31 janvier 2018

Médecins et Politiciens pris dans l’Economie, quel clash !

De plus, suite à la conférence nationale « Santé 2020 », une journaliste de la RTS s’y est mise aussi en coupant vivement, voire en le mitraillant pour obtenir des chiffres, le président de l’Odre des chirurgiens genevois et, de plus, en le soupçonnant très vite de manque de transparence. Et au Temps de poser la question paquebot : « Et si le système de santé suisse était réformable ? »

 


Pour aborder un tel univers, il vaut la peine de commencer par se régénérer l’esprit avec « Les 10 commandements de la rationalité » qui, en préambule, déclare : « La personne authentiquement rationnelle garde sa logique enracinée dans la vérité et ne la laisse jamais se transformer en une simple ruse verbale. »

J’apprécie la notion de s’enraciner dans la vérité. Où la cache-t-on dans les débats, discours, allocutions, affirmations concernant le vaste sujet de la hausse des primes maladie ?

Ce qui est effarant, c’est de constater à quel point on s’éloigne de la réalité de base, à savoir de l’art médical, de la médecine fondamentale – à distinguer de la médecine conventionnelle - des malades et de leurs terrains, des pathologies et de leurs mouvances, de la formation des praticiens et des diverses thérapies. Quand on rappellera cette base élémentaire, on verra à quel point toutes les ruses non seulement verbales mais d’abord idéologiques n’auront plus lieu d’être.

Première place au Président de notre Confédération qui en appelle à la responsabilisation de chacun. Ah bon ! La Loi dépend du gouvernement et la LAMAL a bien été instaurée par lui, Par conséquent, cherchons la responsabilité du Conseil Fédéral dans la situation désastreuse des soins qui coûtent toujours plus cher. S’il y a un manque d’équilibre, c’est qu’il y a de graves erreurs dans le système.

Déjà le terme utilisé – système de santé suisse – est complètement déviant puisqu’il s’agit du système assécurologique de base. Ainsi le 6e commandement : « Correspondre les mots aux idées, tu feras » n’est ici pas respecté. Ce mot est pourtant abondamment répété et on le retrouve dans « coût de la santé » alors qu’il ne s’agit que du coût des prestations de l’assurance de base.

Le Conseil Fédéral n’a pas respecté le peuple suisse lorsque le conseiller fédéral Couchepin a refusé la demande de prolongation du Programme d’Evaluation des Médecines Complémentaires (PEK), ce qui l’a forcément bâclé. Il est dit : «  le DFI se prononcera en fonction, d'une part, des critères précisés à l'article 32 de la loi fédérale sur l'assurance-maladie à savoir l'efficacité, l'adéquation et le caractère économique des prestations et, d’autre part, des objectifs visés à l'article 56 LAMal, à savoir le caractère économique et la qualité des prestations. …. Une fois que le DFI aura tranché, il est prévu que les résultats des études effectuées dans le cadre du PEK soient publiés dans des revues scientifiques sous forme d'articles comprenant une évaluation par les pairs ("peer review" ) ». Il est donc patent que le CF a fait une dichotomie majeure en séparant ses décisions du résultat rigoureux des études. On sectorise les dimensions du sujet pour s’en arroger une maîtrise : d’une part, le DFI qui ne baigne pas dans le terrain médical pique des éléments pour formuler des décisions et, d’autre part, il renvoie à des revues spécialisées le fruit d’un Fond National qui appartient au peuple qui n’a jamais reçu le résultat global de cette étude. Je n’ai pas connaissance qu’on ait réuni toutes les parties prenantes pour en faire par exemple un bilan dans une conférence nationale. C’est exactement ce qui ressort de « Santé 2020 » où on ne remet pas en cause la pratique de la médecine mais seulement les données économiques. Or un arbre n’a jamais pu tenir debout sans ses racines…

Ainsi, cette sectorisation incite à lancer des offensives sur telle ou telle partie du corps médical ou des structures l’abritant. Actuellement, ce sont les chirurgiens qui sont visés. Ce qu’on oublie, c’est que s’il y a beaucoup d’opérations nécessaires, c’est parce que les pathologies des patients n’ont pas su être corrigées à temps. Alors si on veut diminuer le coût des opérations chirurgicales, il faut développer la notion de médecine précoce. Or le système juridique de Santésuisse le dénie. On ne connaît que les dépistages précoces mais pas les thérapies précoces ou plutôt, on ne veut pas du tout en tenir compte. C’est justement dans les traitements précoces que les thérapies alternatives sont indispensables et interviennent là où la médecine technoscientifique n’a pas grand-chose à proposer, si ce n’est des calmants ou des anti-inflammatoires ce qui permet à la pathologie de se chroniciser. La chronicité surgit dans bien des cas non par suite du vieillissement mais de la répétition d’une même erreur. Même problème dans les maladies allergiques où la médecine conventionnelle n’a pas les outils pour déterminer les causes plus subtiles que celles qu’elle a déjà étudiées « scientifiquement ». C’est l’occasion de dire que ce terme est souvent utilisé outre mesure et peut s’éloigner d’une certaine rigueur. Il est lâché dans la discussion comme un absolu pour éviter toute discussion dans le monde médical, de même que la notion de statistiques est lancé dans le monde politico-économique.

