02 avril 2016

L’argentocratie en médecine

Autrement dit, la gouvernance par l’argent. Le monde occidental fonctionne selon les principes des économistes et des financiers. Même le domaine de la santé et de la maladie y est soumis.


Je désire rebondir sur l’article très pertinent de Mauro Poggia  qui démontre bien à quel point notre système de soins dépend de calculs et de son frère presque siamois : les statistiques. Ainsi donc, le parcours vers la santé, état dynamique, complexe et donc vivant est limité par des calculs bien matériels, faits par des machines bien définies selon des logiciels bien précis. On n’y trouve plus la vie qui grouille, le patient avec ses multiples dimensions, les moyens les plus originaux pour recouvrer la santé. Tout est codifié, défini, délimité. Ce formatage se retrouve constamment dans notre vie quotidienne. On a peur de la vie qui grouille, de la créativité sans limites, de l’originalité sans bornes. Quand nous réveillerons-nous pour découvrir les potentiels énormes qui sommeillent en nous ?

 Une commentatrice de l’article de M. Poggia a souligné . « …Santésuisse utilise la 3ème catégorie des mensonges - à savoir les statistiques - ce qui lui permet de confondre à son gré efficacité (d'un traitement pour le patient) et efficacité (économique) pour l’assureur. Cette dame affirme aussi : « alors que son rôle devrait se borner exclusivement à la gestion administrative de l'assurance-maladie. ». Cette évidence incite aussi à se demander comment Santésuisse peut s’arroger un pareil nom alors que la santé est un état naturel, la résultante de différents équilibres. Certainement pas en premier de l’équilibre financier ! Ainsi, c’est l’accès à cet équilibre qui a des coûts. Un thérapeute – selon une définition qui m’a été donnée lors d’un stage- est celui qui accompagne un être sur le chemin de son salut. Par conséquent, pour employer les mots adéquats, c’est l'accompagnement qui a un coût puisque tout travail mérite salaire. De ce fait, personne n’a le droit de s’arroger le fait de donner la santé. De plus, les assurances ne remboursent que certains soins donc de loin pas tout ce qui conduit à la santé. Ainsi donc, le mot-clef les coûts de la santé est un abus de langage mais qui fait ronronner le monde politique et les citoyens. Je suis toujours effarée de voir le nombre d’articles de journaux qui parlent des coûts de la santé plutôt que des moyens humains pour y parvenir. La conséquence la plus magistrale d’une pareille rationalisation économique des soins est que les malades ne recherchent plus le médecin qui sommeille en eux mais sont dépendants de produits miracle qui atténuent certes les souffrances, mais qui, fort souvent, dévient le cours de la maladie. Ils ne règlent pas le problème de fond, d’où les maladies chroniques (l’âge n’est que la conséquence de cet attitude et non pas la cause).

Pour reprendre la définition de la statistique, je me souviens de la déclaration d’un de nos professeurs de chirurgie : « La statistique est au médecin ce que le réverbère est à l’ivrogne, il le soutient plus qu’il ne l’éclaire ». A l’époque – il y a plus de 40 ans – l’assurance maladie n’était pas encore obligatoire et les soins n’étaient pas codifiés « protocolés » comme aujourd’hui, ce qui laissait une liberté, une responsabilité certaine à tous les acteurs du système médical. Aujourd’hui, le médecin doit se conformer à des systèmes codifiés, sous peine d’être poursuivi en justice ou simplement d’être sommé de rembourser aux assurances ses « débordements » des statistiques. Un triste exemple en sont certains traitements psychiatriques où, quand le psychiatre a atteint un degré de confiance avec un patient, il le réfère à un confrère afin que sa statistique par patient par année ne déborde pas. A quand des hurlements de contestation sur la voie publique ?

Commentaires

Merci pour cet article. Il y a 40 ans, disparaissait l'Assurance-Maladie pour voir apparaître l'Assurance-Santé.

La santé, que personne ne peut encore définir, appartient au monde médical comme l'éducation, autrefois réservé aux parents, est devenu la responsabilité des "éducateurs".... ces instructeurs magiquement transformés, au service du gouvernement...!

Écrit par : dcembre | 03 avril 2016

Voici un commentaire reçu sur ma messagerie privée, d'une personne connue qui a très bien étudié le système :
"En conclusion au bilan annuel des comptes tant des assureurs que des (26) systèmes de santé, que constate-t-on ? QUE DES CHIFFRES, relatant les résultats obtenus! Tout est donc fonction du bénéfice réalisé, qui va définir la politique à adopter pour garantir l'année suivante un résultat encore meilleur.
Cependant point de chiffres pour l'humain sur les bénéfices autres que financiers de ces politiques de la santé."

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06 avril 2016

En effet très bon commentaire ! in sait qu'il faut de tout pour faire le monde mais il ne s'agit pas de mélanger les professions
Il s'agit de savoir qui est qui et qui fait quoi surtout de nos jours ou le plus souvent on entendra c'est pas ma faute c'est l'ordinateur et blablabla
En 2000 on disait, d'ici qu'on mette un cordonnier aux commandes d'un Air Bus cela ne va pas tarder
On vit dans un monde bizarre et qui croit que l'informatique va tout résoudre et plus on avance plus on assiste à une décadence jamais aussi visible et ressentie qu'aujourd'hui
Donc il faut rendre à César ce qui lui revient de droit !

Écrit par : lovejoie | 06 avril 2016

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