09 juillet 2017

La médecine, est-elle un art ?

Je vous propose cette note, la 700e de mon blog, lors de ma 70e année de vie! Que d’énergies accumulées et quelle bascule existentielle se profile à mon horizon !

- Les septaines font partie des fondements de la croissance humaine. Le sujet en est développé ici.

 


La médecine, un art ? Voici une question piège puisque la médecine est ce que l’être humain en fait ! Revenons donc à celui qui la pratique. Que donne-t-il de lui, riche de tout ce qu’il a développé au cours de son existence, de tout ce qu’il a reçu de ses enseignants et de ce qu’il investit au chevet des malades, avec son propre potentiel de santé ?

Le sujet de cette note m’a été suggéré par Gislebert, lors de deux commentaires dans ma dernière note.

Au vu de ce que je viens d’énoncer en introduction, je parlerai plutôt de l’investissement du médecin dans son geste thérapeutique, dans son élan vers le patient, dans sa capacité à percevoir au-delà des plaintes ce qui anime l’individu malade dans ses différentes dimensions ou, dit autrement, dans ses différents corps : physique, éthérique, affectif, rationnel, psychique, spirituel...

L’étymologie latine de « ars » nous apporte le sens de : « art, habileté, manière, métier. »

L’étymologie grecque ajoute : « articulation, et harmonie = juste rapport. »

Selon Wikipedia : « L’art est une activité humaine, le produit de cette activité ou l'idée que l'on s'en fait s'adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect. On peut dire que l'art est le propre de l'humain, et que cette activité n'a pas de fonction pratique définie. On considère le terme « art » par opposition à la nature « conçue comme puissance produisant sans réflexion » et à la science " conçue comme pure connaissance indépendante des applications". Il semble toutefois que l'objectif de l'art soit d'atteindre le beau. »

L’étymologie latine de médecine est : « medicina signifie art de guérir, remède, potion »

Je reprends cette définition en mettant en évidence que l’art est à la fois une activité humaine, le produit de cette activité et l’idée que l’on s’en fait. L’art s’adresse aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect. Avec un objectif : atteindre le beau.

En opposition à la science conçue comme pure connaissance indépendante des applications.

Que dire de la médecine conventionnelle actuelle ? Qualifiée aussi chez nous de médecine de base ?             Je refuse le terme de médecine traditionnelle pour qualifier la médecine occidentale dont beaucoup de données sont rectifiées fréquemment. (un professeur de médecine nous disait le 50 % en 5 ans!).

Distinguons l’art médical de l’artiste le pratiquant:

Actuellement, si les prestations en médecine de base sont établies par les assureurs en fonction de l’économicité et non de l’efficacité, il est évident que la médecine ressort alors de la définition de Wikipedia comme « pure connaissance indépendante des applications ».

Si elle dépend des protocoles sans tenir compte de l’individualité du patient, les applications existent mais peuvent avoir un résultat limité.

Selon W. «  l’art, en tant qu’activité, n'a pas de fonction pratique définie ». Ainsi donc, quand on cherche un diagnostic bien précis – selon les critères codifiés des pathologies- pour lui appliquer un protocole, on se rapproche de la science stricte. J’ai vu une dame d’une quarantaine d’années attendre 18 mois avant qu’on ne l’étiquette avec un diagnostic précis mais rare. Ces 18 mois d’attente où elle fut si atteinte dans son état général qu’elle ne put plus travailler ont été perdus, alors qu’il existe des voies thérapeutiques dans des médecines alternatives bien maîtrisées pour tenter de rectifier au mieux ce qui était déséquilibré. Le diagnostic arriva très tard et elle mourut quelques mois après.

L’art est à l’image de l’être humain, il ne peut pas être défini de façon mathématique. Malheureusement, nous vivons dans le monde occidental où on cherche à tout délimiter, à tout sécuriser : il n’y a qu’à voir le nombre d’assurances qu’on peut contracter ! Ce monde est celui de la matérialité, du carré bien défini. Le monde de l’être humain est celui de l’univers, un cercle avec un point central, et plusieurs orbites.

