15 septembre 2013

Meurtre d'Adeline, quelles responsabilités?

Il est coutume de chercher des fautifs. Dans un premier temps, les gens en colère montrent du doigt  et de la langue des personnes contre qui se défouler. On l'a vu avec le drame bien plus vaste du 11 septembre: il fallait un coupable qui paie : on l'a assassiné lâchement et, de plus, sans jugement pour éviter qu'il ne dise la vérité des rouages complexes de cette catastrophe.


 Or un drame aussi monstrueux est la résultatnte de beaucup de pensées, gestes et actions.

Dans la presse de ce jour, il est question de changer les normes des récidivistes, d'en faire un registre, etc.

Rien n'est dit par exemple au niveau des psychiatres à qui les juges se réfèrent toujours dans des cas de ce genre. Concernant le meurtrier de Marie, les avis avaient divergé. Y aurait-il une psychiatrie de base, avec des critères très bien définis et une psychiatrie alternative qui cherchent entre les mailles du filet du catalogue des critères médicaux-psychiatriques? En tous cas, nous nous trouvons là devant une insuffisance de la connaissance ou, du moins, de la prise en compte de la violence de certains individus.

 La réinsertion professionnelle a été mise en avant. C'est une idée séduisante et louable. Toutefois, on l'a vu, elle permet à un assassin d'en utiliser l'intention pour parvenir à ses propres intentions d'une tout autre nature.

Si un assassin voit le cours de sa vie transformé par un jugement pénal, il semblerait que la première insertion à viser serait de guérir de sa propension à violer et tuer, en d'autres mots, réinserer sa dignité humaine là où est la faille active. C'est ce qu'une psychiatrie intégrative des différentes connaissances de l'être humain doit pourvoir définir. Sans quoi, inutile de libérer un assassin s'il garde en lui sa tare!

Je me souviens d'une histoire racontée par un médecin français. Un homme avait été condamné pour le meurtre de l'amant de sa femme. Il avait eu une tenue exemplaire pendant tout son séjour en milieu carcéral et psychiatrique. Lors d'une dernière réunion des responsables médicaux et juridiques avant sa libération, tous les éléments d'une liste de facteurs positifs étaient présents. Un participant eut alors l'idée de demander : « Si vous voyez votre femme avec un amant, que ferez-vous? » La réponse fut immédiate : « Je le tuerais ». Ainsi, en cherchant bien, il y a toujours des tests possibles, académiques ou en médecine alternative, pour détecter l'élément clef.

Dans le cas des meurtriers de Marie et d'Adeline, il y a certainement un ensemble de fautes, erreurs et mauvaises visées qui sont à la base de ces drames. C'est tous ses éléments qu'il vaut la peine de chercher plutôt que d'attaquer l'un ou l'autre service.

Il y a aussi une autre leçon à tirer: Selon le lien cité, la mère dit qu'Adeline voulait quitter ce travail où elle ne se sentait plus en sécurité. C'est aussi un élément actuel de tellement bien calculer son existence – ici, je donne mon congé et trouve un autre job - qu'on ne donne pas assez d'importance à ses intuitions qui, elles, sont immédiates. De plus, un employé est souvent trop soumis à la hiérarchie pour oser se rebeller et refuser un ordre pour obéir à son intuition profonde, à ne pas confondre bien sûr avec une impulsion momentanée.

Un exemple : Un lieutenant avait donné l'ordre à un véhicule transporteur d'hommes de passer sur un pont. Le conducteur refusa, se fit menacer de sanctions et continua de refuser. Le conducteur d'un deuxième véhicule accepta l'ordre et un accident survint, causant la mort d'hommes.                         Le premier conducteur était un agriculteur, bien ancré dans la réalité, le second un intellectuel, bien ancré dans les idées......

 Si nous nous sentons si concernés par le drame d'Adeline et de son bébé, c'est bien que ce drame complexe touche en nous plusieurs dimensions.

