05 avril 2016

La poignée de main

Deux élèves sont dispensés de toucher la main de leur professeure. On en parle en Suisse et au-delà des frontières  C’est l’occasion d’approfondir le sens de ce geste, de remonter en amont de l’intention alors que le mode de pensée actuel incite à en analyser tout de suite les conséquences sociales et politiques.


 

 

Une des causes historiques de la poignée de main vient du fait qu’on montre qu’on ne détient pas d’armes. Ainsi donc, on est disponible à un contact, à une relation avec autrui. D’autres saluts sont possibles pour signifier cette entrée en contact : par exemple le geste de s'incliner avec respect, ou encore en joignant les mains au niveau du cœur, ce qui signifie: « je salue la divinité qui est en toi ».

Cet incident scolaire pourrait permettre de revaloriser le geste de la poignée de main car, honnêtement, qui se soucie encore de tout ce qu’il représente ? Souvent, il n’est que machinal comme un « prêt-à-saluer ».

Ces élèves sont dépendants de leurs parents et ont alors un réel conflit de loyauté avec eux. Il s’agit donc impérativement de permettre aux parents de prendre conscience d’une dimension de notre culture et d'élargir la leur. En attendant que la démarche se fasse, l’adolescent peut trouver un signe de salutation de respect à sa professeure. Un regard et un sourire peuvent être bien plus éloquents qu’une poignée de main automatique. Surtout ne pas escamoter la manifestation d'une prise de contact.

Commentaires

"Il s’agit donc impérativement de permettre aux parents de prendre conscience d’une dimension de notre culture et d'élargir la leur."

Tout à fait d'accord, mais ce n'est pas le rôle de l'école que d'éduquer les parents.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 05 avril 2016

Merci, Jean d'Hôtaux, de votre visite sur mon blog.
Vous décrétez que ce n'est pas à l'école d'éduquer les parents.
Actuellement, sur les blogs, je lis très souvent les propos de commentateurs qui donnent leurs avis de façon péremptoire mais ne proposent aucune piste pour approcher de façon constructive les problèmes énoncés.
Je ne sais pas d'office à qui revient la mission d'éduquer les parents mais, en tous cas, on ne peut pas les évincer quand il s'agit de leurs enfants mineurs qui subissent fortement leurs influences.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 05 avril 2016

Si je comprends et valide une tolérance zéro sur cette affaire, j'observe qu'elle est un ferment, un terreau, pour alimenter la guerre contre la différence. Personne ne devrait être contraint à donner, ou tendre, la main.
Je dénonce la récupération par certains de valeurs qui, comme vous le relevez Mme De Meuron, ont des origines qui nous échappent et qui sont devenus autant de formalismes creux.
Un peu comme la bise qu'on se fait, en principe entre sexes opposés. Imaginez une seconde que cette coutume devienne obligatoire ! C'est déjà compliqué entre Suisses et Français avec deux ou trois bises.

Écrit par : Pierre Jenni | 05 avril 2016

J'ai lu votre commentaire, et cela m'a poussé à réfléchir. Je ne suis en aucun cas favorable à des "exceptions" qui pourraient mettre à mal la laïcité. Ceci étant, en l'occurrence, je me pose une question : alors que vous vous réfugiez derrière une considération pseudo-historique - quel lieu commun !!! ( poignée de main pour montrer que l'on n'a pas d'armes...) -, qu'en est-il ? Vous-même, si j'ose cette question, à qui serrez-vous la main ? Des hommes, des femmes ? A qui dites-vous "Hello", à qui faites-vous un bisou ? Pourquoi ? Je ne doute pas que vous ayez fait le tour de la question. Pour ma part, ce n'est pas le cas. Et je refuse de me la jouer psycho-historien-bla.bla pour répondre à ce genre de questions qui sont beaucoup plus profondes. Même, en admettant, qu'à l'origine, la poignée de main ait évité le port d'armes(lesquelles ? silex taillés, canines affutées, agressions verbales formulées dans un langage archaïque...etc...non, mais vous y croyez vraiment à cette hypothèse ?) Avez-vous éprouvé le plaisir profond d'une poignée de main sincère ???? , j'estime qu'un discours clair sur les rapports - disons d'apparence physique- entre les individus dans notre société serait une oeuvre d'utilité publique. Bien à vous.

Écrit par : Mouchi | 05 avril 2016

Ah la bonne poignée de mains échangée entre humains ,elle aussi a disparu et malheureusement ceux qui avaient à cœur de respecter ce geste prouvant qu'on est bien vivant se retrouvent perclus de rhumatismes et sont dépendants du bon vouloir d'autrui pour aller faire leurs achats
On serait tenté de dire que même le ciel refuse d'accorder aux humains sociables ce petit geste perdu depuis longtemps dans les limbes du savoir bien vivre
Ce geste représente pourtant un atout majeur ! celui de différencier le monde vivant du monde des morts voir même du monde animal

Écrit par : lovejoie | 06 avril 2016

La question n'est pas la poignée de main. Elle fait partie d'une coutume et prend des sens différents en certains lieux du globe, sans nécessairement de connotation religieuse. Pensez simplement au Japon...

Si dans une culture ou une religion, on désapprouve les contacts physiques, pourquoi ne pas les respecter. Imaginez que les musulmans dont on parle ici remplacent la poignée de main par un geste par lequel ils posent la main sur leur coeur et inclinent la tête avec déférence... pourquoi pas.

Mais ce qui nous choque n'est peut-être pas tel geste ou tel habit que ce que la revendication qu'il porte ou la défiance qu'il exprime. Lorsqu'une "bonne soeur" est voilée, nul n'est choqué car on sait qu'elle consacre sa vie au respect et à la charité envers autrui. Un crachat en Chine ou le même ici n'a souvent pas le même sens.

