24 août 2017

Euthanasie ou mise à mort ?

Il est de bon ton de parler actuellement d’euthanasie pour ce qui concerne toutes les morts que les praticiens octroient par leurs moyens à des patients ou encore que les vétérinaires imposent aux animaux qui leur sont soumis.


Par son origine grecque, eu-thanasie signifie bonne ou heureuse mort. Une mort imposée à un organisme l’est-elle vraiment? On prétextera un confort. Mais avons-nous la sensibilité aiguisée au point de capter que l’organisme est si heureux que cela de basculer soudainement dans la mort ? Il y a bien sûr le côté rationnel qui s’appuie sur le visuel pour décréter que c’est plus digne.

De même qu’un bébé qui passe par le canal vaginal pour naître, ce qui lui permet un grand massage stimulant qu’une césarienne ne procure pas, ainsi l’organisme devrait aussi expérimenter différentes étapes pour passer dans l’au-delà. Or une euthanasie donne un effet très rapide ne laissant pas à l’entité vivante de respecter les phases naturelles de ce passage.

On emploie beaucoup moins actuellement la formule qu’une personne s’est éteinte, ce qui montre bien la progression lente d’une étape fondamentale de l’existence. De même qu’une bougie ne s’éteint pas d’un coup.

Un paysan presque octogénaire me parlait récemment que ses poules pondeuses mourraient de leur belle mort. Ainsi nomme-t-il ce processus naturel.

L’euthanasie viendrait faire le pendant d’une vie qui n’est plus heureuse ou plus acceptée. Un geste si facile comme d’avaler un comprimé ou d'injecter un produit peut-il vraiment faire le pendant de ce qu’est en train d’éprouver sur plusieurs plans une entité vivante encore sensible ?

Commentaires

Vous êtes d'une manière générale une personne suffisamment malhonnête pour ne pas publier les commentaires qu'on se donne la peine de vous écrire. Mais cela ne m'empêche pas de vous faire remarquer que presque plus personne en Suisse ne meurt de mort naturelle. Alors si vous, vous avez envie de souffrir durant vos derniers jours, libre à vous. Vous mourrez peut-être dans d'atroces souffrances, un délice pour les masochistes chrétiens. Grand bien vous fasse, mais laissez ceux qui ne supportent plus les stupidités criminelles des religions mourir de la façon qui leur plaît...

Écrit par : Géo | 24 août 2017

Un vif merci, Géo, pour votre visite qui me donne l'occasion d'exprimer plusieurs réflexions.
Vous commencez par une accusation, cela montre bien que vous venez vous défouler et non participer au thème de la note. Vous cherchez à prendre votre revanche sur les fois où je n'ai pas publier vos commentaires qui ne présentent pas une participation au débat. Ils ne vous demandent pas tant de peine pour les écrire puisque ce sont des pensées réflexes, des généralités ou des critiques élémentaires.
Ce qui est grave aussi, c'est que vous estimez que j'ai l'obligation de publier tous les commentaires. Seriez-vous un tantinet dictateur? Si je m'applique à tenir ce blog, je le fais en toute liberté et ai les droits correspondants.
Vous généralisez que "presque plus personne ne meurt de mort naturelle". Sur quelle expérience ou étude vous basez-vous pour affirmer cela?
Combien de personnes avez-vous suivies dans leur agonie pour décréter qu'il n'y a aucun moyen d'éviter d'atroces souffrances?
Personnellement, j'ai suivi des patients souffrant de cancers à domicile, en organisant un service d'aide suffisant pour que leurs derniers temps se fassent dans le plus de sérénité possible. C'est vrai qu'il y avait toujours à leurs côtés un proche très intime qui gérait le déroulement du quotidien et qui permettait d'accompagner activement le malade tant physiquement qu'affectivement. Quand un patient est hospitalisé, il dépend d'abord du système hospitalier et les proches sont fort restreints dans leurs possibilités d'action.
Quant aux atroces souffrances, elles sont évitables le plus souvent par les médecines naturelles. Rarement, il est nécessaire d'utiliser des doses infimes de morphine pour rééquilibrer le patient sans lui faire perdre sa conscience et sa qualité de présence à autrui.
L'avantage des méthodes naturelles est qu'on ne prolonge pas artificiellement les existences et que le processus vers la mort se fait de façon bien plus direct et rapide, contrairement aux processus freinés par des techniques artificielles et qui provoquent en contre-partie des réactions très vives et douloureuses.
Votre argumentation facile lancées contre les chrétiens est une preuve de plus que vous vous défoulez loin du thème de la note qui sont les mises à mort que l'on fait passer élégamment sous l'appellation d'euthanasies.
Quant à parler de "mourir de façon qui leur plaît", c'est vite dit puisque ceux qui désirent mourir ou plutôt réclament la mort, n'ont pas un grand choix...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25 août 2017

