15 mai 2011

Chercheurs et explorateurs

 

Dans notre structure académique, nous trouvons beaucoup de chercheurs inclus dans un système scientifique. Ils participent à un certain état d'esprit qui a ses codes et son propre langage nécessaires tant pour leurs démarches que dans leurs communications


Il existe aussi des chercheurs indépendants, comme les chercheurs d'or.

Le petit Robert nous dit que chercher, c'est : « S'efforcer de découvrir, de trouver qqn ou qqch. ».

Découvrir, signifie « dégarnir ce qui couvre ». Ainsi, y a-t-il une visée très précise et il est compréhensible qu'on se donne tous les outils et les instruments pour parvenir à l'objet de la recherche.

Pour « explorer », je cite le petit Robert : « c'est parcourir - un pays ou autre chose - en l'étudiant avec soin.                                               Dans cette engagement, il s'agit plutôt d'être attentif à tout ce qui vient à nous, à développer des sens toujours plus subtils pour rencontrer ce qui est au-delà du connu, de l'habituel.

Explorer, c'est s'aventurer en perdant ses repères et en en gagnant d'autres.

La recherche actuelle en médecine va surtout vers l'infiniment petit, vers le mécanisme physicochimique nanométriquement perceptible, ce qui donne beaucoup de place à la biologie.

Un langage commun est alors facile à établir. La physique quantique, quant à elle, a amené de nouveaux paramètres mais ils ne sont pas ou peu mis en évidence dans les recherches médicales qui dépendent surtout de l'objectif matériel de trouver des mécanismes précis qui permettront de développer de nouveaux principes actifs ou de nouveaux moyens de diagnostic.

Où veux-je en venir?

Dans le magazine « Revue Médicale Suisse », qui se prend très au sérieux, l'éditorial du 11 mai 2011 nous apporte des déclarations qui ont suscité ma réflexion. Le titre en est : « Efficacité, adéquation, économicité, la leçon des pays pauvres aux nantis ».

Il y est vanté le mérite et  les conséquences d'un nouveau test diagnostic qui permet de dépister la malaria rapidement et de la soigner adéquatement, ce qui évite de gaspiller des médicaments pour des fièvres qui ne relèvent pas du paludisme. Ainsi, les critères d'efficacité, d'adéquation et d'économicité sont respectés.

Dire que la leçon vient des pays pauvres voudrait faire croire que c'est eux qui ont créé ce système.

Ils l'ont mis en place parce qu'ils dépendent de la médecine occidentale dans leurs organisations nationales. Les médicaments administrés ne sont certainement pas de leur création. Nous assistons donc ici au résultat de la recherche scientifique occidentale.

Dans le cas d'une démarche exploratrice, le processus serait tout autre. On explore les richesses de ces pays soi-disant pauvres qui détiennent beaucoup de trésors. Pour ce faire, il faut utiliser de nouveaux moyens, nécessaires pour entrer dans un autre mode de pensée et une autre conception de la cosmogonie, de la maladie et des buts dans la vie. Si nous savons que la relation médecin-malade est un remède en soi, la relation entre un tradipraticien et son malade l'est aussi. Explorer tous ces paramètres nécessite d'être humbles car nous n'en avons pas l'expérience.

Nous pouvons extrapoler cette expérience africaine à ce qui se passe en Suisse. Effectivement, les médecins auteurs de l'article en tirent des conclusions pour notre système de santé.

Bien qu'ils reconnaissent que « Il ne fait pas de doute que de nombreuses procédures de la médecine allopathique ne répondent pas, ou plus, aux trois critères. », ils voudraient imposer leurs modes de procéder à toutes les thérapies. Ils décrètent que les cinq médecines complémentaires - ils oublient qu'elles peuvent être alternatives - n'ont pas démontré d'efficacité par des méthodes scientifiques.

Cette litanie de manque de méthodes scientifiques est répétée à l'envi, faisant fi de toutes les études très sérieuses qui ont été faites et qui sont soigneusement collectées depuis plusieurs années par le centre de documentation pour les médecines alternatives sis à la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Genève. Gageons que les auteurs de cet article et tous les médecins qu'ils représentent n'ont jamais mis les pieds dans ce centre!

Ils simplifient les expériences des praticiens alternatifs en affirmant que ceux-ci s'en sortent simplement en disant qu'ils améliorent le bien-être du patient. Là nous nous heurtons à deux énormités. D'abord, les thérapeutes non médecins n'ont pas le droit d'informer qu'ils guérissent. Il est donc normal qu'ils disent améliorer le bien-être du patient même si telle ou telle maladie a été guérie. D'autre part, on s'arrête aux déclarations des alternatifs pour ne pas entrer en matière sur leurs pratiques concrètes. Nous ne soulignerons jamais assez que le Fonds National avait alloué une somme importante pour tester les médecines complémentaires et que notre ministre Couchepin, sous des influences académiques, l'avait interrompue juste avant le terme en renvoyant les experts étrangers mandatés pour leur plus grande rigueur scientifique. Il avait même fait détruire des documents compromettants.

Les auteurs évoquent les protocoles « rigoureux et contraignants » comme si la rigueur et la dimension contraignante n'appartenaient qu'à eux. Ils montrent là leur complète ignorance de la rigueur et des contraintes des autres médecines. Il est vrai qu'il y a de tout parmi les praticiens alternatifs mais cela ne signifie pas que les médecines alternatives elles-mêmes n'obéissent pas à des lois rigoureuses.

