14 novembre 2017

Primes maladie : « Et si le système de santé suisse était réformable ? »

Je viens vous donner mes perceptions et mes ressentis (ou du moins une part!) concernant cet article paru dans Le Temps. Une fois de plus, on peut constater comment les mots sont réduits pour mener la mentalité ambiante vers ce qu’on veut obtenir sur différents plans.

 


Formater les dimensions mentales de la population c’est aussi et surtout les restreindre. Le fait de simplifier tellement les mots que leurs sens paraît évidents et qu’on ne réagit plus.

Prenons l’appellation « système de santé suisse » : il est réduit au système politico-économique qui gère la somme de nos primes maladie. Vous me direz que ce système a de l’ampleur puisque rien qu’en 2015, il a géré 77,8 milliards de francs de prestations médicales ! C’est vrai qu’on pourrait s’arrêter là, le souffle coupé par une pareille somme. Or, qu’y a-t-il sur l’autre plateau de la balance : des gens en aussi pleine forme ? Il semblerait que pour de pareils frais, les gens devraient être en bien meilleure santé donc les primes devraient baisser en 2018. Que nenni !!!

Un pareil constat devrait amener à un vrai retournement, une ré-volte. Pour un tel mouvement, il serait nécessaire d’élargir la plate-forme agissante donc de chercher de nouveaux acteurs avec des modes d’évaluation plus appropriés et des instruments revus, voire en créer de nouveau. Il faut opérer de réelles mutations politiques car, comme le dit notre ministre des affaires sociales à Genève dans un interview à radiolac, en réponse aux propos du journaliste «On a l’impression que rien ne bouge » :  «  Le parlement est clairement du côté de nos assureurs qui font la politique de la santé ».

« Rien ne bouge ». On devrait dire même que bien des choses empirent. On martèle l’opinion avec les « progrès de la médecine » mais ils ne concernent qu’une petite part des soins et des thérapies alors que bien d’autres problèmes surgissent comme les cancers de plus en plus jeunes, les allergies de plus en plus fréquentes, les problèmes de surpoids et d’obésité qui empirent, les effets secondaires des médicaments, etc. Me Poggia ajoute encore et touche là un point fondamental, autrement dit qui touche bien les fondements de tout le système : «  alors qu’ils (les assureurs) n’ont aucune légitimité pour le faire. »

Tandis que les primes augmentent, le Parlement ne bouge que dans le plan économique alors que cela fait plusieurs années que la situation se dégrade et qu’il faudrait vraiment changer de cap.

De ce fait, Le Temps propose un débat entre 2 acteurs actifs sur le terrain officiel : La CEO de la plus grande assurance maladie suisse, Philomena Colatrella et le conseiller d’Etat vaudois en charge de la santé, Pierre-Yves Maillard.

Limités dans leurs frontières politico-économiques, ils ne peuvent que proposer une « réforme », c’est-à-dire un changement de forme. A savoir, des mesures économiques comme une modification de la répartition des factures entre l’ambulatoire et le stationnaire, ou des vérifications de factures, ce qui a sa place dans l’immédiat mais qui est loin de corriger le tir en profondeur. De plus, leurs bagages personnels n’a rien à voir avec le monde médical, la responsable CSS ayant une pratique d’avocate et le conseiller d’Etat une pratique d’enseignement secondaire en français, histoire et géographie. Ils ont certainement une expérience de maladie mais sans doute fort restreinte pour être pareillement fidèle à leurs postes !

Et là s’ouvre non pas une piste mais une autoroute : donner la parole à ceux qui ont l’expérience de la maladie et des soins que sont les patients et assurés ? Partir de leurs expériences, ce qui apporteraient bien plus que les études « scientifiques » qui sont très réduites par leurs protocoles, ce qui fait que souvent elles sont remises en cause par la suite.

Quand le Conseil Fédéral a donné la voix au peuple pour encourager les médecines complémentaires, le vote s’est montré en faveur de l’incorporation de nouveaux modes de soin. Or, quelle est vraiment la part de médecines alternatives offerte aux patients par le système officiel ? Quel est le pourcentage des médecins qui proposent les soins relevant d’autres modes que le mode techno-scientifique prôné actuellement ? La médecine conventionnelle est une spécialité en soi dans la mesure où elle est très pointue pour certaines pathologies mais ne couvre de loin pas toutes les maladies, ce qui conduit à la chronicité – grave cause de dépenses – qui se développe ainsi devant l’impuissance du corps médical. Le plus effarant, c’est que le nombre des spécialistes augmentent au détriment des médecins généralistes.

Par conséquent, il faudrait que le corps médical ne se cantonne pas à des spécialités pointues mais se développe aussi dans d’autres dimensions thérapeutiques bien plus adéquates dans moult situations. Qu’au moins, chaque médecin ait une connaissance réelle des autres moyens afin de les prescrire au bon moment. Il est inacceptable de dire à un patient : « on ne peut rien faire pour vous » au lieu de dire : « Dans ma spécialité, je n’ai rien à vous proposer mais tel confrère peut proposer quelque chose pour vous améliorer. »

A quand l’oecuménisme médical ?

