30 août 2010

Soigner ses finances à défaut de soigner des malades?

Dans la très rigoureuse Revue Médicale Suisse du 25 août, son rédacteur en chef, Bertrand Kiefer, nous informe d'une hallucinante histoire d'enrichissement à la fusion de deux caisses-maladie.



Il s'agit de la fusion entre Sanitas et la CPT. En 2006, les dirigeants de la caisse CPT/KPT ont vendu à des employés de la société - et ont surtout eux-mêmes acheté - des actions de la caisse à des prix se situant entre 28 et 40 francs. Au vu de la fusion, ses actions sont montées à ....600 CHF chacune. Ainsi, les administrateurs auront gagné en moyenne un million de francs et les 347 employés actionnaires dans les      100 000 CHF chacun. Tout cela est légal! Car si l'assurance de base de doit pas être lucrative, elle n'interdit pas aux caisses d'appartenir à des actionnaires. Ainsi, à la fusion ou à la vente de leurs caisses, cela ne les empêchent pas de se remplir les poches. Et dire que jusque là, on pensait que les réserves appartenaient aux assurés!

Quelques réflexions :

Lors de la votation pour la mise en place de la LAMAL, on a beaucoup parlé de solidarité. C'était doublement naïf : d'une part, une solidarité obligatoire n'est plus de la solidarité mais du collectivisme. D'autre part, il est naïf de croire que tout un chacun va jouer le jeu de la solidarité.

Sur un autre plan, il est regrettable qu'actuellement on enseigne plus à la population à calculer ses primes, à chercher les plus avantageuses, à  les payer ou à se les faire rembourser, à les déduire des impôts après un savant calcul. En outre, on a le culot de parler des coûts de la santé alors qu'il s'agit des coûts des maladies et encore, de celles qui passent par les caisses.

En restant dans le jeu financier, on ne tient pas compte que cet argent pourrait être utilisé pour des traitements plus complets et plus complexes. Actuellement, on bâcle déjà trop souvent les traitements par imposition de règlements basés sur des statistiques; on les limite aussi beaucoup trop en imposant les thérapies conventionnelles qui ne sont pas forcément les plus efficaces.

Les quelques actions publiques pour la santé sont toujours très ciblées : sida, tabac, alcool, corps gras, sucres. Or la santé est un capital vivant à chaque instant, influencé par moult facteurs personnels et environnementaux. Il est bien sûr plus difficile à manier que les finances qui n'ont besoin que de calculs mathématiques et juridiques. Il est triste de constater à quel point la mentalité actuelle se laisse aller aux simples calculs mentaux, sans tenir compte de sa sensibilité et de ses perceptions.

En fait , c'est la société quasi toute entière qui a pris le pli de s'occuper davantage de son capital finance plutôt que de son capital santé. Actuellement, on constate beaucoup trop souvent des individus tomber dans un burn out avancé pour avoir préféré garder leurs postes, avoir leurs salaires chaque fin du mois, tenir le coup par fierté ou défi, sans s'informer sur tout ce qui pourrait les soutenir et sans regard ou si peu sur le véhicule précieux qu'est leur corps animé d'une âme et d'un esprit (on ne peut pas en dire autant de l'argent)

Or les finances fluctuent et même quand on a fait de son mieux, elles peuvent nous filer entre les doigts. Alors que la santé nous permet de rester dynamiques et mobiles, capables de développer continuellement  nos potentiels personnels et créer de nouvelles activités, dans une ouverture aux autres et à la joie du moment présent.

 

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