Nos dirigeants calculateurs avancent aussi l’idée d’un plafonnement des coûts. Nous voilà en train de devoir affronter des plafonds plutôt que des sols ! Au sol, se trouvent les médecins généralistes. Seulement voilà, on veut aussi qu’ils se spécialisent et obtiennent des diplômes pour n'importe quelle discipline, que ce soit en homéopathie ou en médecine psychosociale. Par conséquent, ces impositions orientent les médecins dans des systèmes codifiés qui ont différents désavantages : ils manquent de souplesse et le médecin intéressé se doit de suivre tout un cursus qui lui prend du temps qu’il ne peut pas consacrer à des cours à la carte qui seraient bien plus utiles. Grande perte de temps aussi quand un médecin aguerri doit se retrouver avec de jeunes médecins et revoir des matières déjà connues, alors qu’il ressent la nécessité de développer d’autres moyens pour mieux soigner certains patients connus. En outre, Santésuisse, complètement inapte à juger de l’efficacité des traitements, applique avec assiduité les règlements et ne tient compte que des diplômes dûment estampillés et non des connaissances réelles du médecin. On retrouve cette notion de secteurs que le système sanctionnateur peut ainsi maîtriser.

Le médecin chirurgien, le Dr Matter, n’a pas le droit d’évoquer les patients et les gens qui soufrent.  Le politicien Maillard lui rétorque : « Ce que vous défendez surtout, c’est votre salaire ». Ainsi donc, les médecins ne reçoivent plus des honoraires mais sont salariés. Or, qui dit salaire dit employeur. Donc c’est l’employeur qui est responsable de l’état de fait et qui n’a pas su être vigilant et adéquat à l’évolution de la situation depuis de nombreuses années!!!

Il est évident que la situation financière actuelle dénote de nombreux déséquilibres dans plusieurs dimensions et que le système de gestion globale montre de plus en plus son inadécuacité. Il devient urgent de trouver de nouveaux outils et de nouveaux modes de réflexion. De ce fait, il faut vraiment que la population développe une meilleure conscience des lois de fonctionnement de l’organisme et sache tenir compte des premiers signaux d’un dérèglement, non pas en le gommant avec un médicament mais en en corrigeant la cause. Il faut aussi former des praticiens qui connaissent bien les différentes médecines afin de diriger le malade vers la plus adéquate au moment opportun, ce qui se révèle fort économique. A noter aussi qu’il faudrait un service de cet ordre aux urgences afin que les malades qui s’y rendent parce que c’est commode mais pas forcément dans un réel état d’urgence soient orientés vers des thérapies nettement plus appropriées et tirent un enseignement de leurs expériences pathologiques. Il en résulterait ainsi un double intérêt économique.

Commentaires

Tout à fait Madame De Meuron. La prévention est la clé pour une bonne santé !

Écrit par : Bruno | 31 janvier 2018

Merci, Bruno, pour votre visite!
Dans un premier temps, notre vigilance permet de faire de la prévention.
Toutefois, nous n'évitons pas toutes les agressions qui peuvent nous déstabiliser et notre système sensible, soit par les sensations soit par les émotions, nous alertent d'un déséquilibre qui apparaît de manière plus ou moins aiguë.
A ce moment-là il s'agit de pratiquer une médecine précoce.
Trop souvent, on entend dire : "ça passera", "c'est pas grave", "j'ai pas le temps de m'en occuper" etc. Par des méthodes simples, cela peut passer mais il vaut la peine de voir comment les signaux évoluent. Si le cas est aigu, ils doivent évoluer de façon rapide vers le mieux sinon il faut intervenir avec un nouveau geste.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 31 janvier 2018

La réduction du TARMED préparée et mise en place par les services du CF Berset est dangereuse en ce sens qu'elle l'est pour le personnel !

En baissant le tarif, les médecins verront leur chiffre d'affaires baissé et 1/4 de revenu en moins c'est beaucoup : imaginez-vous un instant avec un quart de salaire mensuel en moins ?

Qu'allez-vous faire ?

Simplement vous devrez renoncez à des sorties,vacances, à des achats (changement de literie par exemple) et pour les médecins installés à leur compte, certains devront faire des choix: réduire le temps de travail de leurs collaboratrices/collaborateurs ou tout simplement pratiquer des licenciements et ces personnes vont devoir aller pointer au chômage et qui les paiera par le biais des impôts et cotisations : NOUS LES AUTRES CITOYENS !

