression

Comme nous vivons dans une ère du coup par coup qui efface rapidement la mémoire, il est juste de rappeler ce qui est encore en vigueur dans les archives pas très anciennes de nos gouvernements cantonaux et fédéral. Je viens de rappeler la castration du PEK, en voici une autre dans le Canton de Genève, mentionnée dans l’ouvrage très bien documenté du Dr Bertrand Graz (publié en 2012 donc pas si vieux!) « Les médecines complémentaires, dépasser les clivages » a été édité par les Presses Polytechniques et Universitaires Romandes. En page 85, on y lit : «  En 1988, une motion déposée au Parlement de Genève demanda une structure d’enseignement et de recherche en médecine naturelle. Suite à un soutien du Grand Conseil, la Faculté de Médecine a créé un groupe multidisciplinaire d’étude des médecines non conventionnelles.

Un centre de documentation s’est ouvert à la Bibliothèque de la Faculté, avec un documentaliste à mi-temps. ».

Quelles suites ont été données à cette motion qui, je le souligne fortement, émanait du peuple ?

Des cours d’homéopathie par un excellent homéopathe ont été organisés à la Faculté. Avec astuce, les dirigeants de la Science Médicale officielle les ont placés en même temps que des cours indispensables. Par manque d’élèves, ces cours ont été fermés peu après.

Qu’en est-il du documentaliste ? Il n’avait pas le droit d’annoncer à l’entrée de la Bibliothèque son existence. Après bien des années, il a reçu le droit de quelques rayons de bibliothèque pour y laisser des livres. Jamais les médecins des HUG ne sont venus le consulter. Quand il est parti à la retraite, « on » a jugé qu’il était irremplaçable. Il se sentait très seul et il accueillait le peu de gens intéressés avec beaucoup de compétence. Il avait créé un site qui visiblement a été supprimé car je ne l’ai pas retrouvé aujourd’hui. Il reprenait tous les articles de revues scientifiques qui donnaient des preuves de l’efficacité des autres médecines.

http://medweb1.unige.ch/alternmed/

Le Dr Bertrand Graz, ajoutons qu’il est médecin praticien FMH donc qu’il connaît « du dedans » ce qu’il transmet, mentionne aussi au chapitre 5, p. 84 : « Un thème d’actualité, les médecines complémentaires à l’université ». D’autres universités – Lausanne, Berne- Zürich - s’y sont aussi intéressées.

Cet auteur qui a reçu un prix de la Médecine Sociale et Préventive à Lausanne définit dans l’ouvrage précité les limites de la médecine officielle. Ce livre devrait être connu de tous les économistes de Santésuisse qui sanctionnent les médecins uniquement sur des chiffres sélectionnés par les statistiques alors qu’ils ne connaissent rien  de la portée des diverses thérapies et de l'économie possible en les utilisant efficacement.

On peut aussi évoquer 3 piliers concernant la dimension juridique du système médical : le droit, la loi et la justice. Le droit en est l’armature métallique et la loi donne de la matière concrète avec des règlements et des jurisprudences. La justice, avec son symbole de balance donc d’équilibre conduit à la justesse, celle qui permet de viser juste et d’atteindre son objectif.

Si on confond l’objectif économique avec l’objectif thérapeutique, on ne peut qu'aller….dans le mur !

Commentaires

J'ignorais ce qui avait été entrepris à Genève pour l'avancement de l'Homéopathie, ainsi que tout le reste des autres informations, que je lis avec plaisir. Manifestement cette action de l'Université a été sabotée.
Si seulement les hommes politiques pouvaient lire cette analyse très pertinente. Mais ils ne la verront probablement jamais hélas... car il me semble bien que le système, pour eux, fonctionne très bien comme ça...!!!
La différence aujourd'hui dans le discours qu'on entend à la radio c'est qu'avant on parlait "du coût de la santé" alors que maintenant les intervenants dans les émissions médicales ou les journalistes se reprennent et disent "le coût de la maladie".
A propos de la prochaine votation, que penser de la proposition pour une assurance qui couvre les soins dentaires ? Allons-nous vers une nouvelle Lamal ? Merci pour toute info !

