18 novembre 2010

La Fête du Mouton

C'est du Sénégal que je vous écris. Hier eut lieu la grande Fête du Mouton, appelée ici la Tabaski.


Plusieurs jours avant, chacun se donne à la préparation de la fête et s'applique au maximum. L'effervescence de cet élan communautaire s'intensifie au fur et à mesure que s'approche le jour J.

Cette journée commence à l'aube, par l'appel à la prière, par le rappel que Dieu est Un et le plus Grand.

Puis vient le lavage du mouton. « Au niveau biophysique, l'eau est un conducteur d'énergie ; au niveau symbolique, l'eau est source de vie, centre de régénération et moyen de purification. Au niveau vital, l'eau est au deuxième rang, après l'oxygène. » (Dr E.G.)

Après le lavage, un moment de libre permet à chacun de vaquer à ses occupations, des jeunes viennent même faire du footing sur la plage !

Puis les mâles de toutes les générations se rendent à la mosquée pour la prière communautaire et la lecture de textes sacrés.

A la fin du service, l'imam accomplit le geste rituel de l'égorgement du mouton. Evidemment , ce geste choque profondément les esprits occidentaux  - surtout s'ils sont végétariens !-  Nous avons trop tendance à oublier que nos pièces de viande achetées sur nos étalages proviennent d'animaux sacrifiés sans âme par des machines et que le vécu de ces créatures en est tout aussi abrupt.

Pour approfondir le sens de l'esprit du sacrifice, j'ai consulté l'ouvrage du Dr Erick Gbodossou et du Dr  Virginia Floyd, éd. METRAF, 2004, intitulé « Symbolisme du sacrifice dans la communion et la communication avec la transcendance ».  Le Dr E.G. est un médecin scientifique mais aussi un grand connaisseur du vodou. Il est le fondateur de PROMETRA International , pour la Promotion de la Médecine Traditionnelle. Son ouvrage nous procure beaucoup d'informations sur le sens concret et symbolique des sacrifices. En ce qui concerne les sacrifices d'animaux, il nous transmet ; « De manière générale, l'animal représente des couches profondes de l'inconscient et de l'instinct. Ils sont les symboles des forces cosmiques matérielles ou spirituelles ; Ils restent en contact étroit et même permanent avec ces trois dimensions : terrestre, spirituelle et cosmique. En conséquence, sacrifier un animal à une divinité, c'est ouvrir les voies de communion et d'écoute des esprits et des divinités. Cette écoute induit une action qui conduit souvent à la résolution d'un problème ou la satisfaction d'un besoin. Quel que soit l'animal sacrifié, l'élément le plus important, le plus commun est l'offrande du SANG de l'animal sacrifié.

Le sang se rapproche du symbolisme du feu qui reste l'élément primordial no1. Après viennent l'air, l'eau et la terre. Il se rapproche du soleil qui symbolise la force et la source de vie céleste. De manière générale, le sang est la vie et véhicule la vie et l'âme. C'est la raison pour laquelle, pendant l'immolation et les rites de sacrifice, on évite que le sang ne soit souillé ou versé par terre. Il est recueilli précieusement dans un bocal. »

J'y ajouterai que le geste d'égorgement rappelle ce pouvoir de vie et de mort que l'être humain a sur toutes créatures. Pouvons -nous  montrer du doigt un père de famille qui égorge un mouton alors que tant d'individus décident froidement de lancer des grenades et des bombes sur leurs prochains ou encore  condamnent à mort un de leurs semblables à la suite ou non d'un jugement ?

Je poursuis le récit de la journée de la Tabaski. Les hommes découpent l'animal et les femmes préparent  les légumes et la sauce. Pour beaucoup de gens, c'est enfin l'occasion de manger un vrai repas. -Je profite de souligner que si une bonne partie de la population mange à sa faim, la malnutrition est importante par le peu de diversité des aliments-.

Quand le repas est prêt, les voisins sont invités à venir le partager. Ce peut être ceux qui n'ont pas eu de quoi s'acheter un mouton mais aussi les Chrétiens qui viennent en manger volontiers ! On ne laissera aucune personne connue être privée de son assiette (j'ai été invitée par plusieurs familles).

Mais l'esprit communautaire ne s'exprime pas que dans le partage convivial. C'est un jour idéal pour se réunir en famille, ou encore pour aller demander pardon à l'offensé.

Et bien sûr, chacun s'applique à être dans ses plus beaux habits et ; pour les femmes , avec leurs plus belles coiffures. C'est l'occasion pour un enfant de recevoir enfin un joli habit.

Tous ces efforts effectués par tous permettent  à chacun de se transcender et de sacrifier la routine à une dimension supérieure. Ainsi, le sang versé du mouton stimule une transcendance de l'humain.

Merci de me lire au-delà des mots car il ne m'est pas aisé de m'exprimer sur un tel sujet !

 

 

Commentaires

merci pour cet article, il est très intéressant!

Écrit par : melato75 | 18 novembre 2010

Très bien raconté. Mais avant tout, il faut acheter un mouton, dont le prix atteint des sommets avant la fête. Il faut alors trouver de l'argent par tous les moyens honnêtes, à commencer par taper tous les Européens qui habitent dans le coin. Certainement une transcendance du dialogue Nord-Sud.

Écrit par : Rabbit | 19 novembre 2010

Merci pour le billet.
M.F.

Écrit par : M FTELINA | 19 novembre 2010

Le Nez noir du Valais.

Hôte privilégié de notre verger, le couple de Nez noir du Valais broute l'herbe. Insouciant, sous un ciel d'un bleu limpide, il gambade, s'amuse et accepte les gestes de sympathie des passants.

Dans cet univers de douceurs automnales, ce couple de moutons n'a rien à craindre de la fureur des humains. Sa laine duveteuse, bouclée est pourtant très appréciée et ses mêches emmêlées sur le front, style rasta, font de lui entre autre une race sans pareil.

Ce couple s'adapte avec bonheur à ce coin de terre hospitalière. Leur humeur est joyeuse et communicative et, dans leur for intérieur, ils devinent les desseins de leurs maîtres.

Convié en couple, car il ne saurait être question de les séparer, les Nez noirs du Valais vivront longtemps sur cette terre, en toute quiétude.

Écrit par : oceane | 20 novembre 2010

Océane,
Merci pour votre beau poème.
Il permet aussi d'évoquer l'énorme différence entre le Valais et le Sahel, les situations de vie si différentes, les conditions climatiques si rudes et les situations politiques qui résultent de siècles de colonialisme qui se suivent et ne se ressemblent pas.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20 novembre 2010

Rabbit,
Merci pour votre éloge!
et aussi de souligner à quel point les Européens sont sollicités. C'est un bon apprentissage pour ceux-ci de s'affirmer clairement et non avec l'ambivalence que l'esprit africain perçoit très bien et dont la finesse d'esprit sait profiter.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20 novembre 2010

La fête du monde

Reste à définir pourquoi tel rite ou encore tel fête car aujourd’hui nous embrassons des choses qu’elles soient bonnes ou mauvaises sans cherché à comprendre le pourquoi.
Une question me traverse la tête c’est de savoir que pense les associations qui défendent le droit des animaux ?
Bonne fête aux musulmans et à tous ceux qui ce sont joints à eux (barka da salah)

Écrit par : eteme patrick serge versace | 22 novembre 2010

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