06 février 2010

A PROPOS DE L'EXCISION

Je désire joindre cette réflexion à l'excellente présentation d'un aspect du sujet que vous trouvez sur le blog de Continent Premier.


 Pouvons-nous considérer les mutilations génitales comme un miroir de blessures sexuelles intrapsychiques de la femme occidentale? Autrement dit, que ces mutilations nous donnent comme sur un miroir grossissant une image de blessures effectuées dans notre corps psychique?

Y a-t-il concordance entre les organes mutilés et les régions du corps psychique atteintes?

Par quels mécanismes, les femmes sont-elles complices de ce système de mutilation sur leurs propres filles?

Lions l'abstrait au concret:

Si nous prenons le cas du clitoris, l'acte coupant consiste à faire « table rase », à aplanir la zone, à supprimer toute excroissance, toute croissance visible.

Cette croissance qui permet l'affirmation d'une certaine dimension de l'être féminin.

Croissance qui est aussi l'expansion d'un désir féminin.

Au niveau affectif, cela me fait penser aux injonctions: « sois belle et tais-toi! » ou « laisse faire ton mari ».

Voici une histoire vraie pour illustrer mon propos:

Une jeune fille de 19 ou 20 ans, de culture occidentale, se fait opérer pour aplanir un maximum ses seins. Des dizaines d'années plus tard, elle prend conscience qu'elle imaginait qu'une telle ablation lui permettrait de rester petite fille auprès du père qu'elle aimait tant.

A souligner que c'est le père qui la conduisit à la clinique et en paya les frais, à l'insu de la mère.

Dans cette exemple, on perçoit bien le geste de faire table rase.

De plus, le rôle du père est très important à souligner, d'autant plus qu'il a une énorme autorité dans bien des cultures, ce qui est à utiliser dans la lutte contre l'excision.

Une autre histoire: Une femme européenne, mariéée à 18 ans, attendit la force que lui donna son deuxième fils quand elle atteignit ses 27 ans pour imposer à son mari son droit d'aller travailler. Son désir était vif depuis très longtemps. Une chute d'échelle lors du travail ménager chez une patronne la cloua au lit pour 2 opérations, du bassin et de la vessie éclatée. Depuis lors, elle reste à la maison et va rarement visiter qui que ce soit car cela déplaît au mari. Elle se déplace avec une canne et , à 50 ans encore, les douleurs de son bassin lui rappellent son escapade interdite par le mari, son désir d'émancipation castré.

 

Dans ce même ordre d'idée, avec chaque fois sa symbolique propre, nous trouvons aussi:

- les petits pieds des Chinoises

- le désir sexuel contenu de jeunes filles pour qui la virginité au mariage devient source de frigidité.

- la liste est à compléter...

 

Pour pouvoir percevoir la dimension la plus intime de l'excision chez la femme, il est intéressant d'en percevoir la symbolique afin de la repérer sous d'autres formes dans nos expériences de vie.

 

Commentaires

Je me permets de vous signaler une série d'articles que j'ai écrits sur la circoncision masculine et féminine: http://blogdesamialdeeb.blog.tdg.ch/archive/2010/01/20/circoncision-liste-des-articles-que-vous-pouvez-lire-sur-ce.html

Écrit par : Sami Aldeeb | 06 février 2010

On parle beaucoup ces jours-ci d'une campagne contre l'excision (circoncision féminine), en nous montrant des fillettes africaines soumises à cette torture épouvantable. On oublie cependant que cette pratique a aussi existé et probablement continue à l'être parmi les blancs en Occident. Je ne souhaite pas ici reprendre ce que je viens de développer dans mon blog: http://blogdesamialdeeb.blog.tdg.ch/archive/2010/02/06/circoncision-la-circoncision-feminine-pratiquee-aussi-en-occ.html

Écrit par : Sami Aldeeb | 06 février 2010

Grand merci, Monsieur Aldeeb, pour votre excellent article si bien documenté et très parlant.
On peut souligner à quel point certains individus, homme ou femme, focalisent leurs attentions sur un point sexuel alors que c'est notre corps entier qui est sexué et qui participe aux ébats amoureux. Même ceux qui n'aspirent qu'à des relations sexuelles "strictes" ne peuvent pas débrancher toutes les connexions avec les autres dimensions de leur être. Nous ne sommes vraiment pas des puzzles!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06 février 2010

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