05 avril 2010

DON D'ORGANES: AU SUJET DU REIN.

« Aucun risque à donner un rein de son vivant », tel est le titre d'un article de Jean-Yves Nau dans la Revue Médicale Suisse du 24 mars 2010.


 Si le don d'organe volontaire existe et que la réception consciente d'un tel organe existe aussi, c'est bien qu'un tel acte a sa place dans l'existence de certaines personnes qui doivent en vivre l'expérience.

Ce que je mets en doute, c'est la simplification que certains spécialistes en font pour en favoriser la pratique.

J'ai relevé quelques réflexions de l'article cité, réflexions qui illustrent fort bien le travestissement de la pensée médicale qui résume dans des phrases clefs ce que l'art médical devrait exprimer par bien des nuances et du bon sens.

« Donner un rein est sans danger. » Ainsi claironne un professeur de médecine aux USA, spécialiste de chirurgie de transplantation. L'absolutisme de cette déclaration fait fi des 25 personnes qui sont décédées dans les trois mois après l'ablation d'un rein en vue de l'offrir.

On prétexte qu'il ne s'agit que de 25 / 80 000 mais toutes les familles concernées par ces 25 morts font bien davantage que 25 personnes.

Et puis, il faut cesser de parler de « don ». Un don se fait librement. Dans le cas qui nous occupe, n'est libre que la décision volontaire mais non le geste en soi qui dépend de toute une équipe médicale et des finances indispensables à une telle opération.

De plus, cette opération n'est pas un don puisque c'est le chirurgien qui enlève un organe. Cela s'appelle donc une mutilation.

Une telle appellation redonnerait à cet acte sa juste dimension et cesserait d'attribuer un côté mièvre à un tel sacrifice.

Ensuite, on compare le côté bénin de l'opération de l'ablation d'un rein avec la mortalité opératoire d'une vésicule biliaire qui serait six fois plus élevée. Le fait que les circonstances des deux opérations sont très distinctes n'effleurent pas ceux qui font froidement ces calculs.

De plus, chaque fois qu'on donne la parole à des statistiques, on devrait indiquer que cela concerne certaines régions et leurs pratiques. En effet, dans d'autres régions, elles peuvent s'avérer fort différentes.

Continuons: « Des milliers de personnes en insuffisance rénale terminale meurent chaque année aux USA faute de pouvoir bénéficier de greffons cadavériques. On veut nous faire croire que les gens meurent par faute de « bons cadavres » plutôt que de leur propre maladie.

Et puis, on emploie la séduction: « Les prélèvements sont de moins en moins invasifs par laparoscopie ». .. « Le fait qu'il n'y ai pas de cicatrice et seulement quatre jours de traitement antalgique rassure les patients ». Alors, c'est si simple, pourquoi résister?

La réalité est tout de même plus concrète: on pénétre à l'intérieur de d'abdomen d'un individu en bonne santé, en tranchant différentes structures tant physiques qu'énergétiques et on veut rassurer les gens avec des images séduisantes.

Autre statistique partiale: « on obtient un meilleur résultat avec un donneur vivant, observe pour sa part le Pr Martin. En cas de don cadavérique, la médiane de survie est de quinze ans, en cas de donneur vivant, de 22 ans. ». Or, il n'est nulle part mentionné le qualité de survie d'un amputé d'un rein.

Pour une telle étude, il faudrait tenir compte non seulement de la fonction rénale de l'amputé d'un rein mais aussi de ses diférents systèmes car l'ablation d'un organe aussi fondamental, véritable stress au corps et sans doute à l'âme, entraîne forcément une réorganisation importante de l'organisme

Il ne s'agit donc pas seulement de réfléchir avec des données lancées selon la mode et plaisantes à la raison mais aussi éprouver avec toute sa sensibilité les conséquences d'un tel acte.

Commentaires

Votre façon de voir les choses me fait très peur, je trouve cela dissuasif et horrible pour les milliers de personnes qui se battent chaque jour.
Bien sur qu'il ne s'agit pas d'un acte anodin, mais comment regarder son enfant dans les yeux et le voir si mal, comment regarder son frère ou sa soeur bourré de médicaments, faisant des syncopes en dialyse, tellement le corps en souffre, et le coeur qui en prend aussi pour son grade ; au propre comme au figuré!
n'est ce pas là la souffrance, pas d'une personne mais de sa famille, morale, physique, que de traumatismes ...........
Si j'avais pu donner un rein à mon enfant sans hésitation je l'aurais fait !!!!!!
Il s'agit bien d'un DON celui du coeur que vous n'avez pas !

Écrit par : P. | 05 avril 2010

Vous avez beaucoup d'emphase vous qui vous cachez derrière une unique initiale!
Et c'est facile de parler avec des "si".
Ce qui vous fait peur, c'est justement une réalité sinon elle ne vous toucherait pas autant.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 05 avril 2010

"Il s'agit bien d'un DON celui du coeur que vous n'avez pas !"
Et voilà encore un genre de phrase qui veut culpabiliser autrui pour qu'il conçoive la vie comme vous. Chacun a une mission qu'il doit remplir au mieux et elle ne passe pas forcément par l'amputation d'un rein.
Une loi d'or des médecins est de ne pas nuire.
Dans le cas du prélèvement d'un organe sain aussi vital qu'un rein, cette loi d'or est transformée en "nuire un minimum possible", ce qui est très distinct.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07 avril 2010

Bravo pour cette analyse concernant le don d'un rein du vivant, et tous les arguments qui sont présentés objectivement.
Vous avez parlé des risques médicaux, mais il y en a tant d'autres...que l'on pourrait évoquer.
Oui le discours ambiant et répétitif a besoin d'être tempéré. Heureusement de temps à autre des gens comme vous ont le courage de le faire. Une partie de la communauté médicale est très certainement d'accord, mais s'exprime rarement. Il faudra attendre quelques autres décés de donneurs ! (comme ce fut le cas lors de prélèvements de foie)
Il est intéressant de constater que des personnes s'offusquent de votre article. Je leur propose de prendre suffisamment de recul pour y réfléchir en dehors de l'aspect affectif des arguments sur la beauté du geste, son héroïsme, etc
A noter que de nombreux pays qui pratiquent jusqu'àlors uniquement la greffe de rein à partir de donneurs vivants mettent en place une organisation des prélèvements à partir de donneurs cadavériques. Je vous laisse deviner la raison ?

Écrit par : Jean-Louis | 07 avril 2010

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