Écrit par : M.A. | 01 février 2018

Merci, M.A., d'attirer notre attention sur les conséquences collatérales d'une baisse du TARMED. C'est le danger de prendre le problème par un côté facile à capter, ici les montants des tarifs, par ceux qui décident tout depuis leurs salles de conférences et non plongés dans l'océan des malades.
C'est une démarche froide, de nature très émissive - yang pour les Chinois - qui ne tient pas compte du côté réceptif - yin - sensible tant physiquement qu'affectivement. Les femmes sont davantage prédisposées à développer ce côté mais elles sont actuellement contaminées par le côté rationnel et calculateur masculin.
A quand une perception sensible du système médical et des thérapies qui visent l'être humain dans son ensemble et pas seulement selon des critères statistiques?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 01 février 2018

Salut les Nantis !

Oui, oui, il faut faire attention à sa santé, adopter de sains comportements, grâce à une sorte de retour/ méditation sur soi-même. (Lol)

Mais, cependant, hélas, certains individus n'ont pas la disponibilité horaire, culturelle, religieuse, familiale, etc. pour faire attention.

Ce qui manque dans tout ce blabla, c'est une prise en compte économico-politique de tous les paramètres.

Les riches qui nous gouvernent n'ont qu'une seule priorité : le fric.

C'est tellement triste, et médiocre, et destructeur...s'ils savaient...mais bon...

Voici ma gentille proposition pour faire avancer le dossier :

chaque médecin suisse pourrait rendre public son revenu. ( Allez, je suis pas trop vache, on va dire revenu net.)

Horreur, malheur, consternation !!!!!

Je suis le nouveau Karl Marx !!!!!

Écrit par : Esculape | 01 février 2018

Mine de presque rien, Esculape, vous mettez le doigt sur des problèmes de fond.
Vous avancez que "hélas, certains individus n'ont pas la disponibilité horaire, culturelle, religieuse, familiale, etc. pour faire attention." Si certains ne prennent pas la disponibilité d'être présents à eux-mêmes et à ce que leurs organismes ressentent, cela relève vraiment de leur libre-arbitre, de leurs choix de vie. C'est là que je revendique que chacun retrouve sa souveraineté. De même qu'une partie du peuple se soulève si le roi l'ignore, de même un organe ou un autre réagit s'il n'est pas considéré pour différentes raisons.
Le premier thérapeute est celui qui est vigilant comme un parent sait l'être, le deuxième accuse réception de ce qui ne fonctionne pas bien et se prend en main comme un adulte. Le troisième est le thérapeute si le deuxième est insuffisant.
Donc tous les degrés sont reliés. Si la coupe des médecins débordent, c'est bien que les deux premiers degrés sont mal gérés.
Et pour cause! Les gens paient lourd pour des soins donc ils délèguent à un système qui est peu ou mal formé à enseigner et même à pratiquer les deux premiers niveaux. De plus, Santésuisse refuse de rembourser les soins précoces, les assimilant à de la prévention. Evidemment, la technoscience ne fait pas d'études à ce niveau, d'autant plus que cela tombe sous le sens et n'est pas rentable au niveau économique.
On vit dans un système binaire : soit on laisse aller, soit on utilise l'artillerie du système en place : des médicaments pour faire taire les symptômes ou alors des traitements lourds dont la chirurgie mise en évidence dans l'article de ce jour https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/medecins-magistrat/story/13050655.
Notre ministre des affaires sociales se prononce plutôt comme un citoyen puisqu'il n'est qu'un relai dans un système national sous la botte du système techno-scientifico-économico-juridique. Ainsi, ses propos publiés dans l'article cité ne font qu'éloigner encore davantage la vraie remise en question du système dans toutes ses dimensions et ses différents plans.

Votre proposition "gentille" est aussi très partielle. Comme les chirurgiens qui sont souvent des gens pleins de sens pratique l'ont avancé, un plombier gagne plus qu'un chirurgien. Je profite de glisser la comparaison qu'un généraliste gagne à peine 200 F de l'heure alors que la consultation chez un avocat est de 450F... Par conséquent, si nous suivons la proposition du commentateur de rendre pubic le revenu de chaque médecin suisse, on devrait avoir la vue d'ensemble de ce que gagnent les autres acteurs de la vie publique et plus particulièrement du système assécurologique comme les économistes de Santésuisse ou leurs avocats.
Et comme pour faire la chasse aux chirurgiens on mélange les coûts des prestations remboursées par les assurances privées et ceux de l'assurance de base, alors allons chercher tout ce qui se passe dans l'étendue globale du système des soins - relevant de l'assurance de base, des assurances privées et des assurances complémentaires - que ce soit technique, scientifique, politique, économique, assécurologique et juridique. On pourrait remonter à la vraie source des coûts si mal nommés "de la santé" et redéfinir les axiomes de base. Il est temps de commencer sérieusement à reprendre le sujet de façon globale car le confort de la vie actuelle ne va plus protéger encore longtemps les différents acteurs comme cela se remarque dans d'autres pays.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 02 février 2018

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.