Écrit par : Noela | 12 février 2018

Merci, Noela, pour ces réflexion bien concrètes.
Dans notre pays où l'on cherche la sécurisation à tous niveaux, le milieu médical officiel n'y échappe pas, d'où une énorme réticence pour les thérapies alternatives qui ne sont pas codifiables selon les critères "scientifiques" pratiqués dans nos facultés de médecine.
Pourtant, des critères existent pour chaque thérapie, encore faut-il avoir l'envie de les chercher et de les étudier dans leurs subtilités! Et ils ont bien été confirmés puisque ces thérapies existent depuis longtemps et ont fait leurs preuves sur le terrain qui est un vaste laboratoire!
Par exemple, en homéopathie, un livre de base "la Science et l'Art de l'Homéopathie en dit long sur la rigueur nécessaire à la pratique de cette thérapie qui obéit à des lois subtiles qui nécessitent une étude importante.Cet ouvrage a été écrit il y a plus d'un siècle et vaut aujourd'hui jusqu'à 250 dollars d'occasion, c'est dire sa valeur(puisqu'aujourd'hui, il faut tout juger selon le système financier)!
De plus, l'étude et l'observation de chaque patient prend du temps. Ce temps est rattrapé par la suite (mais ce fait n'est pas accepté par Santésuisse) car la guérison obtenue si on se soumet à cette rigueur - ce qui n'est pas le fort de chaque prescripteur de granules - guérit un patient bien plus en profondeur que si on gomme ses symptômes avec un anti-douleur, un anti-inflammatoire,un anti-allergiques, etc.
Un médecine généraliste qui est confronté à des maladies qui ne nécessitent pas une hospitalisation et qui, de plus, installé comme médecin de quartier, doit revoir ses patients pour des plaintes à répétition, sera beaucoup plus stimulé à chercher dans d'autres dimensions des traitements plus efficaces que ceux qu'il a appris rapidement. Un médecin m'a confié qu'il avait dû réapprendre la médecine lorsqu'il s'était installé dans son village.
Il faut dire aussi que les médecins hospitaliers sont confrontés à tellement d'exigences de toutes sortes qu'ils développent une réflexion surtout rationnelle où l'intuition, le flair, l'observation du patient global, n'ont plus beaucoup de place. De plus les intervenants de chaque secteur ont bien assez à faire sans approfondir leurs réflexions avec d'autres services pour développer de tout autres dimensions pour comprendre l'essentiel du patient afin de prescrire les traitements les plus appropriés.

Je ne pense pas que les hommes politiques jugent que le système fonctionne bien comme cela. Je crois qu'ils sont surtout démunis et se retranchent derrière quelques gestes "sûrs".

Merci de souligner qu'on se met à parler du "coût de la maladie". C'est déjà un progrès mais pour être rigoureux, il faudrait parler des coûts des soins remboursés par l'assurance de base. Si seulement on appliquait la même rigueur à la vision de la gestion économique qu'on en exige dans la médecine techno-scientifique!

La question concernant l'assurance pour les soins dentaires est trop vaste pour que j'y réponde en un commentaire. Il s'agit de bien poser la situation générale sur différents plans. Si on le fait pour la médecine en général, je pense qu'on pourra utiliser le même algorithme pour la médecine dentaire.
Il vaut mieux mûrir un sujet à la fois!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 12 février 2018

Chère madame de Meuron,
merci pour votre article très riche en informations et idées nouvelles.

Votre idée d'offrir plus de possibilités à la population en termes de traitements disponibles, plutôt que de réduire les prestations, me paraît très nouvelle et intéressante.

L'idée qu'un 3eme pilier fort devrait représenter la communauté des assurés, dont je fais partie, est aussi intéressante qu'encourageante.

Il est toutefois scandaleux, révoltant et décourageant d'apprendre des tentatives qui ont été castrées et balayées, autant du PEK que de la motion déposée en 1988 à l'uni Ge.

Espérons que d'autres ne se découragent pas et que notre culture évolue vers une époque qui soit plus favorable à de telles démarches d'élargissement de la compréhension.

Écrit par : A.D. | 22 février 2018

Marie-France de Meuron m'a demandé de mettre un commentaire, ce que je fais volontiers sur ce sujet bien intéressant des médecines complémentaires.
Nous sommes actuellement dans une situation où la société est divisée entre des gens qui pensent que les médecines complémentaires ne valent rien (même si parfois elles coûtent cher!) -- et ceux qui pensent qu'elles soignent tout. Une façon de se mettre d'accord est de faire des études cliniques comparatives. La difficulté principale n'est pas dans la réalisation d'études cliniques comparatives; dans mon expérience personnelle, même des guérisseurs illettrés habitant à quarante kilomètres de la première route en comprennent le principe aisément! la difficulté est d'adopter l'attitude neutre et désintéressée nécessaire.
Avec mes meilleurs voeux -- BG

Écrit par : bertrand graz | 26 février 2018

Merci, Bertrand Graz, de venir nous faire part de vos réflexions basées sur une solide expérience vous ayant mené au-delà de notre continent!