Commentaires

Je veux bien adhérer à votre analyse. Toutefois, j'ai juste l'impression que c'est encore une fois le moyen de "noyer le poisson" et pour finir plus personne n'est responsable. Alors revenons aux sources :

Tu ne tueras point!.....final!

Je ne suis pas pour la peine de mort, alors que fait-on? On les fiches complètement et totalement, une vraie mise à nu, sur un registre nationale à la portée de tous ceux qui sont en contact ou relation avec l'individu!

Et dans l'intervalle c'est emprisonnement pour une longue durée à l'écart de la communauté et sans aucun contact avec cette dernière pendant toute la durée.

Sévère oui.....mais si cela en faisait réfléchir plus d'un avant de passer aux actes odieux, effroyables dont nous sommes saturés!

Écrit par : Corélande | 15 septembre 2013

Merci, Corélande, pour votre réflexion qui ouvre le débat.
Ce que la société fera de ce genre d'individu dépend des coutumes en cours dans la nation concernée. A Genève, on se réclame beaucoup de la laïcité donc on aura une réponse plutôt terre à terre. On peut dire aussi "oeil pour oeil, dent pour dent". Et même, la décision politique fut de couper les sorties à tous les prisonniers comme si tous étaient semblables et avaient commis les mêmes horreurs. Cette démarche est vraiment terre à terre et nous fait penser aux punitions collectives de notre jeunesse.
Pour un meurtre odieux, la peine de mort serait au même niveau.
Chez nous, elle est abolie donc la peine sera importante.
Le problème est que faire du prisonnier pendant tout ce temps? Pour vous, c'est l'emprisonnement de longue durée, cela signifie que toute son existence pendant cette durée dépendra de son acte, ce qui identifie l'homme à son acte. De plus, vous y voyez une leçon à donner à d'autres.
Là, je ne crois pas. Ces actes, même prémédités viennent du profond de l'être humain et je ne pense pas qu'une information de ce qui serait survenu à d'autres le touche à ce moment-là.
Alors, on revient aux sources du Principe : Tu ne tueras point!
Les grands Principes proviennent d'une cosmogonie globale. Par conséquent, tout est relié. Si nous prenons une vision moins laïque de l'être humain, celui-ci est en cheminement dans l'existence pour apprendre et croître, pas seulement jusqu'à la maturité physique, tout en faisant des faux pas, plus ou moins énormes! Par conséquent, il manifeste différentes immaturités sur différents plans. Si nous partons du fait que tout geste correspond à une pensée, une parole et une action, conscients ou inconscients, alors nous verrions que la "trahison" d'un principe peut dépendre de beaucoup de facteurs, jugés plus ou moins sévèrement par la société dans laquelle nous vivons.
Ainsi, l'élan de tuer provient d'un mouvement de l'être tout entier. Que vit cet être à ce moment-là pour décider de son geste? C'est cela qu'on essaie de déterminer et de dénoncer. Si nous considérons que l'être est en croissance, un point de lui où il se trouvait coincé l'a fait dévier. Or, lêtre humain peut transmuter en son for intérieur selon le cheminement personnel qu'il fait, en prison ou en milieu psychiatrique. Plus il y sera stimulé par des facteurs constructifs sur plusieurs plans, plus il y parviendra.
Il n'est alors plus le même homme et il n'y a plus la nécessité de protéger la société, laquelle, on ne le dit pas assez, n'a plus besoin par la même occasion de dépenser de fortes sommes pour les maintenir enfermés.
Si vous l'enfermez longtemps et durement, son processus intérieur peut se figer et alors, à la sortie même des dizaines d'années après, ce processus peut se réaviver.
Le point clé est de pouvoir définir s'il a guéri des éléments qui l'ont fait dévier, ce qui relève d'une psychiatrie fine ou de l'intuition cognitive de certaines personnes habituées à percevoir ce qui réside au coeur d'un individu.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 15 septembre 2013

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