08 février 2012

Mourir parmi les Indignés

Alors que beaucoup de discussions se déroulent au niveau politique, utilisant le fait tragique de la mort d'un homme pour chercher des coupables et exacerber la polémique au sujet du camp des indignés sis au Parc des Bastions, on s'éloigne de cet homme jeune venu mourir en ce lieu.


 Il y a ceux qui ont la fureur de vivre, il y a ceux dont le désir s'éteint. Cet homme jeune ferait plutôt partie de ces derniers, après de nombreuses souffrances combattues certainement avec beaucoup de moyens dont des médicaments. Un enchaînement de faits connus et inconnus l'ont amené à se laisser mourir de froid au Parc des Bastions. Sa mort correspond à son cheminement, elle n'est pas à dissocier de toutes ses années d'existence.

Ce qui est original par rapport à ceux qui quittent la vie en se pendant ou se tirant une balle, il est venu mourir auprès de ceux qui représentaient le mieux sa famille affective : des indignés, Il avait probablement une indignation qui stagnait au fond de son âme et il n'a pas su ou pas pu l'exprimer mieux que de simplement rechercher la compagnie des indignés de sa région.

Un aspect particulier, c'est qu'il est décédé dans un endroit très public, très médiatisé. Sans doute que d'autres dans la région sont morts de froid mais dans une solitude absolue qui gêne moins la population puisque le drame ne se déroule pas au vu et su de tout-un-chacun.

Une mort ainsi tragique révèle bien la dynamique de notre société et non seulement celle de la politique de nos dirigeants. Les Indignés nous l'ont révélé à leur insu.

Commentaires

Nous devrions savoir qu'aucune victoire ne vaut un mort.

Écrit par : Charly Schwarz | 08 février 2012

Merci pour cette profonde réflexion, qui contraste avec l'indécence des polémiques partisanes autour de la mort d'un homme.

Écrit par : Hani Ramadan | 09 février 2012

N'importe où hors du monde

Anywhere out of the world

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre.Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme " Dis - moi mon âme, pauvre âme refroidie,que penserais-tu d'habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud et tu t'y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l'eau ; on dit qu'elle est bâtie en marbre et que le peuple y a une telle haine du végétal,qu'il arrache tous les arbres. Voilà un paysage fait selon ton goût, un paysage fait avec la lumière et le minéral et le liquide pour les réfléchir !Mon âme ne répond pas." Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux - tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras - tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l'image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mats et les navires amarrés au pied des maisons.Mon âme reste muette.Batavia te sourirait peut-être davantage, nous y trouverions l’esprit de l'Europe marié à la beauté tropicale

Pas un mot. - Mon âme serait - elle morte ?" En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S'il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort -. Je tiens notre affaire, pauvre âme ! nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c'est possible ; installons - nous au pôle.Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant... Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres cependant que, pour nous divertir les aurores boréales nous enverrons de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d'un feu d’artifice de l’enfer !Enfin, mon âme fait explosion et sagement elle me crie : " N'importe où ! N'importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde !

Au défunt des Bastions, par Charles Baudelaire

Écrit par : pachakmac | 09 février 2012

Merci beauooup, Pachakmac, pour évoquer l'âme de ce défunt et les possibles échanges entre un individu et son âme. Dans les temps actuels, le dialogue ou peut-être mieux l'écoute de son âme reviennent doucement à la mode et offrent une autre dimension à l'existence.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 09 février 2012

Belle analyse Dr MEURON.

Écrit par : Gorgui Ndoye | 09 février 2012

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