"presque plus personne en Suisse ne meurt de mort naturelle."

Mourir d'un cancer, d'une attaque cardiaque ou de démence, c'est une mort naturelle. Rien d'artificielle dans tout ça...

Écrit par : Les papous aiment les tulipes | 25 août 2017

Ne suis pas toujours d'accord avec vos idées, Madame, mais, de ce que j'ai lu de vos billets, je pense que vous êtes une belle personne, parfaitement honnête. Et c'est un ancien praticien invasif et interventionniste, allopathe assez éloigné des thérapies naturelles, qui vous l'écrit.

Écrit par : Gislebert | 25 août 2017

Je suis très touchée, Gislebert, par vos mots très sincères.
Si nos méthodes thérapeutiques différaient, c'est peut-être que les cas nécessitaient des réponses distinctes!
Mais dans l'esprit, nous avons fréquenté sans doute maintes fois les mêmes longueurs d'onde!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25 août 2017

Géo, on voit chez les autres ce qu'on ne veut pas voir chez soi. Je ne vais donc pas publier votre miroir!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25 août 2017

"Presque plus personne en Suisse ne meurt de mort naturelle."

Cette affirmation m'amène à en proposer une autre: Désormais, on ne laisse pas facilement les personnes âgées mourir de mort naturelle.

Voici ce qui motive ma version de la phrase de Géo:

Ma mère a 88 ans et vit en EMS depuis quatre mois, car incapable de vivre dans un appartement. Refusant toute aide extérieure autre que celle de ses enfants habitant à 40 minutes de voiture, elle se mettait en danger. Elle a demandé à aller en maison, parce qu'elle avait peur la nuit.
Il y a environ une année, elle a dit ne plus vouloir vivre, car selon des calculs assez complexes basés sur des paramètres très personnels, elle est arrivée au résultat qu'elle aurait dû mourir à 84 ans et que désormais, chaque jour est un jour en trop. D'autant plus que selon ses calculs, son époux n'aurait pas dû mourir avant elle !
Effectivement, j'ai probablement empêché ma mère de mourir, en arrivant à temps, alors qu'elle était dans un état léthargique dû à une très basse saturation d'oxygène. Il m'a semblé qu'elle avait en plus abusé d'alcools forts.
Elle a été secourue et vit désormais avec une assistance respiratoire et environ 8 médicaments quotidiens.
Je ne pense pas une seconde à l'euthanasie, mais elle-même, elle y songe parfois à voix haute, et probablement plus souvent en silence, dans son for intérieur.
C'est très troublant pour l'enfant que je suis, d'autant plus que je suis spectatrice, deux fois par semaine, de l'existence des 79 autres résidents de l'EMS, très âgés et souvent bien plus fragiles et hébétés que ma mère.

Ça pose beaucoup de questions sur la vie, son sens, sa sacralité, le libre arbitre, l'égoïsme, la dignité et bien sûr les directives anticipées.
Il me semble que nous devrions y penser, en parler avec nos proches et les aider pour qu'ils ne se retrouvent pas à errer dans des questionnements trop complexes.
Personne n'aime prendre des responsabilités "contre nature", c'est à dire décider de la fin de vie d'autrui. Mais par altruisme bien compris, il serait fair-play de prendre ses responsabilités par rapport à soi-même, dans un cadre légal clair et qui donne toutes les garanties face aux dérives imaginables.

Écrit par : Calendula | 26 août 2017

Je suis très touchée, Calendula, que vous veniez nous faire part de votre propre vécu, d'autant plus qu'il concerne votre mère.