Actuellement où on peut lire tant d'ouvrages, de témoignages et beaucoup d'études faites consciencieusement, il s'agit vraiment de sortir de cette attitude de penser ou non à la valeur des autres médecines. Les soins se vivent et s'expérimentent. Quand des médecines anciennes restent d'actualité, c'est bien qu'elles sont efficaces et le bon sens a d'autres critères que ceux, codifiés, de la médecine scientifique qui imposent des paramètres qui ne sont pas forcément appropriés ou en tous cas pas du tout prioritaires en médecines complémentaires et encore moins en médecines alternatives. Déjà à ce niveau, qui sait vraiment faire la différence entre alternatives et complémentaires?. L'esprit qui sous-tend les démarches thérapeutiques varie énormément de l'une à l'autre; par conséquent, les critères d'évaluation doivent passer par ailleurs.

Par exemple, on peut très bien comparer l'état de santé d'un patient qui a souffert d'une pathologie précise et répétitive et qui,suite à un traitement alternatif, ne rechute plus. Prenons l'exemple d'un enfant qui souffre d'otites à répétition. Si l'homéopathie a donné des résultats patents depuis deux siècles, c'est un manque de déontologie de faire encore des études pour le prouver en comparant avec des enfants qui recevraient du placebo. D'autre part, comment intéresser des praticiens à des études randomisées alors qu'ils ont la preuve des succès quotidiennement dans leurs cabinets? Si les académiciens s'intéressent vraiment au sujet, qu'ils aillent humblement suivre des consultations chez un praticien!
De même, j'ai vu des femmes souffrir d'asthme pendant des années et qui, comprenant le mécanisme intrapsychique sous-jacent à ce symptôme, ne le reproduisent plus. Dans de tel cas, c'est la cause sous-jacente au mécanisme réactionnel qui est à corriger. Il est unique donc pas comparable et, de ce fait, le chemin à suivre - la thérapie - pour le détecter est à créer pour chaque être humain.

Ainsi, dans bien des cas, il vaudrait la peine d'instaurer franchement des études en comparant le patient avec lui-même plutôt que de le comparer avec d'autres qui ont, de plus, des complexités personnelles qui font que ces études seront toujours sujettes à être revues, même si elles ont été faites selon des critères bien définis approuvés au départ.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26 février 2018

Une autre façon de se mettre d'accord est aussi de bien étudier avec quels paramètres fonctionne chacun des courants thérapeutiques. A quelles dimensions de l'être humain accèdent-ils? La conception d'un organisme animé d'une âme et d'un esprit, muni d'une raison, sont pris en compte très différemment selon les thérapeutes.
Un gros écueil est que le courant officiel, conventionnel, soutenu par l'Etat et l'économie, appuyé par le Droit, se croit tributaire de l'autorité et ramène beaucoup trop les éléments à ses références. Ceci d'autant plus que nous avons de plus en plus des spécialistes qui se retranchent dans leurs domaines alors que les généralistes sont forcément plus humbles et sont confrontés aux limitations des spécialistes. Du reste, mus par leurs désirs de soigner au mieux, ce sont eux qui vont chercher dans les autres médecines de quoi comprendre et soulager divers maux qui se manifestent chez leurs patients et contre lesquels ils n'ont pas de solution.
Par là, ce sont eux aussi qui sont à même de juger de la réelle efficacité de différents soins puisqu'ils vont explorer ce que la Faculté de Médecine n'a pas su transmettre sur bien des troubles des êtres humains.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26 février 2018

J'apprécie beaucoup vos voeux, A.D. : "Espérons que d'autres ne se découragent pas et que notre culture évolue vers une époque qui soit plus favorable à de telles démarches d'élargissement de la compréhension."
"Qui vit par l'épée périra par l'épée" Or l'épée actuelle est l'économie. Il est intéressant de constater que le système médical actuel est en train de se heurter à cette "épée-là"...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26 février 2018

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