Ainsi donc, pour percevoir un être humain, son fonctionnement et ses dysfonctionnements, il faut aller « visiter » ces différentes couches, chacune ayant ses particularités ; par conséquent, il faut user d’instruments de perception divers et variés. Un médecin a donc tout intérêt à développer une formation multidimensionnelle, tant pour le diagnostic que pour déterminer la ou les thérapies adéquates.

Or, la science se concentre sur le plus délimité et la médecine construit un traitement à partir de ce qui a été mis en évidence. Ainsi, il est plus facile d’imputer la faute d’une infection à un microbe plutôt que de chercher pourquoi le patient n’a pas su se défendre. Déjà au temps de Pasteur qui a influencé pareillement la direction de la médecine, un autre médecin, le Dr Antoine Béchamp, a déclaré : « le microbe n’est rien, le terrain est tout. »

Si les jeunes universitaires se détournent de la médecine de premier recours (cf ma note Pénurie de médecins ) c’est bien que toute la propension artistique de l’être humain est escamotée dans les études scientifiques qui ne laissent place qu’à la soumission à un système codifié de toutes parts.

Même en psychiatrie, il faut étiqueter le malade d’un diagnostic afin de ne pas ressentir au fond de soi l’écho de ce qu’il éprouve si intensément.

Commentaires

Je viens de recevoir le commentaire du Dr A.L. que je m'empresse de vous transmettre car il illustre bien le sujet.

La médecine d’aujourd’hui… n’est plus un art 
Jeune médecin interne aux Soins Intensifs en 2014, je pense que je me souviendrai toute ma vie d’un certain patient. Un homme d’une cinquantaine d’années , si mes souvenirs sont bons , est admis dans l’unité après avoir été emmené aux urgences par son épouse. Celui-ci a consulté son médecin traitant durant la semaine pour une autre raison : celui-ci découvre fortuitement que son cœur bat à 30-35 battements par minute. ( moyenne d’un adulte normal : 70 ppm ) . 
 Le patient est totalement asymptomatique : cela signifie qu’il mène sa vie normalement et pratique comme guérisseur. Il faut savoir qu’en Suisse, dans certains cantons, il y a encore énormément de gens qui guérissent avec des prières et d’autres méthodes et beaucoup de patients ont recours à ces vieilles médecines. 
Ce que l’on appelle le secret a même été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. beaucoup de médecins sont très sceptiques et méfiants ; il faut cependant l’être, car comme dans tous domaines, il y a des charlatans. 
Néanmoins, ceux que j’ai rencontrés ont des effets incroyables sur les douleurs chroniques par exemple, la où la médecine occidentale reste souvent désoeuvrée. 

Sans rentrer dans des détails médicaux, certains sportifs très entraînés ont des cœurs battant en dessous de la moyenne. Cela n’était pas le cas de ce Monsieur, qui bien que très actif, n’était pas un athlète. 
A son entrée dans le service, il est souriant mais présente tout de même une certaine inquiétude que nous pouvons tous comprendre : si des médecins l’ont hospitalisé aux Soins Intensifs , c’est qu’il y a potentiellement quelque chose de grave…
Après quelques jours de surveillance, son cœur battant toujours au même rythme, les cardiologues décident de lui poser un pacemaker. L’idée : le patient risque de faire des malaises en raison du peu de débit que son cœur peut fournir s’il fait des efforts. Le patient accepte.
Mais, à mes heures perdues, dans un service où en moyenne nos horaires tournent autour de 12h par jour et plus,  je vais discuter avec lui, intriguée par ce qu'il présente. J'appris que récemment, il avait vécu un événement fort, non traumatisant psychiquement mais qui avait influencé un peu à la baisse sa fréquence cardiaque.

Je pratique la plongée depuis quelques années. J’ai constaté que mon propre cœur se mettait à battre à 20-25 battements par minute en dessous de 10 m . J’ai choisi de ne pas m’en inquiéter  et de ne consulter aucun médecin. Si on me posait un pacemaker, je ne pourrais plus plonger…  
Je ne suis ni une sportive chevronnée et ne me considère pas comme malade. Je peux courir 30 min, nager 1h ce qui me convient très bien. 
Et j’ai lu, qu’en méditant, certains moines tibétains ( et pas qu’eux d’ailleurs atteignaient cet état ). J’ai donc testé cela sur moi-même. 