Il est évident que plusieurs paramètres entrent en jeu.
Je fais une nette distinction entre l'euthanasie active où l'on injecte ou avale un produit et l'euthanasie passive où l'on cesse de maintenir artificiellement la vie. Même pour cette dernière "intervention" qui décide et selon quels critères?
Quelle est la motivation réelle et profonde de celui qui se situe devant une telle alternative pour qu'il fasse l'un ou l'autre choix?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26 août 2017

Bonjour Marie-France de Meuron,

En effet, la différence entre euthanasie passive et active est essentielle.
L'euthanasie active pour les êtres humains est assez rare en milieu hospitalier ou en résidence pour personnes âgées.

La difficulté de la décision de non-acharnement thérapeutique ou de respect du désir de ne pas prolonger la vie par tous les moyens à disposition est souvent plus délicate. Surtout si la personne en fin de vie est jeune.
Autrefois, ces questions se posaient moins, car on était impuissants face aux problèmes médicaux et " la nature" décidait à elle seule, à n'importe quel âge. Souvent déjà à la naissance ou pendant la première année de vie.
A présent, on est face à de nouvelles responsabilités. La mort est entourée de tabous insurmontables. C'est vraiment le moment du non-retour.
Pour les proches, il est quasi impossible de prendre la décision de la non-intervention décisive. Il y a quelque chose de contre-nature à devoir trancher au sujet d'un membre de sa famille.
C'est pourquoi les directives anticipées sont si importantes. Il faut envisager sa fin de vie dans le détail, pour ne pas mettre sa famille face à des choix impossibles, car décider pour autrui est une torture.
C'est là, que l'on peut parler des motivations de la personne en fin de vie et se concentrer sur elles et non sur les motivations de l'entourage.
Si le patient a été très clair sur ses limites personnelles, celles du personnel soignant ou de la famille prennent moins d'importance.
Je pense que les personnes travaillant dans le domaine des soins palliatifs auraient beaucoup à dire à ce sujet. Personnellement, je n'ai accompagné qu'une seule personne jusqu'au bout et c'était mon père.
Il était très rationnel, totalement contre l'acharnement thérapeutique, férocement agnostique et pourtant ça a été très dur pour moi d'accepter son désir d'en finir au plus vite. Il aurait pu " gagner" une semaine peut-être , si on avait branché toutes les assistances. Il n'a pas voulu et on pouvait le comprendre et surtout : il fallait l'accepter.
Malgré nos réticences, il me semble que c'est la personne en fin de vie qui a le dernier mot, si elle veut bien s'exprimer ou est capable de le faire.

On peut évoquer le suicide (assisté ou non dans ce contexte), qui serait une sorte d'auto-euthanasie ?

Écrit par : Calendula | 27 août 2017

Bonjour Calendula,
Vous exposez très bien plusieurs paramètres en jeu.
Un point de base : qu'est-ce que la mort? Vous dites qu'elle "est entourée de tabous insurmontables." Insurmontables pour ceux qui se bloquent sur une représentation qu'ils en ont. D'autres apprennent à l'apprivoiser comme le proposent divers auteurs, par exemple Marie-Frédérique Bacqué dans :
https://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/psychotherapie/apprivoiser-la-mort_9782738112705.php
ou encore, au masculin! deux auteurs dans :http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Bonheur/Articles-et-Dossiers/Le-bonheur-c-est-possible/Les-7-attitudes-cles-et-si-on-essayait-la-sagesse/107-Apprivoiser-la-mort
Il s'agit donc de découvrir les différentes dimensions de la mort, en commençant peut-être par se poser la question : "quelles en sont les expériences par lesquelles j'ai passé". A commencer peut-être par la mort de son cochon d'Inde, ou d'un oiseau découvert fortuitement etc. Puis prendre conscience de l'attitude des aînés à notre égard: Ceux qui détournent l'enfant du cadavre, ceux qui lui parlent posément ou encore ceux qui transmettent leurs troubles. Et par rapport au cadavre, les parents qui refusent que l'enfant voie le cadavre de son grand-père ou ceux qui l'emmènent avec calme devant le cercueil.
Actuellement, on a tendance à tout abréger donc le processus se fait mal.

