05 août 2009

REFLEXIONS SUR LES PROGRAMMES SANITAIRES MONDIAUX

Article de Mme Yvette Parès qui fut 32 ans professeure de biologie à l'université de Dakar, médecin et praticienne en médecine africaine.

Digne retraitée, elle continue d'avoir une vision vaste et panoramique sur l'évolution de la santé de la planète, tout particulièrement pour les maladies qui sont soignées avec succès par des tradipraticiens formés pendant de longues années.


 En 2001, l'Assemblée Générale des Nations-Unies, lors d'une session extraordinaire, a créé le Fonds Mondial de lutte contre la tuberculose, le paludisme et le sida avec un budget exprimé en milliards de dollars.

Une déclaration solennelle « A crise mondiale, action mondiale » se voulait constructive. Mais quelles étaient les vraies réalités, les moyens disponibles à mettre en oeuvre, les obstacles à écarter? L'analyse de la situation concernant les trois fléaux sanitaires donnera les réponses.

 

1- La tuberculose, en pleine expansion, est de plus favorisée par le sida, dont elle représente une des affections opportunistes.

Sur le plan thérapeutique, les antituberculeux les plus anciens dits de première ligne ont donné de nombreux succès mais parallèlement ont provoqué l'apparition des tuverculoses résistantes puis multirésistantes, plus difficiles à traiter.

Les antituberculeux de seconde ligne, plus toxiques, et moins actifs ont été appelés en renfort mais ont causé l'émergence des tuberculoses hyperrésistantes et ultrarésistantes au caractère incurable. Dès 1998, l'alerte avait été donnée sur la nouvelle virulence du bacille tuberculeux.

On peut imaginer les désastres qui auraient suivi la prescription d'antituberculeux de 3e ligne – s'ils avaient été disponibles – et que demandaient, dans un grand aveuglement, des organismes humanitaires.

Les défaillances de la médecine officielle contre cette redoutable maladie apparaissent nettement. Aucune voie thérapeutique nouvelle, efficace et sans danger ne peut être proposée.

2- Le paludisme se heurte à des difficultés similaires. Les antipaludéens de synthèse, prescrits successivement dans toutes les zones d'endémie, ont suscité l'apparition de formes résistantes et multirésistantes avec, au sein des populations, des accès plus fréquents et plus meurtriers.

Les derniers produits en date, les dérivés de l'artémisinine, principe isolé d'une plante chinoise, ont été présentés comme un recours. Mais à leurs efffets indésirables viennent déjà s'ajouter les phénomènes de résistance qui étaient logiquement prévisibles. De nouveaux antipaludéens de synthèse ne feraient qu'amplifier la force du fléau.

Les moustiquaires imprégnées d'un insecticide répulsif ne peuvent apporter une solution durable. De plus, il n'est pas indifférent de respirer au fil du temps, à longueur de nuit, des émanations dont on ne peut encore mesurer l'impact sur la santé.

Le champ d'action contre le paludisme apparaît dépourvu de tout horizon dans le cadre de la médecine officielle.

3- Le sida ne cesse de progresser depuis son émergence qui remonte à plus d'un quart de siècle. Les antirétroviraux présentés comme la seule thérapeutique possible ne l'ont pas entravé.

Très toxiques, ne préservant pas des maladies opportunistes, non curatifs et de surcroît polluants, ils n'en continuent pas moins d'être prescrits. On considère comme un exploit la prise en charge de trois millions de malades dans les pays du Sud.

Les antirétroviraux, solution provisoire qui n'a que trop duré, témoignent des déficiences d'une médecine qui impose ses directives à travers le monde et qui persiste à ignorer les capacités d'autres savoirs médicaux.

 

Ce bilan établi, que reste-t-il au Fonds Mondial de lutte contre la tuberculose, le paludisme et le sida, pour atteindre l'objectif qu'il s'est fixé, sinon les ressources financières péniblement collectées. Mais l'argent n'a de valeur qu'au service d'options justes, les conditions n'en sont pas réunies.

 

Dans ce contexte sanitaire, deux attitudes se révèlent paradoxales. Elles concernent la médecine officielle et les pays disposant de médecines autochtones.

La médecine officielle, malgré ses lacunes, continue de piétiner les mêmes ornières. Elle ne cherche pas d'issue de secours. Coupée des ressources de la nature, elle n'aperçoit aucune alternative. La chimie considérée comme le fleuron de la thérapeutique aboutit à une impasse.

Les pays où demeurent des médecines traditionnelles très vivantes n'engagent aucune initiative. L'inertie, l'immobilisme face aux dangers, persistent. L'attente de secours problématiques venus de l'extérieur entraîne de lourdes conséquences. Le mirage trompeur de l'Occident ne s'est pas encore effacé.

 

En conclusion, le fonds Mondial qui s'appuie sur des bases thérapeutiques « chancelantes » ne peut atteindre les objectifs qu'il s'était fixés

Pour les pays du Sud, le chemin salvateur consisterait en l'abandon de l'assistanat et en la prise en charge de leur destin, puisant dans leurs propres capacités médicales et réorganisant leurs systèmes de santé.

 

La maîtrise des grands fléaux sanitaires à plus ou moins court, moyen ou long terme nécessite impérativement la participation de toutes les médecines du monde.

 

 

Dr Yvette Parès

Professeur à l'Université de Dakar de 1960 à 1992

Dr ès-science

Dr en médecine

Directrice du centre de recherches biologiques sur la lèpre de 1975 à 1992

Directrice de l'Hôpital traditionnel de Keur Massar (Sénégal) de 1980 à 2003

Commentaires

Ben les africains, ils crevaient beaucoup moins avant de ce faire utiliser comme cobayes et qu'ils ne puissent se payser que des médics périmés n'ayant rien à voir avec leur symptomes.
Alors les gloriooooooles à la sauce piquante, à d'autres !

Écrit par : Mark | 05 août 2009

Oui, Mark, il y a bien des épisodes déplorables comme ceux que vous citez.
Il y a aussi le fait que, dans maintes régions, l'eau est difficile d'accès et que les jardins de plantes médicinales manquent d'eau et de systèmes d'irrigation adaptées aux nécessités actuelles. Je connais personnellement deux cas de ce genre proches de Dakar.
Il y a aussi le fait qu'avec la déforestation, les plantes ne sont plus disponibles près du village et qu'il faut des véhicules solides pour y accéder.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08 août 2009

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