Ce qui me questionne : à quel point médicalisons nous les gens ? Dans d’autres cultures, ces mêmes états ont des noms et des explications différentes. Et les gens ne finissent par forcément chez un médecin ou avec un pacemaker… 
La médecine actuelle se base sur des protocoles , des chiffres et nous traitons tout le monde de la même façon… 

Un des livres les plus vendus en Suisse en 2008 : « Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secrets en Suisse romande ».  Si la majorité de la population est très ouverte à ce genre de pratiques, le monde médical reste  cependant souvent très sceptique. 
Or, il ne faut pas oublier que notre médecine occidentale est récente et si des progrès techniques énormes ont été réalisés grâce à l’avancée de la science, doit-on pour autant condamner des siècles de savoirs ancestraux ?
La santé n’a pas de prix. En tant que jeune médecin : pour moi ce qui n’a pas de prix, c’est de soigner des gens. Correctement. Du mieux possible. Primum non nocere ( ne pas nuire ) est mon seul credo. Mais nous sommes complètement piégés par le diktat des assurances maladies et souvent enfermés dans des recommandations médicales très protocolisées, ne laissant aucune place à la magie des différences inter-individus…. 

Mon souhait : que la médecine reprenne sa noblesse et redevienne un art, et non un moyen de se faire de l’argent sur le dos des gens… 

Dr A.L. Genève

Écrit par : Marie-France de Meuron | 09 juillet 2017

Magnifique souhait "que la médecine reprenne sa noblesse et redevienne un art et non un moyen de se faire de l'argent sur le dos des gens".

De même la référence à l'assurance maladie, en ses débuts, sécurité en cas de maladie aux "primes ne devant poser de problèmes à personne"!

Combien de personnes ne pouvant pas, en toute honnêteté, s'acquitter de leurs primes aux poursuites?

Comment admettre, malgré belles paroles, postures et promesses que rien ne change sinon les augmentations désormais régulières des primes avec prestations selon lesquelles diminuant comme peau de chagrin?

L'assurance maladie n'est pas conforme à l'assurance maladie en ses débuts.
Par le fait, ne devrait-elle pas être remise en question quitte à laisser libre choix aux citoyens et habitants de continuer ou non d'être affiliés en de telles conditions?

Nous avions voté et accepté une assurance maladie... que nous chérissions.
Mais les diktats présents de l'assurance, non conformes, devraient annuler notre votation d'alors.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09 juillet 2017

Myriam Belakovsky, merci de souligner l'évolution de l'assurance maladie obligatoire. A la période où nous l'avions votée, il y avait encore suffisamment de médecins généralistes. Ils avaient une certaine liberté d'action, par exemple celle de créer pour chaque personne son traitement. Au début des années 2000, le président de la commission de la Fédération Genevoise des Caisses maladie avait dit à un médecin : " Si tout le monde faisait comme vous, ce serait parfait". Une quinzaine d'années après, la présidente de la commission reprise par Santésuisse dit au même médecin: " Vous vous occupez de la santé, nous nous occupons de la maladie".

Ainsi donc, les assureurs s'occupent d'entretenir les maladies!
Et les médecins qui s'occupent d'accompagner les maladies sur le chemin de la santé ( étymologie grecque de "thérapeute") se voient condamner à de lourdes sanctions.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 10 juillet 2017

Un très chaleureux merci, Dr A.L. , pour votre témoignage vivant, d'une ferveur de thérapeute concerné par l'art médical.
A souligner :
- Le regard d'une vaste envergure et non pas juste focalisé pour saisir quelque chose à quoi s'accrocher pour en faire un diagnostic et un traitement.
- Envergure, pas seulement dans le présent mais pour englober aussi les expériences du passé. Je suis parfois sidérée que les gens ne connaissent plus des B.A.BA de la santé, ceux qui permettent de garder notre souveraineté sur notre santé.
- Une écoute du patient et non pas de ce qu'on souhaite entendre de lui pour confirmer notre a priori.
- La curiosité d'aller percevoir l'entièreté du patient malgré un horaire chargé et sans obligation contractuelle.
- Dépasser la soumission à ses émotions pour capter une vérité plus subtile.
- La tendance d'uniformiser les patients : "La médecine actuelle se base sur des protocoles , des chiffres et nous traitons tout le monde de la même façon".
- Primum non nocere : "premièrement, ne pas nuire". Cette humilité qui s'est transformée en recherches de moyens qui font fi des lois de la nature comme toutes les "avancées" du transhumanisme. Un exemple fort en est la mutilation d'un organe, avec opération et narcose, sous prétexte d'un "don" alors que le don n'est que dans la raison mais le corps, lui, vit une déchirure et l'arrachage d'un organe vital, d'où grave nuisance, cqfd.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 10 juillet 2017