Je ne parlerai pas ici des jeunes en fin de vie car je n'en ai pas l'expérience du suivi en tant que responsable.
En revanche, avec les adultes que ce soit le malade ou son entourage, tout dépend de la conception de chacun. Ce qui n'apporte rien et ne fait qu'aggraver les difficultés, c'est de nier le fait de l'imminence. Les corps parlent pour eux-mêmes quand les organes vitaux ne font plus du tout leur travail. Si, toutefois, le patient reste conscient, c'est qu'il y a quelque chose à résoudre au niveau affectif ou psychique chez lui ou chez ses proches qui empêchent qu'il s'éteigne. La voie la plus directe est de chercher le "hic" qui retient. Si on effectue cette recherche avec sincérité et humilité, il monte facilement à la conscience. Et chacun - patient ou proche - accepte alors beaucoup plus aisément que le passage dans un autre monde s'effectue.
J'ai eu les témoignages que même pour des patients en état végétatif, si le travail se fait par un proche qui ressent ce qui bloque le malade, celui-ci peut lâcher prise.
A noter aussi que ces lâcher-prises apportent un grand relâchement, y compris des douleurs et la mort s'ensuit paisiblement et rapidement.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 août 2017

Savez-vous s'il existe une procédure pour euthanasier une personne contre sa volonté ? A quel service faut-il s'adresser ? Quel formulaire faut-il remplir ?

Écrit par : Question | 27 août 2017

Je ne saurai prendre position à ce sujet. Chaque mourant et chaque famille est différente et je ne peux pas me prononcer comme s'il y avait des schémas généraux pour la mort. Il me semble que c'est typiquement le genre de sujet qui ne permet pas de faire de généralisations.
Je suppose qu'on aimerait maîtriser ce passage de la meilleure des façons, tout comme on aimerait réussir sa vie ou du moins en donner l'impression.

Si quelqu'un est foudroyé par une crise cardiaque ou un AVC, cela dispense de tout accompagnement et de toute interrogation. Cette mort serait-elle moins "belle" ? Je crois que c'est une mort que beaucoup souhaiteraient pour eux-mêmes ... A nouveau, pour l'entourage, c'est moins beau et plutôt brutal.

Il me semble que pour chercher un "hic" qui retient, il faut avoir une sorte de formation. Les proches sont souvent submergés par des émotions de toutes sortes et il n'est pas facile de se muer en accompagnateur subtil.
Et puis ce n'est pas forcément le mental ou l'affectif qui retient, mais le fait que les fonctions vitales ont encore des ressources ou parce qu'il y a assistance.
Le maintien en vie pendant des années de personnes dans le coma dit davantage de choses sur l'incapacité de l'entourage et du corps médical à laisser partir que sur l'incapacité de cette personne à lâcher prise.

Écrit par : Calendula | 27 août 2017

Question, vous posez une question en apparence anodine mais vous le faites anonymement, ce qui ne vous engage pas beaucoup...
Cette question est très rationnelle mais, ce qui m'intéresse, ce sont les intentions et les motivations sous-jacentes, ce qui détermine un être humain et pas seulement un robot pensant.
Cela dit, je ne suis pas un guichet d'information et je suis surprise que vous m'utilisiez comme tel.
En écoutant votre question, ce que j'entends c'est que vous aimeriez avoir un formulaire qui vous permette de commettre un meurtre impunément. Avec la sensation de recevoir l'autorité pour le faire alors que vous n'affrontez pas le sens de ce qu'exprime une personne qui ne se laisse pas mourir.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 août 2017

@Calendula et Marie-France

Eh bien moi, Mesdames, j’ai bien aimé la tenue de votre débat qui n’a apparemment pas eu l’heur de plaire à l’un des roquets de service de la plateforme.

Ce que vit Calendula avec sa mère (ou qu’elle a vécu avec son père), ce sont des situations qui me rappellent étrangement le passage de mes parents vers l’autre rive du Styx… Réminiscences troublantes… Je ne dois pas être le seul.

Pourtant, j’avais assisté en milieu hospitalier à de nombreuses agonies auparavant, forcées le plus souvent aux opiacés. Limite entre euthanasie active et passive "soutenue" ? Mais avec la viande des autres, pour parler trivialement, c’est toujours plus facile. Quand il s’agit de ses très proches, quand il n’y a pas de volontés explicites, les décisions extrapolées gardent toujours un arrière-goût d’amertume.

