01 janvier 2013

2013 : Révolte ou Rébellion?

Le sujet de cette note m'a été suggéré par la fugue de Camille et Geneviève à Notre-Dame-des-Landes. Révolte et rébellion ne sont pas forcément faciles à différencier tant les mouvements intérieurs de l'être humain sont complexes, se suivent de près ou sont mêlés.


 Révolte porte en soi une volte, un retournement contre quelque chose ou quelqu'un. Dans les réponses à ce qui nous arrive, nous commençons par être enfant et soumis, puis adolescent avec révolte mais soumis, puis adulte et créatif. Je perçois la rébellion comme un geste beaucoup plus global de l'individu, entrant en scène pour un véritable retournement de la situation. Dans rébellion, il y a la racine latine « bellum » = la guerre mais aussi « bellis » = la pâquerette... Tout dépend de la motivation profonde de détruire ou de construire.

 Dans l'exemple des jeunes filles fugueuses, nous avons la révolte contre les parents pour les quitter brutalement et également contre l'école pour abandonner momentanément des études.

En revanche, il y a rébellion pour participer au changement d'une situation inadmissible comme la construction d'un aéroport sur des terres agricoles et l'appropriation par une minorité économique et politique de ce qui appartient au peuple. Nous retrouvons là ces mouvements citoyens de plus en plus nombreux qui relèvent d'une vraie démocratie. Ces nombreux citoyens qui profitent de l'internet et qui n'auraient pas la chance d'être élus un jour s'ils ne savent pas s'exprimer en public!

 Cette distinction apparaît aussi dans le conflit Palestine-Israël. La révolte conduit aux lancements de roquettes qui ne modifient toutefois pas la soumission des Gazaouis. A cela rétorque l'Etat d'Israël, dans une dynamique tout aussi adolescente en ce sens que la situation d'insécurité que le gouvernement met en avant ne se modifie pas pour autant.

En contrepartie, la rébellion alimentée en profondeur a abouti à la reconnaissance de la Palestine comme état observateur. A quoi Israël a de nouveau répondu par des mesures de rétorsion, qui relèvent plutôt de la révolte et dénotent de sa soumission à un état de fait que sa politique est inapte à résoudre.

 Au niveau économique, nous constatons des situations où la population ne se révolte pas encore assez, tant les faits sont énormes. Nous nous trouvons devant des monstres comme de petits enfants face à un père imposant. Il s'agit par exemple de l'achat par le groupe Rosnef de TNK-BP pour la somme de 55 milliards de dollars. Une telle transaction effectuée par un petit nombre de personnes dans un salon confortable ne représente pas les centaines de milliers d'ouvriers qui devront travailler, souvent dans des conditions éloignées de la santé et de la dignité humaine, pour que cette somme devienne concrète. De plus, cettte transaction fait fi des urgences écologiques. Pour l'instant, peu d'individus s'expriment sur de tels sujets. Un homme toutefois, adulte et créatif, a réalisé un film – Le Capital - qui illustre bien comment « prendre aux pauvres et donner aux riches ». Il s'agit du réalisateur Costa-Gavras qui, avec sa sagesse d'homme d'âge bien mûr, a l'audace et la pertinence d'aborder le sujet.                                                                                                                    Toutefois, il dit bien qu'un cinéaste est là pour montrer. Au peuple de se révolter puis de se rebeller.

Au niveau économique, il y a bien des îlots de réaction voire de rébellion mais ce n'est pas encore une foule unifiée qui manifeste dans notre monde globalisé. De telles impulsions se voient toutefois de plus en plus, comme à Notre-Dame-des-Landes. Il est patent que ce soit des jeunes filles qui le révèlent au grand public et nous montrent que chacun, avec les moyens du bord, peut s'engager pour que cesse un système monstrueux.

 Alors, pour chacun de nous, à chaque instant de 2013, exprimerons-nous une révolte ou une rébellion pour changer ce qui entrave les intuitions que nous portons au plus intime de nous?

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