03 octobre 2015

La délégation de la santé a un coût (2)

Il y a quelques jours, le collaborateur d’une maison de sondage par téléphone m’interpellait pour une seule question : « combien de patients avez-vous par jour ? ». Ce sondage, me dit-il,  est mandaté par le système de santé suisse pour une amélioration de la communication entre les assurances et les médecins.


Voici donc un nouveau type de délégation en sus de ceux que j’ai soulevés dans ma précédente note : celle des sondages. C’est très à la mode. Ainsi, on délègue à des chiffres le pouvoir d’influencer le cours d’une dynamique humaine et on donne aux chiffres des pouvoirs alors qu’ils ne disent rien des intentions et des mouvements d’âme et d’esprit qui les sous-tendent. C’est un peu comme les mots-clefs, ils donnent un logo à qui l’on mandate de résumer un tout, en escamotant souvent l’essentiel.

Ainsi, il s’agissait de déclarer si j’avais de un à dix patients par jour ou si j’entrais dans une autre tranche. Une telle question montre une absence totale de prise en considération du contenu des consultations. Ainsi, l’activité médicale n’a plus de place, seule compte l’économicité du système.

Quand on parle du « système de santé suisse » en faisant référence au système des caisses-maladie, il est évident que ce système limite drastiquement l’art médical a ce qui est contenu dans la vision des assureurs. Or l’art médical est bien plus vaste que la vision des gestionnaires des finances. De plus, le système de santé relève aussi d’une vision politique qui est nettement plus étendue puisqu’elle est perçue par des mouvements politiques variés. Il serait peut-être temps d’effectuer un grand sondage auprès de la population pour connaître ce qu’est vraiment le système de santé suisse, je dis bien de santé et non pas seulement des maladies et des soins étiquetés « conformes » par le système en cours.

Quand on parle des coûts de la santé, on devrait plutôt parler des coûts des assurances maladie. En finançant un tel sondage - en fait sur les cotisations des assurés - , les assureurs ne se préoccupent nullement de soutenir l’art médical et, par là, une meilleure santé.

Commentaires

Comment savaient-ils que vous étiez médecin? d'habitude ils ne connaissent pas ces détails.

Écrit par : grindesel | 03 octobre 2015

Merci, grindesel pour votre intérêt.
En fait, si le système de santé suisse, à savoir Santésuisse, mandate une agence pour un sondage, il est dans l'ordre des choses qu'ils donnent l'adresse des médecins qu'ils veulent sonder. Pour qu'un médecin soit remboursé, il a un numéro et fait partie d'une liste que possède Santésuisse.
Cette association d'assureurs a même le pouvoir de sommer un médecin de quitter le système d'assurance-maladie si sa statistique de coût par patient et par année dépasse les statistiques des médecins de sa catégorie.Santésuisse ne regarde pas le rapport économicité-efficacité.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 03 octobre 2015

A mon avis c'est quand même une intrusion dans votre sphère (privée ou professionnelle) car je pense que santé suisse par les voies officielles et courriers peut très bien vous envoyer ce genre de question et n'a pas à confier ce boulot à des instituts privés qui se contentent de faire des croix dans des questionnaires sans savoir de quoi ils parlent. Bon dimanche.

Écrit par : grindesel | 03 octobre 2015

grindesel, votre avis est digne d'intérêt car il soulève le sujet de l'intrusion.
Effectivement Santésuisse non seulement pourrait envoyer un courrier mais de toutes façons, cette organisation possède les données de tous les médecins, de tous les patients et de toutes les prestations.
De nos jours, il est malheureusement entré dans les moeurs d'effectuer des sondages pour divers objets. C'est un geste froid et mathématique qui ne tient aucun compte des la relation humaine. Du reste, je me suis fait boucler le téléphone au nez quand j'ai refusé d'entrer dans des sondages!
Avec un pareil mode d'entrer en contact avec les médecins, comment le système de santé suisse peut-il espérer "améliorer la relation avec les médecins" comme le prétendait mon interlocuteur? Surtout qu'il a été bien incapable de me l'expliquer quand je l'ai questionné.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 04 octobre 2015

Les commentaires sont fermés.