Quant à Question qui demande s’il est possible d’euthanasier une personne contre son gré, je ne saurais trop que le(la) renvoyer à une saine relecture du code pénal…

Bien à vous deux.

Écrit par : Gislebert | 27 août 2017

Merci, Gislebert, de nous exprimer votre contentement.

J'apprécie aussi beaucoup votre témoignage personnel. Vous mentionnez bien la différence entre ce qui se vit du dehors - qu'on peut voir ou savoir (toutefois, la vision demande une distance de l'objet)- et le fait de vivre du dedans - de con-naître = naître avec - un événement. Actuellement, la tendance est de donner rapidement son avis quand on perçoit du dehors. Mais pris dans la tourmente des pensées et des sentiments, la situation devient plus complexe et moins limpide.

Beau dimanche à vous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 août 2017

Calendula, vos propos sont tellement riches qu'il vaut la peine d'y répondre en quelques fois!
Je souhaite revenir sur votre réflexion :"Malgré nos réticences, il me semble que c'est la personne en fin de vie qui a le dernier mot, si elle veut bien s'exprimer ou est capable de le faire."
Je rajouterais "si elle se le permet par rapport à ses proches". Effectivement, certains qui sentent que c'est le moment de quitter leur existence terrestre peuvent avoir des réticences à le faire, ressentant comme une trahison de leurs engagements dans des relations très intimes. Ou encore, ils pressentent qu'un proche n'est pas prêt de le lâcher et n'ose pas lui imposer son départ.
J'ai été étonnée récemment d'entendre deux personnes exprimer que c'était trop tôt alors que certains organes vitaux étaient vraiment épuisés et quasi détruits.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 août 2017

@ Marie- France de Meuron,

Votre dernière intervention me fait revenir à mon commentaire de départ :

Désormais, on ne laisse pas facilement les personnes âgées mourir de mort naturelle.

Je reconnais ce que vous décrivez : "c'était trop tôt alors que certains organes vitaux étaient vraiment épuisés et quasi détruits."
Je pense que c'est un réflexe irrationnel et qu'il faut l'accepter comme tel. On se fixerait des objectifs trop "propre en ordre" en voulant vivre des moments de passage dans la zenitude et dans une acceptation lucide.
Les proches ne peuvent pas automatiquement être rationnels et sereins, même si tout a été fait en amont pour préparer cette mort.

Votre billet m'a fait réagir, parce que je trouvais que vous vous placiez moins dans la perspective de la personne qui n'en peut plus ( et qui donc a déjà fait un long cheminement peut-être de douleur, de solitude, de fatigue, d'impression d'être déjà déconnecté), que dans celle des survivants qui aimeraient que ça se passe au mieux.
L'euthanasie active pour les êtres humains n'est pas prévue dans la loi et pour finir, on est en réalité dans le choix de l'assistance au suicide.

Récemment, la presse genevoise a rapporté le cas d'un monsieur très âgé et très malade, qui voulait mourir avec assistance. Ses frères se sont opposés à son choix, en portant l'affaire devant la justice. C'était un de ces cas qui montrait toute la difficulté à accepter qu'un proche choisisse lui-même le moment de partir.
Si je me souviens, la mort est survenue pendant que l'affaire judiciaire était encore en cours.
C'était une sorte de démonstration de deux visions irréconciliables de la vie et de la fin de vie.
Peut-on obliger son proche à attendre la mort dans la douleur physique et psychique ? Lui gâcher cette attente avec la tenue d'un procès !?! C'est pour moi une étrange façon d'envisager les rapports familiaux...

Écrit par : Calendula | 28 août 2017

Merci, Calendula, de venir partager ici vos réflexions.

