01 mars 2011

La Renaissance africaine

Il est intéressant de souligner que le jour de l'Indépendance neuchâteloise (!), cet éditorial de "Médecine Verte" le périodique de l'ONG Internationale Prometra - Pour la promotion des médecines traditionnelles - vienne à moi. Il est écrit par un Sénégalais qui porte en lui la perception si perspicace et pertinente de tout ce qui fait l'Afrique d'aujourd'hui et de toutes les qualités qu'elle contient pour être l'artisane de sa Renaissance.


 

"LA RENAISSANCE AFRICAINE

Editorial par Charles KATY PROMETRA International

Médecine Verte - 1e Trimestre 2011 - N° 42 - Médecine Verte

La colonisation et pire encore la Route de l'Esclave parcourue par l'Afrique pendant 04 siècles, pèsent lourdement sur l'évolution contemporaine du continent. En 1500, le peuplement de l'Afrique est compris entre 600 millions et 01 milliardd'habitants. En 1900, sa population tombe à 100 millions d'habitants, soit une perte de 80 à 85 % de ses bras valides suivie d'une érosion de son unité organique, de ses sciences et techniques.

Seul le peuple amérindien a connu un tel holocauste dans l'histoire de l'humanité.

Ce passé synonyme de crimes contre l'humanité explique jusqu'à nos jours, le craquement de la civilisation africaine. Les générations présentes sont interpellées pour relever au nom des ancêtres et de tous les martyrs, les défis du développement. Tâche ardue que vient compliquer la pléthore continue de micro états issus du partage colonial.

Au plan politique, l'unité africaine bute encore sur la souveraineté intangible des frontières des pays dits indépendants. Au plan économique, outre la dépendance monétaire, le marché survit au profit de l'extérieur qui impose son diktat dans l'exploitation des ressources écologiques situées en sous sol ou à ciel ouvert.

Au plan sanitaire, la lutte contre la malnutrition n'est point une priorité alors qu'à elle seule, cette maladie tue plus que le paludisme, le VIH/SIDA et la tuberculose réunis.

Au plan culturel, parallèlement à la péjoration des savoirs endogènes, le patrimoine des peuples est exclu de la vie intellectuelle, juridique, scientifique.

L'Afrique doit puiser à la source de son apport à la civilisation universelle, ses matériaux pour redéfinir son image tronquée par l'idéologie du profit qui assujettit même ses propres dirigeants.

La conscience africaine prend à bras le corps, ses tâches d'aujourd'hui. Partout souffle le vent des changements sociaux tant attendus au prix même de s'immoler à la devanture des institutions à l'origine des misères vécues. La force du continent repose sur les épaules de la jeunesse avide d'un nouveau monde réconcilié avec sa dignité humaine.

La vie communautaire africaine a suffisamment armé ses enfants pour mettre un frein à la vulnérabilité multiforme du continent. Annonciatrice du futur, la créativité littéraire et artistique africaine clame l'intégration régionale au-delà des nationalités arbitraires. Debout, un peuple uni au pied du Kilimandjaro revendique l'initiative historique de ne point demeurer  « le champ d'expansion économique des pays développés ».

L'intelligentsia est invitée à se mettre à l'école de la sagesse africaine pour insuffler au plan scientifique, une recherche de développement endogène basé sur l'articulation des savoirs locaux et la technologie moderne.

Pour se départir de tout parasitisme dans le domaine du savoir, l'Afrique se donne le devoir de construire sa renaissance, avec ses peuples, ses langues et cultures propres.

Par-dessus tout, la renaissance africaine est salutaire aux autres peuples désabusés du carcan de l'économie marchande.

