11 janvier 2012

Les médecins sont-ils des trieurs, des dépanneurs ou des praticiens de l'art médical?

Un article de la TdG de ce jour titre : « les pharmaciens vont ouvrir les portes de leurs officines aux médecins »nous présente une nouvelle formule de pratique médicale, avec intermédiaire.


 Le titre évoque une grande ouverture alors qu'il ne s'agit que de mettre à disposition une caméra interposée entre clients et médecins, après un appel à la centrale téléphonique de MedGate. Ce dispositif, dit l'article, « consiste à élargie les prestations du pharmacien... Cela pourrait entraîner d'importantes économies en réduisant le nombre de consultations, en particulier aux Urgences, et en améliorant les échanges d'information entre les fournisseurs de prestations. »

Tout est calculé en vue d'économie de temps et d'argent. C'est vrai qu'il est inadmissible que le service d'urgence d'un hôpital universitaire doivent recevoir les maladies courantes car sa structure et son organisation coûtent très cher.

Ce qui est frappant, c'est que tout est organisé pour l'économicité des actes et non pour une plus grande efficacité de l'accompagnement de la personne qui traverse un problème de santé. Si nous tenions compte des possibilités de chaque individu de prendre conscience de la nature de sa maladie, de ses mécanismes organiques, de son mode de fonctionnement, une bonne partie de la démarche thérapeutique ne découlerait plus du travail du corps soignant. Je suis frappée de la réflexion linéraire et brève trop souvent entendue: j'ai mal, je prends un antidouleur. Alors que la maladie c'est le « mal a dit » et qu'il vaudrait mieux comprendre le signal qu'il nous donne. On n'aurait pas l'idée d'éteindre un clignotant dans une voiture alors qu'il nous indique qu'il manque de l'huile dans le moteur.

Nous sommes dans une ère où nous cherchons à tout camoufler mais « chasser la nature, elle revient au galop ». Heureusement qu'actuellement, le monde se réveille; beaucoup de faits ou d'attitudes camouflées remontent à la surface. Même pour la médecine conventionnelle occidentale, un courant d'indignation monte dans la population mais n'ébranle pas encore suffisamment tous ceux qui imposent leurs modes de pensée et de pratique.

Les dirigeants répètent que nous allons manquer de médecins. Certes, ceux qui sortent de la faculté de médecine sont en diminution; à signaler aussi que ce n'est pas pour rien que ce sont les femmes qui sont maintenant majoritaires dans les études de médecine car les hommes n'y trouvent plus leur compte. En réalité, il y a beaucoup de thérapeutes qui pourraient combler le manque de praticiens de premier recours mais l'organisation du système sanitaire fait semblant qu'ils n'existent pas. De plus, bien des méthodes thérapeutiques seraient plus adéquates que des médicaments de laboratoire trop systématiquement prescrits. A la nier la réalité coûte cher comme la situation actuelle le démontre.

Si on en revient à la consultation par caméra interposée, bien des éléments peuvent échapper au médecin. A commencer par la poignée de main qui en dit long sur une personne. Ensuite la façon de se déplacer puis de s'asseoir. De plus, la malade a eu le temps de s'installer chez le pharmacien et le médecin manque l'état dans lequel il arrive. Le dialogue sera forcément très limité sur les symptômes d'appel et non sur le vécu profond du patient qui l'aura amené à la souffrance du jour.

En fait, le médecin est de plus en plus réduit à n'être plus qu'un trieur ou un dépanneur.

Il faut reconnaître que très souvent, ce sont les thérapeutes alternatifs qui prennent le relais en écoutant les malades, en les percevant avec tous leurs sens concrets et subtils, en leur permettant de prendre conscience de ce qu'ils vivent et de la relation avec leurs symptômes. Dans leur cursus de formation, ils apprennent aussi à détecter la différence entre un cas aigu et un cas urgent et sont en mesure de les envoyer aux services d'urgence.

Et puis, puisqu'il faut parler d'économie, leurs prestations coûtent moins cher que celles des médecins diplômés!

Commentaires

"On n'aurait pas l'idée d'éteindre un clignotant dans une voiture alors qu'il nous indique qu'il manque de l'huile dans le moteur."
Difficile de trouver meilleure formule !
Il semble en effet que la coupure, l'inscription d'une distance entre soi et soi qui fait que tant de personnes se vivent étrangères à elles-mêmes par abandon, voire confiscation de leur pouvoir de se prendre en charge, et donc en premier lieu par manque connaissance d'elles-mêmes et de leurs besoins, mène à des désordres auxquels les réponses apportées défient l'entendement...

Écrit par : Nicole | 13 janvier 2012

Merci, Nicole, de participer avec des mots si justes au débat.
C'est vrai, je suis souvent surprise du manque de présence à soi de la part des personnes que je côtoie.
Notre société est tellement dans l'objectif de l'efficacité matérielle que le corps et la personne-même ne sont considérés que comme des véhicules pour obéir aux besoins de cette efficacité et non pour épanouir tous leurs potentiels.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 15 janvier 2012

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