« Dans ce contexte, à quoi sert la recherche médicale si elle peut être pareillement mis à l'écart? » Et voilà, tout de suite les absolus, le tout ou rien! Comme l'académie pratique le « ôte-toi là que je m'y mette », elle craint de subir le même rejet de la part des autres médecines. Justement, celles-ci savent utiliser la rigueur scientifique mais elles ne se basent pas seulement sur la recherche décrite par les académiciens mais aussi sur une recherche qui s'étend dans bien plus de directions. Il est vraiment temps que les médecins qui se prévalent de la Science cessent d'avoir des attitudes papales!

« La nouvelle de la prescription de nouvelles prestations mises à la charge de la LAMAL ....discrédite les efforts de l'industrie pour la production de produits sûrs et efficaces. » Et voilà, seuls les produits issus de l'industrie mérite un label de qualité!!! De tels propos faciles à tenir devant un ordinateur mais pas sur le terrain de l'élaboration de produits alternatifs, montrent le sectarisme d'une pareille pratique. Il n'est pas tenu compte que des produits entièrement synthétisés passent par d'autres voies que les produits synthétisés par la nature. La médecine intégrative cherche à rassembler tout ce qui améliore la santé, y compris les produits de l'industrie qui ont leur place mais pas toute la place que les académiciens s'arrogent.

Ce qui est grave, c'est que ce ne sont plus les patients dans leurs corps qui prouvent l'efficactié des thérapies mais des études selon des normes qui deviennent si sophistiquées qu'elles sont constamment sujettes à discussion et à remise en cause par les scientifiques eux-mêmes. De plus, ces études montrent des pourcentages de guérison ou d'amélioration alors que ce qui compte pour nos patients c'est ce qui les concerne individuellement.

« Il ne s'agit pas d'empêcher les patients de choisir les thérapies qui amènent le plus de bien-être... » Ainsi, les thérapies alternative ne peuvent qu'amener du bien-être? Elles n'ont pas le droit de guérir parce que la Science s'octroie à elle seule ce droit?

« on devrait restreindre le remboursement à celles qui ont démontré un effet positif sur la santé ». Bien alors, on ne devrait pas rembourser les traitements très coûteux de tous les patients qui meurent quand même de leurs cancers?

Les auteurs parlent encore de traitements controversés. En fait, tant qu'ils n'ont pas d'expériences sérieuses dans les autres médecines, comment peuvent-ils être des interlocuteurs valables face aux médecins qui ont une riche expérience desdites médecines?

« Il est absolument nécessaire d'adapter régulièrement nos pratiques quotidiennes à la faveur des nouvelles évidences ». Il faudrait donc être moderne, s'adapter à la mode alors que nous savons que maints médicaments finissent par être retirés du commerce pour causes de leurs effets secondaires ou de leur limitation thérapeutique? Pourquoi ne pas s'adapter à des médecines traditionnelles qui montrent leurs succès depuis des décennies? Simplement parce qu'elles n'emploient pas la même méthode d'expérimentation randomisée en double aveugle?

« Si on veut tendre vers une médecine à coûts supportables, les autorités doivent prendre en main des décisions courageuses et non populistes. » Tout d'abord, parlons de cette médecine à coûts supportables. Bien que les 5 médecines complémentaires aient été écartées depuis quelques années, on a vu le coût prendre l'ascenceur. Et pourquoi? Tout le monde sait que cette médecine est toujours à la recherche d'un détail, recherche qui coûte cher et nécessite des moyens toujours plus techniques et toujours plus coûteux. Le développement du sens de l'observation, de la perception de la personnalité du patient, de l'intervention de sa maladie dans son chemin de vie ne sont plus développés comme auparavant et sont remplacés par des analyses ou des radiographies bien plus coûteuses. De plus, les patients sont beaucoup moins enclins à respecter leurs traitements. Il vaudrait la peine, du reste, de faire une étude sur les coûts que procurent aux caisses maladie les conséquences du manque de compliance des malades à leurs traitements.

Quant à la décision populiste, il est temps vraiment de comprendre que le peuple commence à être conscient de ce qui le soigne efficacement. Il est connu que maintes maladies ne sont pas guéries par la médecine scientifique. Il est donc naturel (!) d'aller explorer d'autres dimensions et d'autres espaces pour découvrir de réelles solutions plutôt que d'être maintenus dans un statut de malade chronique. Ce domaine a aussi ses lois dont il faut s'approcher avec rigueur plutôt que de répéter la litanie de l'inexistence de preuves scientifiques.

Il est aussi regrettable que les auteurs parlent de « décision courageuse » de la part du gouvernement alors que le gouvernement a pour mission de trouver la solution la plus adéquate en tenant compte de tous les paramètres et pas seulement de ceux édictés par l'académie de médecine.

Si la loi votée en mai 2009 doit être respectée, ce n'est pas seulement par le gouvernement, c'est aussi par le corps médical qui devrait faire preuve d'un esprit un peu plus humble face à ce qu'il ne connaît pas et avoir suffisamment d'esprit scientifique au sens large pour aller explorer les autres médecines. Et pour explorer ces autres dimensions, il s'agit aussi de concevoir qu'il faut d'autres langages que l'anglais, la biologie et les statistiques.

 

Commentaires

très bon article montrant qu'en étant politicien on est vite content de soi,on comprend le ras le bol des citoyens cobayes malgré eux et qui parlent de plus en plus de grandes lessives électorales!
bon dimanche à vous Madame

Écrit par : lovsmeralda | 15 mai 2011

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