10 février 2018

Commentaires sur « Et si nous changions de discours » du Dr Patrick Saudan

L’article de la rubrique l’invité qui, en l’occurrence, est un médecin-cadre hospitalo-universitaire a le grand mérite de nous inviter à changer de discours, de ce discours actuel qui ne parle que d’économie, de coûts et de salaires. Ces paramètres sont bien réels mais ne sont que des résultantes de la perception et de la gestion des malades, des maladies et des thérapies adéquates.

 


Le fait, le geste intérieur, de changer de discours est déjà fondamental en soi: penser et concevoir qu’une solution puisse surgir d’un autre mode de raisonnement et pas seulement de mathématiques économiques et de statistiques.

L’autre dimension de cette incitation à changer propose de se baser sur les lois de la santé en percevant les éléments qui dévient lorsqu’on constate des symptômes qui donnent l'alerte.

Le Dr Saudan évoque immédiatement l’activité et l’alimentation. Ces vérités méritent d’être répétées, certes, mais nécessitent surtout d’être développées. Effectivement, depuis le temps qu’elles nous sont serinées, elles devraient avoir porté grandement leurs fruits. Or, ce n’est pas le cas. On oublie que les personnes ne sont pas faites que d’un intellect qui comprend les concepts mais surtout ou du moins tout autant d’un être sensible et neurosensoriel. Or que faisons-nous pour éveiller cette dimension de notre être ?

La même chose quand on évoque la fumée. Depuis le temps qu’on finance des campagnes de toutes sortes et que l’on publie des statistiques des fumeurs et de leurs pathologies, que le Bulletin de l’Office Fédéral de la Santé Publique publie une page entière de pub pour lâcher la cigarette, comment se fait-il que la situation ne s’améliore pas franchement ? Ou même, si elle semble s’améliorer pour les jeunes, c’est qu’ils ont remplacé cet usage par un autre tout aussi nocif.

Dans ce cas également, on ne va pas à la rencontre des êtres qui présentent cette appétence à fumer, qui recherchent autant le geste que le moment en commun avec des pairs ou encore l’effet du produit dans leurs bouches et dans leurs systèmes nerveux au sens large. Dans toutes ces campagnes, les conseils sont surtout « cessez de fumer! » plutôt que « allez à la rencontre de celui qui, en vous, a besoin de fumer! »

Quelle est cette partie physique ou affective qui a de la peine à se retenir de tirer une bouffée ?

Car arrêter net ne remplace pas le besoin. Une castration soudaine peut aussi occasionner de graves torts. Je me souviens d’un homme qui, vers la cinquantaine, a décrété qu’il était mature et qu’il avait la volonté de cesser de fumer, ce qu’il fit du jour au lendemain. Quelques temps après, il développa un diabète juvénile, c’est-à-dire avec une nécessité absolue de s’injecter de l’insuline. Il était probablement juste équilibré et le stress de l’arrêt de son apport habituel de cigarettes a fait basculer son état.

Si quelqu’un décide d’arrêter de fumer, il faut l’accompagner dans le mode de procéder. Commencer par des moyens simples : par exemple le fait de rouler soi-même sa cigarette avec du tabac bio pur. Ainsi, on ne fume déjà plus les plusieurs centaines d’additifs contenus dans les cigarettes du commerce. Ce fait améliore déjà grandement l’état de santé. De plus et peut-être même surtout pour cela, le fumeur se prend en main et peut créer des réflexes nouveaux donc «changer de discours » avec lui-même. Dans un deuxième temps, la démarche thérapeutique peut l’aider à percevoir ce qu’il camoufle derrière le geste de fumer ou encore l’historique de son évolution de fumeur.

Le fait de fumer est un sujet important donc il faut y mettre de l’attention et du temps. Enoncer des slogans et les répéter ne suffit pas. Là aussi il s’agit de changer de discours, pas seulement dans les mots mais aussi dans les concepts qu’il apporte.

On peut se désoler tout autant si ce n'est plus de l’alimentation industrielle. La dénoncer ne suffit pas puisqu’on la permet dans la plupart des magasins. Stimuler les gens à savourer des aliments sains peut grandement les inciter à faire un meilleur choix. Je me souviens d’un jeune père qui aimait cuisiner et me disait : cela m’est égal de manger sainement mais si on m’avait dit dès le début que c’était franchement meilleur au goût, je m’y serais mis plus vite !

Ainsi, éveiller les gens, à commencer par les enfants et les adolescents à être plus présents à ce qu’ils croquent et mastiquent, cela les aideraient à être plus exigeants sur le choix. Je suis effarée actuellement de voir les aliments que les jeunes se procurent à la pause de midi, qu’ils mangent en vitesse tout en marchant et en discutant avec les copains, donc en avalant rapidement. On peut vraiment se demander quelles relations réelles ils ont avec leur nourriture. Cette conscience de la présence peut être développée dans d’autres cas que les repas. Malheureusement, actuellement, seule les performances intellectuelles sont développées. Même si on leur enseigne la biologie, c’est principalement avec des livres et non par leurs expériences personnelles.

Quant aux exercices physiques, comment les intégrer dans le quotidien et pas seulement à l’heure de la leçon de gymnastique qui est imposée de façon arbitraire, pas forcément quand le corps ou l’âme la souhaitent ? Là non plus, il ne s’agit pas de donner l’ordre « bougez davantage » mais bien d’éveiller dans les personnes le désir de créer ses mouvements. Or tout, actuellement, pousse plutôt à les réduire. Il y a bien les fitness mais là aussi, prenons-nous vraiment le temps de sentir ce que vit chaque partie de notre corps ou sommes-nous plutôt incités à regarder les compteurs pour être fiers de nos performances ou avoir bonne conscience d'avoir tenu bon pendant un certain nombre de minutes ?

Autre paramètre : Qui doit non seulement enseigner une telle attitude mais instiller la présence à soi? Le Dr Saudan estime : «Les professionnels de santé que sont les médecins et les pharmaciens, les associations actives dans le domaine de la santé doivent réorienter ou amplifier leurs discours en mettant la promotion d’un mode de vie plus sain au cœur de leur action. ». Il ne s’agit pas seulement d’amplifier le discours (du reste, le titre de l’article est bien de changer le discours). Peut-on attendre cela des professionnels de santé qui sont formatés à être des techniciens plutôt que des accompagnateurs ? Pour qu’il y ait une profonde mutation, il s’agit de développer certaines structures avec de nouveaux algorithmes. Nous avons une foison d’instituts et de facultés de différentes disciplines qui pourraient intégrer une telle création dans leurs cursus. Un simple exemple, pourquoi les jeunes n’auraient pas pour titre de dissertation : « Qu’est-ce qu’un fumeur ? ». Tout en n'étant peut-être pas lui-même un fumeur, il peut observer autour de lui et développer sa propre perception du sujet. Ou encore, les enfants écrire une composition sur : « Quelle est la différence entre un hot-dog et une mangue ? » C’est facile de trouver des sujets originaux qui suscitent l’étonnement par conséquent aussi la sensibilité, la sensorialité et une réflexion originale.

Oui, changeons de discours en profondeur, pour que ces discours mènent à une action créative  qui stimule l’aspiration à ce qui participe et entretient notre santé !

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