En réalisant comme un seul être, sa renaissance historique, l'Afrique accomplit sa mission au grand bonheur de notre planète en quête d'un mieux être qui trouverait dans les vertus de la civilisation du continent berceau du monde, les fondements pour son équilibre humanisant. "

 

 

Commentaires

en ce Premier Mars jour de grande marche,l'Afrique en marche se prend par la main préférant s'occuper d'elle-même toute seule ayant compris qu'en étant toujours dépendante des autres,elle n'était pas gagnante on serait presque tenté de dire,ouf,enfin le peuple Africain a franchi le seuil de l'adolescence,normal après le colonialisme ces pays restés orphelins sont entrain de montrer aux peuples des hommes blancs que ceux-ci ont aussi beaucoup à faire chez eux et qu'en somme on n'est jamais si bien servi que par soi-même ,très bon article auquel je me permets de rajouter le fait divers suivant celui de la tribu des Panans en Amazonie qui eux sont décidés par eux-mêmes à intenter un procès retentissant contre ceux spoliant leur environnement alors vive le Premier Mars journée dédiées aux révolutionnaires de bon ton malgré tout
bien à vous Madame et bonne soirée

Écrit par : lovsmeralda | 01 mars 2011

"La colonisation et pire encore la Route de l'Esclave parcourue par l'Afrique pendant 04 siècles, pèsent lourdement sur l'évolution contemporaine du continent."

Parce que les 13 (treize) siècles de la traite arabo-musulmane, ils comptent pour beurre ?

C'est lamentable. Et d'autant plus que si 70 millions de personnes descendent de la traite atlantique, la castration massive explique l'absence de descendance pour la traite arabo-musulmane. Sur ce sujet, dont vous ne savez manifestement rien, je vous renvoie au livre de Tidiane N’Diaye, écrivain et anthropologue, "Le Génocide voilé", Gallimard 2008.

Quant à vos chiffres sur la population de l'Afrique, ils sont tout simplement... fantaisistes. Les habitants se comptaient 16,5 millions à l'aube de l'être chrétienne, 33 millions en l'an 1000 et 74,2 millions en 1820.

En 1500, la terre entière ne comptait que 461 millions d'habitants. Et permettez-moi encore de vous rappeler que si la Grande Peste a anéanti la moitié de la population de l'Europe en quatre ans (1347-1350), il n'en est pas résulté une immense misère, mais la Renaissance.

Écrit par : Scipion | 02 mars 2011

Scipion,
vous venez nous faire part de votre savoir et vous étalez des chiffres du passé.
L'essentiel du message de Charles Katy n'est pas là. Il montre avec quoi doivent se débattre les Africains de l'Afrique Noire actuellement, de leurs drames de vie quotidiens, de ce qui les touche en profondeur, de ce qui freine leur renaissance.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 02 mars 2011

@MF de Meuron:

L'essentiel, c'est de s'en tenir à la vérité. Je ne crois pas une seconde qu'une idée basée sur un mensonge puisse connaître un essor heureux.

Vous trouvez correct, vous, qu'un personnage peut-être influent (je l'ignore) colporte l'idée que son peuple a connu des centaines de millions voire des milliards de morts à cause des Européens? Soit c'est vrai, soit c'est faux. Si c'est faux (ce qui me semble vraisemblable sur la base d'une comparaison des chiffres articulés avec ceux d'autres continents...), vous êtes juste en train d'encourager une entreprise de diffamation.

Les crimes réels sont suffisamment terribles sans qu'il ne faille encore alimenter la haine et le ressentiment en en inventant d'autres.

Si un Suisse vous dit que tout était tellement mieux à l'époque du serment du Grütli, époque où la Suisse rejetait les juges étrangers, vous lui direz à juste titre qu'il est en train de romancer l'histoire et qu'il ferait bien de s'ouvrir un peu. Et bien il faut se rendre compte que les grandes renaissances ethnocentriques auxquelles nous assistons ailleurs peuvent aussi être basées sur des idées mythiques, telles que celle de l'"unité organique" de l'Afrique.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 02 mars 2011