Donc osons nommer ce qui nous dérange vraiment, plutôt que d'attaquer le geste qui en est l'ambassadeur .

Écrit par : archi-Bald | 06 avril 2016

Sans entrer dans des détails sur l'origine de la poignée de mains, j'essaye de penser à la situation de classe en question et au problème d'intégration qu'elle pose.
La poignée de main est un geste très culturel, p.ex. les Américains ne la pratiquent pas vraiment.
On apprend donc, qu'en Suisse alémanique, et en particulier à Bâle-Campagne, ça fait partie du rituel. Certains enseignants à Genève le pratiquent également et ils/elles y voient beaucoup d'avantages.
En serrant la main, il s'agit aussi de regarder la personne en face, dans les yeux.

Ce refus des deux garçons musulmans est une démonstration de la difficulté que peut avoir l'Ecole à jouer son rôle intégrateur, tant réclamé par la société.
La position des femmes-enseignantes peut être particulièrement difficile, car les garçons peuvent nous refuser le respect, simplement du fait que nous soyons femmes. Ils peuvent nous renvoyer à notre condition de femme ( ainsi que leurs camarades filles)avec une bonne conscience déconcertante.

Un jour, j'ai essayé une approche hors-cadre. J'ai dit à un jeune impertinent impénitent et refusant le travail, malgré sa grande intelligence : "Je pourrais être ta grand-mère !", en faisant appel à mon statut possible de matrone. C'est tombé complètement à plat.
Réponse :"Vous n'avez pas 74 ans !" Je n'avais effectivement pas l'âge de sa grand-mère réelle et ainsi, mon espoir de "respect dû à l'âge" a été déçu.
Je pense que les enseignants et, en particulier les enseignantes, ont besoin du soutien des autorités scolaires et politiques pour pouvoir mener à bien une mission difficile , exigeante et parfois décourageante.

Écrit par : Calendula | 06 avril 2016

@ Marie-France de Meuron :

Merci de votre réponse à mon commentaire, qui m'invite à développer mon intervention.

Je vais donc tenter brièvement de le faire.

Comme vous l'écrivez très bien dans votre conclusion, "il s’agit donc impérativement de permettre aux parents de prendre conscience d’une dimension de notre culture et d'élargir la leur."
Mais s'il s'agit de "permettre aux parents de prendre conscience", cela signifie que ces mêmes parents ne sont pas conscients d'être dans une autre culture et qu'il faudrait donc leur donner la possibilité de s'ouvrir à la nôtre. Par conséquent c'est une question d'éducation dont s'agit, mais le rôle de l'école n'est pas de dispenser quelque éducation que ce soit aux parents d'élèves.

Reste à savoir ce qui relève ici de lacunes de connaissances culturelles ou plutôt de manque de savoir-vivre, voire carrément de provocations crasses ?

Ne connaissant pas le cas d'espèce, il m'est difficile de répondre à cette question. Il me semble toutefois qu'il s'agit d'adolescents dont on peut imaginer que la famille -- ou les familles ? -- est établie en Suisse depuis quelques années et qui devrait donc être censée en connaître les règles de vie en société. On sait par expérience que la scolarisation des enfants constitue un facteur d'intégration important pour les parents. Que dire également de l'expérience de vie en société censée être acquise par les parents sur leurs lieux de travail ?

Alors que penser de ce qu'il faut bien appeler un échec d'intégration ?

Force est de constater que ces deux élèves discriminent leurs professeurs selon leur sexe, puisqu'ils refusent de serrer la main d'une femme alors qu'il l'accorde à un homme.

La vie en société est faite de règles et l'école n'y échappe pas.
Pourquoi faudrait-il traiter ce fait divers différemment qu'un cas disciplinaire ?
Ainsi on retire sa casquette en entrant en classe, on n'y mâche pas de chewing-gum, etc.

Par conséquent je ne vois pas ce que l'on pourrait dire de plus aux parents concernés, sinon de leur rappeler ces règles. Remettre en question ces mêmes règles relève d'un processus législatif qui n'a pas sa place dans un dialogue entre l'école et les seuls parents d'élèves qui les contesteraient.

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 06 avril 2016

Ah la bonne poignée de mains ! on peut die qu'elle a disparu comme par enchantement et ce même dans certains bistrots ou même dans la rue
Ce qui est normal on ne peut aller trier ses déchets et ensuite donner la main sans l'avoir lavé auparavant et par là même désobéir aux illuminés de la peur qui n'ont que les mots: restriction d'eau en bouche
Ce qui fait aussi le bonheur des Gastro entérologues qui depuis la première publicité ,recyclage du Pet n'ont jamais vu leur cabinet aussi plein et ce sans jeu de mots

Écrit par : lovejoie | 08 avril 2016

Rappel aux commentateurs anonymes ou non : je ne publie pas des commentaires qui ressemblent davantage à des éructations dénigrantes qu'à une réflexion un minimum élaborée.
Dans le cas présent, si la définition donnée de la poignée de main vous surprend, allez d'abord sur google pour vérifier.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 09 avril 2016

Je retransmets ici un commentaire qui m'a été envoyé à mon adresse personnelle : "La poignée de main: symbole de respect, d'honnêteté et de pureté d'intention. Que cache le refus d'un tel geste, certes devenu anodin et presque "automatique", si ce n'est un signe de mépris et de manque de savoir-vivre de la part d'individus (probablement conditionnés), qui prétendent être intégrés dans une société dont ils exigent tout sans rien vouloir lui reconnaître en contrepartie. Quels droits autres que les leurs accordent-ils à ceux qui vont dans leurs pays ?"

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20 avril 2016

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