14 juillet 2009

LE TABAC, LA CIGARETTE ET...LA SCIENCE

Le numéro du 1er juillet de la Revue Médicale Suisse est dédié à la tabacologie


 J'y ai appris toute la créativité des cigarettiers pour que la cigarrette séduise un maximum le fumeur.

Alors qu'à l'origine, le tabac animait les rituels, donnait de l'énergie pour les vivre et développait les prises de conscience, les cigarettes actuelles ont pour but la dépendance et l'addiction, l'inverse même de la libération par des rituels.

La science sans conscience a permis d'étudier les moyens de diminuer le taux de nicotine tout en maintenant son pourvoir de dépendance. Ainsi, avec l'ajout d'ammoniac, agent qui augmente l'alcalinité de la fumée, la nicotine s'absorbe plus vite au niveau de la bouche et la quantité de nicotine libre est augmentée, ce qui lui permet de traverser plus vite les membranes cellulaires.

La plupart des cigarettes contiennent un forte adition de menthol, pas toujours mentionné, qui provoque une anesthésie locale et une augmentation de la douceur de la fumée. De plus, le menthol ayant un effet sur le système nerveux central, il permet de diminuer le taux de nicotine sans modifier le pouvoir addictogène du tabac. Au niveau pulmonaire, le menthol permet une dilatation des bronches qui stimule l'inhalation profonde, par conséquent une absorption augmentée de nicotine.

La science s'est aussi portée à utiliser les aspects sensori-moteurs de l'action de fumer, comme la sensation d'inhaler la fumée, le goût, l'odeur et l'aspect visuel de la cigarette et de la fumée. Ainsi, l'arôme du papier de la cigarette et la diminution de la visibilité de la fumée participent à la séduction de la cigarette. De plus, le choix et la modification des différents types de tabac permet de diminuer l'irritation et le désagrément du goût et de l'après-goût de la cigarette.

Des sucres, comme la cellulose, ont été rajoutés au tabac pour masquer l'âpreté et le mauvais goût de la fumée.

La dépendance tabagique dépend aussi du cacao avec ses nombreuses substances psychoactives.

Un composé de la réglisse, par son effet broncho-dilatateur, facilite l'inhalation de la fumée et l'exposition à la nicotine.

Ainsi, notre libre-arbitre nous permet d'acheter et d'allumer une cigarette. En revanche, nous ne choisissons pas librement ses effets sur notre physiologie et la manipulation subtile des cigarettiers.

Commentaires

Bonjour Marie-France.

Je trouve tout cela très intéressant. En tant qu'ancien fumeur, je peux même vous dire que le libre arbitre s'arrête là où commence l'addiction. Le fumeur n'est plus libre de ses actions, il est obligé de fumer. En tout lieu, à n'importe quel moment. De jour comme de nuit. Tous ceux qui prétendent le contraire se mentent à eux-mêmes. Dans ces conditions, ça n'est pas étonnant qu'ils soient aussi paniqués à l'idée qu'on leur interdise de fumer dans un lieu où ils ont l'intention de rester plusieurs heures. C'est le pire cauchemar du fumeur. C'est le jour où on comprend ça qu'on a fait la moitié du chemin qui mène au sevrage.

Bien à vous, Kad

Écrit par : Kad | 14 juillet 2009

Intéressant, l'histoire du menthol je l'ignorait.
est-ce que ces informations peuvent être retrouvées dans un livre en particulier?
De plus, il est vrai que l'on ne peut pas se fier à des dépendants à la fumée pour estimer la necessité d'avoir des lieux sans fumée.

Écrit par : Jack_line | 17 juillet 2009

Je suis heureuse de votre intérêt.
Je ne peux que vous donner les références de l'article de la Revmed citée:
- Merckel C PF : Analyse des additifs ajoutés aux cigarettes. Berlin: Office fédéral de la santé publique (Suissse) août 2005
- Ferris Wayne G, Connolly GN. Applications, functions, and effects of menthol in cigarettes. A survey of tobacco industry documents. Nocotine Tob Res 2004;6 (suppl. 1) S43-54.
Bonnes lectures et surtout un merveilleux we à vous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 18 juillet 2009

Moi-même ancien fumeur je me pose la question de savoir si finalement le bon docteur Rielle et ses acolytes ne sont pas en train de transformer les fumeurs d'herbe à Nicod en fumeur de chanvre.

Écrit par : Hypolithe | 06 août 2009

Bonne question, Hypolithe,
En médecine intégrale, le problème n'est pas tant de lutter contre un symptôme que de le prendre comme indice d'un trouble ou de l'ensemble de troubles ou de conflits intérieurs. Se focaliser sur le phénomène en bout de ligne comme le fait de fumer donne encore plus d'importance au fait, d'où, effectivement, des changements qui ne vont pas aux racines du problème, si problème il y a.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07 août 2009

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