Commentaires

Pour réformer il faudrait une vraie volonté politique et nous n'y sommes pas.
A force d'y réfléchir je crois que cette orientation sur le médical alléopathique, conventionnel n'est là justement que pour empêcher le développement des médecines "parallèles, autres, diverses, multiples et variées.
Combien de fois n'ai-je pas entendu, mais avec les primes que je paie et les charges de franchise et quote-part, je ne peux pas encore mettre tous les mois 100.-- pour un soin chez un "Soignant-responsable-et-bienfaisant".

Écrit par : Corélande | 16 novembre 2017

Grand merci, Corélande, d'amener votre point de vue.
Une vraie volonté politique devrait venir du peuple et, comme vous le dites si bien, "nous n'y sommes pas".
Ce "nous" englobe bien la majorité de la population qui se contente d'un certain confort physique comme celui d'être soulagé de ses maux ou pire encore de "savoir ce qu'il a". Mettre une étiquette sur des maux ne fait que soulager du mystère de ce qui nous envahit, sans nous guérir pour autant. Malheureusement, ce diagnostic n'apporte souvent pas le vrai diagnostic qui est celui des causes profondes de la symptomatologie en jeu.

Vous présentez aussi une autre face du problème : payer de sa poche un thérapeute alternatif. Là aussi, notre mode de vie nous pousse à avoir d'autres priorités que notre bien-être corporel. Je dirais qu'il s'agit alors d'une "politique personnelle"!

Vous évoquez le "Soignant-responsable-et-bienfaisant". A ces qualificatifs, il vaut la peine d'ajouter aussi, chez beaucoup de qualifiés de différentes écoles, la caractéristique la plus fondamentale de toutes : permettre à son patient de connaître les raisons de son état et de l'accompagner vers un meilleur équilibre par différents moyens qui respectent le fonctionnement naturel de l'être humain.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 16 novembre 2017

Oui mais avant de remettre son corps et son esprit entre les mains d'un "inconnu", il faudrait que les gens inverses leur vision de la santé et surtout de leur responsabilité face à leur propre corps et esprit.
(L'un parle à l'autre et vice versa, voir Michel Odoul)

Bien se connaitre prend énormément de temps, donc nous devrions avoir des cours dès la petite école pour apprendre son corps, son soi-même, le fonctionnement général pour découvrir le sien.
Avec ces connaissances de bases, les gens seraient bien plus à l'écoute de ce qui leur arrive.
Avant de courir chez le médecin ils prendraient le temps de chercher, de se tester, de s'essayer.....imaginez déjà là les économies sur le "pot commun".

Puis si nécessaire vraiment se rendre chez le médecin, qui lui devrait être un accompagnant-de-la-recherche, et non un dirigeant-testeur des soins à prodiguer.
Mais j'en ai fait l'expérience depuis des années, des gens comme moi sont très mal vu par les médecins conventionnels, et laissé pour compte....aucun intérêt pour eux.

Ce mouvement en profondeur ne se fera pas dans les 10 ans à venir, car rien n'est envisagé de ce côté-là et les pharmas et autres agro-alimentaires sont vents debout face à ces théories du bon sens.

Écrit par : Corélande | 21 novembre 2017

Un vif merci, Corélande, d'apporter votre réflexion issue de votre vécu.

"Bien se connaître prend énormément de temps". Dès la petite enfance, il s'agirait effectivement d'apprendre à être présent à son corps et ne pas seulement nommer ses membres. Si un adulte est conscient de cet éveil au corps, il ne pas se contentera pas de souffler sur le bobo d'un enfant mais il s'intéressera plutôt à ce qu'il vit. Ne pas se contenter d'apprécier un mal pour pouvoir éliminer celui pour lequel on décrète "ce n'est pas grave". Utiliser l'habillage en étant attentif au corps plutôt que de parler de tout autre chose. Encourager les enfants à se mouvoir avec leurs jambes plutôt que de leur procurer des véhicules électriques dès que possible.

Et puis, à chaque âge, on peut attirer leur attention en développant l'usage des sens sur les fonctions plus internes du corps. Combien de fois faisons-nous des commentaires sur ce qui se passe plutôt que d'en sentir tous les mécanismes.
De la sorte, si un jeune a mal au ventre on lui donnera une explication mais on ne l'aidera pas à prendre conscience de son corps tout entier et des interrelations entre son ventre et un autre organe, ou encore de l'effet d'un geste ou d'une posture.
De même lors des règles, on dira "c'est normal d'avoir mal" mais on ne cherchera pas de quoi est fait ce mal et par quel moyen mieux équilibrer les forces du corps pour diminuer voire supprimer la douleur. Du reste, beaucoup de jeunes filles ne se soignent pas tant on leur a dit que la douleur faisait partie du système gynécologique. De même pour la ménopause qui, étant un passage naturel, ne devrait pas causer de troubles importants. S'ils surviennent c'est parce le changement d'hormones met en évidence des déséquilibres présents en profondeur.
De ce fait, la ménopause n'est que leur révélateur.
Même réflexe avec les douleurs dentaires des enfants. Quand elles prennent le dessus, c'est qu'elles mettent en évidence des déséquilibres plus profonds. Vouloir soulager les gencives n'est de loin pas suffisant.

Ainsi donc, plus on perçoit avec ses sens tant concrets que subtils ce qui se manifeste dans notre corps, plus les sensations nous guideront vers les gestes à accomplir ou le type de thérapie à pratiquer.
Effectivement, Corélande, la connaissance de soi dans son corps est une découverte à chaque période de notre existence.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21 novembre 2017

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