Michael Kohlhaas, Il semblerait que vous preniez un nom d'emprunt pour venir clamer un certain concept de la vérité.
Cela vous permet de raisonner plutôt que d'approcher une vérité qui est impossible à chiffrer.
Le fait est que pendant des siècles, les Européens ont achetés des esclaves, dans plusieurs régions en détruisant l'équilibre local, en y laissant des cadavres aussi bien sur place que dans les soutes des bâteaux.
Le fait est qu'actuellement, l'économie africaine est soumise au diktat des Occidentaux.
Le fait est que l'Occident agit beaucoup en sourdine pour maintenir des dirigeants en place ou pas.
Le fait est que l'écologie africaine souffre de l'invasion des Européens pour leurs matières premières et que cela se fait tant au détriment de la santé que de l'économie africaine
Votre comparaison avec « si un Suisse vous dit que... » n'est pas appropriée puisque le Suisse actuel ne souffre pas du tout de malnutrition comme les Africains d'aujourd'hui.
Si Charles Katy s'exprime ainsi, c'est qu'il vit de l'intérieur tout ce qu'il dénonce et que ces affirmations sont criantes de vérité quant aux difficultés quotidiennes auxquelles se confrontent les Africains. Rien qu'au Sénégal, il y a depuis plusieurs mois des coupures de courant de plusieurs heures. Essayez de ressentir tout ce que cela signifie dans la vie quotidienne sociale et professionnelle et toutes les répercussions qu'une telle situation amène.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 04 mars 2011

Marie-France, je dois dire que pour une fois, je suis bien obligé d'être d'accord avec Scipion et Kohlhaas. Commencer un texte quel qu'il soit par un mensonge aussi gros (ou une méconnaissance aussi abyssale des réalités historiques) décrédibilise tout ce qui peut être dit par la suite.
L'esclavage a été une monstruosité morale et meurtrière, qu'il soit chrétien ou musulman. Mais tous les problèmes de l'Afrique ne viennent pas de là, même si on y rajoute la colonisation, le néo-colonialisme et le reste, qui sont tout autant des injustices monstrueuses.
Tant que certains africains auront cette lecture là (= c'est la faute du blanc et que du blanc) qui n'est en soi pas très différente des fachos blancs de tous poils rejetant l'origine de tous leurs problèmes sur l'étranger (ou le frontalier), ils n'avanceront guère car cela évite de se poser la bonne question: "Qu'est-ce que je pourrais faire, moi, à mon niveau, pour que ça change, pour améliorer mon sort et celui de ma communauté".
Pas en se plaignant de l'injustice à la première difficulté venue, mais en cherchant au contraire à s'améliorer encore pour être en mesure de vaincre les difficultés.
Une éthique calviniste, en quelque sorte !
Heureusement, de nombreux africains l'ont compris, et ce sont eux qui ont commencé à faire bouger le continent. Vraiment.
Amitiés neuchâteloises.
ps à Kohlhaas, j'ai bien aimé votre idée de quête de la vérité. Même si je ne crois pas qu'il s'agisse d'une exclusivité chrétienne et heureusement.

Écrit par : Philippe Souaille | 04 mars 2011

Philippe, merci de venir participer au débat.
J'aimerais revenir sur vos affirmations : ""Qu'est-ce que je pourrais faire, moi, à mon niveau, pour que ça change, pour améliorer mon sort et celui de ma communauté". Pas en se plaignant de l'injustice à la première difficulté venue, mais en cherchant au contraire à s'améliorer encore pour être en mesure de vaincre les difficultés."
Je ne vais parler que des Sénégalais de la région de Dakar puisque c'est eux que je fréquente. Beaucoup cherchent de tous côtés des moyens d'améliorer quelque chose mais ce n'est pas à la première difficulté qu'ils se plaignent mais à la centaine ou à la millième car c'est constamment qu'ils se heurtent aux insuffisances du système. Chaque fois, ils se relèvent mais le manque de moyens est évident et les pas sont trop petits par rapport aux nécessités.
"C'est en cherchant à s'améliorer encore que..." Certains ont trois métiers et ne trouvent pas de travail car il n'y en a pas.
Il est vrai que, pour certains, la recherche ne vient pas à l'esprit, tant ils ont été assistés et ils gardent des réflexes d'assistés même s'ils n'en veulent plus, d'autant plus qu'il y a encore certaines âmes charitables qui maintiennent le système de l'assistanat.
Bien cordialement.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08 mars 2011

Les commentaires sont fermés.