Il est dans la suite logique que la mort naturelle n'est plus évidente dans la mesure où le suivi des pathologies n'est plus naturel non plus. Actuellement, on cherche souvent à faire disparaître les symptômes plutôt qu'à remonter à la source profonde - souvent inconsciente - des dysfonctions.
On peut comparer une telle démarche à enlever le feu clignotant qui annonce que le moteur manque d'huile plutôt qu'à rajouter de l'huile et chercher s'il y a une cause plus profonde à cette carence.
Ainsi, veut-on aussi maîtriser le plus possible les manques de quelqu'un à la fin de sa vie, ce qui soutient certains organes au détriment d'autres. Alors qu'un équilibre précaire, avec un accompagnement discret, peut s'avérer plus confortable pour le malade.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 août 2017

https://www.youtube.com/watch?v=RutxFHZety8

Écrit par : Eutanasios | 28 août 2017

bonsoir Calendula,
Je désire revenir sur votre propos : "Les proches ne peuvent pas automatiquement être rationnels et sereins".
C'est évident dans la mesure où ils ont aussi un cheminement personnel à effectuer pour leur permettre d'amener vers une certaine maturation une dimension d'eux-mêmes.
Les moments particuliers qu'ils vivent et éprouvent au chevet de leur proche très diminué incitent à devenir réceptifs à d'autres éléments que d'habitude. D'où des flashes de nouvelle compréhension du malade, de ce malade face à eux ou d'eux face à ce malade.
Il n'y a plus grand chose à faire pour leur proche, en revanche ils sont incités à découvrir d'autres éléments plus sensibles et qui remontent de l'inconscient ou, plus proches d'eux, du subconscient.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 août 2017

Eutanasios, Merci de nous signaler cette très courte vidéo d'un acteur comique, à capter sur plusieurs longueurs d'onde, autrement dit à plusieurs niveaux de compréhension plus ou moins subtils.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 août 2017

@Eutanasios,

La petite vidéo de Desproges est géniale !
En une minute, tout est dit, y compris le danger de la perte de contrôle de la situation par la personne âgée.
Certes c'est un "septuagénaire de 70 ans", dont le seul problème serait qu'il s'emm... et pas d'un nonagénaire très malade, mais tout de même : ça pose de bonnes questions.

Écrit par : Calendula | 28 août 2017

Calendula, bonsoir,
Je reviens sur votre impression : "Votre billet m'a fait réagir, parce que je trouvais que vous vous placiez moins dans la perspective de la personne qui n'en peut plus".
Avec le discours verbal, il m'est difficile de rendre une situation pluridimensionnelle. Je montre par conséquent une facette ou une autre d'une situation.
L'ambivalence de la personne qui n'en peut plus, c'est qu'elle retient encore quelque chose sinon elle lâcherait prise. Donc l'aider à passer cette dernière épreuve de sa vie permet justement un passage très doux. Sinon il y a dualité d'où souffrance pour celui qui ne lâche pas et son entourage qui perçoit bien la lutte.
Aider le malade a osé vivre son conflit intérieur est pour moi la meilleure façon pour qu'il ne se sente pas seul et trouve le courage d'aller de l'avant, autrement dit de faire le "plongeon" final.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 août 2017

Calendula, Je reviens sur le choix de mourir avec assistance que vous évoquez avec l'histoire de cet homme âgé que les frères ont portée devant la justice.
Je distingue plusieurs choix:
Celui de l'homme qui veut mourir
Le fait qu'il choisisse de le faire avec une assistance.
les frères qui ne veulent pas de cet acte programmé.
Le fait que ses frères n'acceptent pas - ne veulent pas être témoins d'un acte contre leurs convictions humaines ou spirituelles.
Ceux qui veulent vraiment mourir savent le faire et trouvent le moyen adéquat.
Il y a ambivalence quand quelqu'un demande de l'aide. Et peut-être avec plusieurs raisons. Il peut vouloir qu'on cautionne son acte, ou encore il utilise autrui pour cela, quitte à le payer pour ne pas commettre l'acte lui-même.

Le fait d'utiliser la justice ne semble pas très indiqué. Toutefois, actuellement, il y a une déviance importante pour régler les problèmes de passer par la justice ou la police (Bien des policiers reconnaissent qu'il y a bien plus de plaintes depuis quelque temps qu'auparavant.). Il vaudrait mieux faire intervenir un médiateur pour permettre à chacun d'aller à la rencontre de son intimité, ce qui permettrait à la relation de se vivre et d'évoluer vers ce qui correspond aux lois fondamentales de la vie....et de la mort.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 29 août 2017

@ Marie-France de Meuron,

Ce cas particulier permet effectivement de réfléchir à plusieurs niveaux de responsabilité ou d'implication. Ce sujet nous permet de chercher nos propres limites, parce que la mort est un sujet tellement sensible.
Cependant, je reste persuadée que la réflexion théorique va de pair avec l'expérience réelle.