Bonjour Madame,

Evidemment la fraîcheur et la spontanéité de cette jeune interne font plaisir à lire. Dieu veuille qu’elle les conserve longtemps, hélas « Le temps aux plus belles choses se plaît à faire un affront », comme le disait le vieux Corneille.

Elle met avec raison le doigt sur le diktat de l’économie, la toute- puissance des assurances, la politique du rendement et du stress engendrée par la nécessité de partout raboter (sauf au niveau des traitements des cadres hospitaliers dirigeants bien sûr…).

Myriam Belakovski et vous-même avez bien décrit l’usine à gaz qu’est devenue la Lamal depuis 1994, encore que Myriam enjolive un peu le tableau antérieur(l'assurance que nous chérissions...hum).En lien un article du Temps retraçant les heurs et malheurs de l’assurance-maladie en Suisse, article que vous connaissez peut-être :

https://www.letemps.ch/suisse/2014/09/16/maudite-lamal

On cite toujours dans l’explosion des coûts(près de 15% du PIB bientôt !) le vieillissement de la population, les pensions des EMS, les fins de vie qui s’éternisent, les patients eux-mêmes, médicalisés dès le biberon, consultant dès le moindre bobo et engorgeant les services d’urgence. Tout cela est bel et bien réel et parfaitement documenté, dans les tuyaux statistiques de l’OSF. Ce que l’on omet souvent de mentionner, par souci déontologique sûrement, c’est la rapacité de certains confrères, pas tant minoritaires que cela, qui, de surtraitements en surfacturations, pressent le citron tant qu’il a du jus et abusent du système avant qu’il ne s’écroule. La jeune interne au CHUV n’y est pas encore confrontée. Je crains hélas que le retour à une médecine plus humaine ne reste qu’un vœu pieux (matin pessimiste).

Bonne journée.

Écrit par : Gislebert | 11 juillet 2017

Bonjour Gislebert, Merci de venir débattre si tôt le matin! Et toute ma reconnaissance pour l'article cité qui m'a inspirée pour une nouvelle note.

Dans le cadre de la médecine intégrative, je n'ai pas fréquenté de médecins rapaces tels que vous les décrivez. Qui sont ces hommes ou ces femmes qui se laisseraient aller ainsi? Différentes étiologies sont possibles mais il est clair que quelqu'un qui éprouve de la joie dans son travail est moins porté à compenser avec des plaisirs matériels. D'autres part, des patients pressés sont peut-être moins enclins à établir un contact humain mais seulement à exiger un soulagement de leurs symptômes, sans en chercher la cause. etc

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11 juillet 2017

"Qui sont ces hommes ou ces femmes qui se laisseraient aller ainsi?"

Des hommes essentiellement, il faut bien le dire, désireux d'assurer un statut social "high class", avec de grosses charges (cabinets importants, clientèle sélect). Parmi les charges, les pensions alimentaires pour des familles composées, décomposées et recomposées diverses et variées, si, si... ne rentrent pas pour rien dans cette course au chiffre.

Écrit par : Gislebert | 11 juillet 2017

Gislebert, Je ne pense pas que l'essentiel de ces médecins soit le status "high class", du moins dans les temps actuels. Ceux qui veulent gagner du pognon choisissent une autre profession. J'avais été choquée quand, étudiante en auto-stop, un conducteur m'avait confié qu'il avait un diplôme de médecin mais avait changé d'orientation, sauf erreur la vente d'immeubles, afin de gagner davantage avec moins d'obligations.
Il faut tenir compte aussi que les loyers sont élevés surtout en pleine ville de Genève. Un médecin qui part à la retraite n'arrive pas à remettre son cabinet qui lui coûtait déjà 5000 F de loyer car la régie avait monté la mensualité à 10 000 F. Cela fait bien des actes thérapeutiques à effectuer!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 11 juillet 2017

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