22 novembre 2011

Le cauchemar de la rentrée scolaire

C'est ce que je viens de partager avec beaucoup d'enfants, de jeunes et de parents du village de Peycouck au Sénégal.

Ici, le drame consiste à ne pas pouvoir fréquenter l'école jusqu'au bac. Parents et enfants considèrent l'école comme l'unique débouché possible pour s'extraire de leur pauvreté.

 

 

 


En fait, au début de l'année scolaire, il faut débourser le prix de l'inscription qui correspond à une cotisation pour le fonctionnement de l'établissement fréquenté. Si l'élève n'apporte pas cette somme, il est renvoyé après un délai de quelques semainesi. C'est dans cette période que je les ai rencontrés. Plus de deux cents enfants et adolescents se présentèrent à moi et autant restèrent en rade. Considérée comme une assisistance sociale, j'ai écouté la situation familiale de chacun. Leurs épreuves ont de quoi forger leurs caractères mais aussi d'en casser à vie.

Leur village, intitulé "village de reclassement social", regroupe des lépreux et leurs descendants depuis des décennies. Village pauvre où personne n'a envie d'investir. Village où les écoles depuis la maternelle ont été construites sous l'impulsion des parents qui se sont battus avec l'état afin que leurs enfants ne traversent pas la misère qu'ils ont connue.

Toutefois, entre des parents estropiés, handicapés ou décédés, les enfants peinent ou ne parvienntent franchement pas à réunir les sommes exigées pour les vêtements - chaussures obligatoires -, les fournitures et les livres. De ce fait, certains doivent renoncer à être scolarisés.

Grande fut ma surprise quand, soulagée d'avoir pu participer à l'inscription de certains élèves, je les vois revenir renvoyés pour avoir manqué d'un livre.

Une cohorte d'enfants m'attendaient ou me suivaient partout, grossissant en fin de journée. Un dimanche, certains patientèrent derrière ma porte de 16h à 23h...... Puis ils devinrent de plus en plus intrépides, passant par dessus le grillage de la propriété où je logeais, envahissant les cours des familles que je fréquentais, formant un attroupement dès que je m'arrêtais dans la rue.

Le drame est amplifié du fait que la parenté survivante se doit de recevoir les orphelins alors qu'elle n'en a pas les moyens, voire pas le riz quotidien. Bien des enfants ne mangent pas à leurs faims. S'ajoute à cela le fait que les lycéens doivent marcher 1/2 heure jusqu'au collège et n'ont souvent pas de quoi s'offir un repas à la cantine à un prix déjà dérisoire.

 

IMG_0445.JPGPhoto : enfermée dans mon logement, je voyais des mains se tendre à traver les volets et des billets présentés: "aide-moi, nous sommes pauvres, je ne suis pas encore inscrit".

Un soir, retranchée dans un cybercentre, au vu des cris et du nombre de jeunes, le chef de quartier a pris peur et a convoqué les gendarmes de la ville voisine (Thiès): Il avait peur pour ma sécurité, disait-il, mais en fait il craignait surtout qu'un incident ne ternisse la réputation du village.

En réalité, je n'ai subi aucun geste menaçant de tous ces jeunes qui hurlaient seulement leurs besoins et leurs désarrois.

Commentaires

Merci pour ce témoignage touchant.

Savoir c'est pouvoir. Ne pas savoir c'est mourir. Donc ne pas dispenser la population de savoir c'est la laisser mourir. Il y a des crimes contre l'humanité qui se perdent...évidemment la plupart s'en foutent...

Bien à vous!

Écrit par : plume noire | 22 novembre 2011

espérons qu'en ce pays les Pentecotistes ne mettent pas des batons dans les roues au gouvernement comme c'est le cas pour le Brésil et ailleurs

Écrit par : lovsmeralda | 22 novembre 2011

Il faut sortir des lieux communs. L'école avec des livres et des cahiers, c'est comme la médecine allopathique, cela ne fait que nuire à l'éducation. Il faut distiller l'enseignement de manière homéopathique, quelques bribes bien dissoutes par ci et par là, et les petits apprendront mieux sans nuisances de bourrage de crâne. Dans ces pays-là, comme chez nous, il faut extraire les enfants de ces écoles nuisibles et ne leur dispenser que quelques heures par année d'enseignement bien ventilé. Plutôt que de mal éduquer 100 élèves avec du bourrage de crâne, on peut en scolariser 1000 pour le même prix avec l'enseignement homéopathique.

Écrit par : Armand Lothar | 23 novembre 2011

Heureusement qu'il vous ont, qu'ils peuvent faire l'expérience d'autres, empathiques et conscients.
Le problème du pillage de l'Afrique par l'Occident et ses conséquences, telles que celles que vous décrivez, semble sans fin. Je ne vois pas quelle solution penser, alors même qu'une telle dysharmonie mondiale a des implications que personne ne peut évaluer.
Juste un instant se représenter la planète comme un corps, et essayer de penser un diagnostic...

Écrit par : Nicole | 23 novembre 2011

Un chaud merci pour vos commentaires très percutants et pertinents.
Le sujet est complexe.
Hier, j'ai vécu une expérience toute différente.
J'ai visité un village proche d'une grosse localité touristique. Et pourtant, les cases étaient faites à la mode traditionnelle, les hommes et les femmes vont pour la plupart aux champs et les jeunes enfants vont garder les troupeaux. Plusieurs sont donc privés d'école. Dans ce village qui n'a pas été transformé par les soutiens étrangers, personne ne tend la main ou ne demande un cadeau. Un enfant de trois ans m'a proposé son aide en portant ma bouteille d'eau! Ils ont gardé un esprit libre mais ne pourront pas se défendre encore longtemps contre la "civilisation" qui est à leur porte, par exemple en prenant les terres qui ne sont pas cultivées mais leur appartiennent depuis la nuit des temps.
Il est donc juste de trouver un équilibre entre le savoir occidental et les cultures traditionnelles. J'ai été choquée d'entendre les jeunes de Peycouck vouloir devenir, pour les deux tiers d'entre eux environ médecin et un quart militaire. Leurs motivations: soigner les malades et bien gagner leurs vies pour aider leurs parents. Leurs élans personnels ne trouvaient donc pas de place.
En Suisse, c'est moins grave mais il est vrai que la scolarité sur les bancs d'école serait à revoir. Il y a tant de choses à apprendre dans les expériences concrètes ou sensibles. Le désintérêt de tant d'élèves pour l'école prouve bien que le système doit être reconsidérer en profondeur. Un autre élément qui va dans ce sens est que ce soit en Suisse ou au Sénégal, les observateurs attentifs sont surpris de la baisse du niveau des élèves.
Il est tragique que la colonisation ait imposé ses modes de fonctionnement jusque dans les modes pédagogiques.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 23 novembre 2011

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