Quelque temps après le décès de ce monsieur, j'ai appris que je le connaissais un peu, parce qu'il était de la famille d'amis proches.
Je l'avais vu assez récemment à l'enterrement de quelqu'un qui lui était très proche et avais pu constater combien il était atteint dans sa santé physique. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais il fauta savoir qu'il n'avait quasiment plus aucune autonomie physique, vivant en chaise roulante et étant très fragile.
D'où le besoin d'assistance. Je n'ai pas voulu demander à ses proches, comment il est mort, je trouve que cela ne me regarde pas.
Ce qui me reste, c'est sa détresse. On pense toujours qu'on peut remonter le moral d'une personne âgée endeuillée, fatiguée, souffrante et donc sous assistance médicale renforcée. Mais c'est oublier, que cette personne est probablement parfaitement lucide sur sa situation et ses perspectives.
La majorité des personnes en fin de vie de demandent pas l'assistance au suicide, mais celles qui le font ont leurs raisons et à mon sens elles sont tout aussi respectables que celles de la majorité.
Une personne qui n'aurait jamais vécu dans une recherche spirituelle peut certes faire l'expérience d'une fulgurance au seuil de la mort et y trouver une consolation, mais ce n'est pas non plus quelque chose qu'on pourrait obtenir par une sorte de forcing, aussi bien intentionné soit-il.

Pour moi, la question centrale reste : comment avoir la certitude d'avoir raison face à une personne destinée à une mort prochaine et qui désire s'en aller dès à présent ?
(J'ai plusieurs fois entendu de vieilles dames dire qu'elles veulent rejoindre Jésus ou le Père céleste au plus vite !)
Pour pouvoir ignorer ce souhait avec aplomb et au point d'aller jusqu'au procès, il faut de sacrées convictions !
Dans un tel cas, on fait primer son idéal sur la liberté de son prochain.
Je suppose que ça peut se défendre, si on est très croyant ou alors très fidèle aux dogmes.
Les guerres de religion, l'inquisition, les conversions forcées se basent sur une foi absolue dans les enseignements dogmatiques et l'espoir de son salut personnel dans l'au-delà.
Mais la violence sous-jacente à ce dogmatisme ne me dit rien de bon et me semble en contradiction avec le message chrétien ( celui qui m'est familier). Mais il se peut que je sois déjà trop atteinte par un état d'esprit séculaire ...

La vidéo de Desproges, qui fait le parallèle avec l'IVG, montre bien que ce débat touche à nos responsabilités les plus douloureuses.
Dans les deux débats, les opposants de toute intervention contre le cours naturel des chose partent de l'idée que leurs adversaires se réjouissent ou trouvent très facile de prendre la décision de l'intervention. Il y a bien sûr aussi la peur légitime de la dérive.
Je pars de l'idée que rien n'est facile, rien n'est fait à la légère et tous nos actes ont des conséquences, qu'il faudra assumer.
On cherche bien sûr à avoir "bonne conscience", à pouvoir "se regarder dans la glace", mais dans de telles situations, on ne s'en sort jamais indemne, quelle qu'ait été la décision.

Écrit par : Calendula | 30 août 2017

Bonjour Calendula, J'apprécie votre grande sincérité et votre désir de nous apporter le plus soigneusement possible votre position.

Je reviens sur votre affirmation : "Ce sujet nous permet de chercher nos propres limites".
Comme l'être humain est en constant cheminement, nos limites peuvent se déplacer très vite, selon nos expériences existentielles, nos rencontres avec autrui - en direct ou à travers des lectures ou des films - et nos ressentis fluctuants. De plus, comme nous avons différents corps - physique, affectif, rationnel, spirituel - définir nos limites est d'autant plus difficile qu'il s'agit de percevoir à partir de quel corps nous nous basons, en sachant que nous ne portons pas notre conscience sur tous les corps à la fois...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 30 août 2017

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