03 avril 2009

MEDECINE GENERALE SOUTENUE PAR LES MEDECINES COMPLEMENTAIRES

Parole au Dr Bruno Ferroni,

Médecin de famille et homéopathe à Pully/VD, délégué de l’Union des sociétés suisses

de médecine complémentaire

 


 Médecine allopathique et médecine complémentaire à l’aube du 3e millénaire

Après bientôt 30 ans de pratique de la médecine générale dans un cabinet à Pully, je

vous livre ici le point de vue d’un médecin généraliste sur le pratique de la médecine

complémentaire au quotidien.

Les performances thérapeutiques de la médecine enseignée à l’université sont

impressionnantes, tout particulièrement en ce qui concerne la médecine d’urgence, les

soins intensifs, l’oncologie, la médecine « de réparation » après des accidents par

exemple. C’est la médecine qui sauve des vies, à laquelle personne ne songe à

renoncer et que nous saluons tous avec respect et gratitude !

Malheureusement les scientifiques, et la population, ont depuis longtemps compris que

cette médecine ne résout malheureusement pas tout, que l’excès de soins a parfois des

limites (qualité de vie, effets secondaires des médicaments, opérations qui n’améliorent

pas une douleur, pour ne citer que quelques exemples).

Par ailleurs, j’ai constaté dans mes premières années de pratique de la médecine la

présence de maladies récidivantes, comme l’eczéma, qui répond très bien à des

traitements de cortisone par exemple, mais dont la récidive est hélas fréquente. Ma

curiosité scientifique, telle que la Faculté me l’a enseignée, m’a poussé à chercher

d’autres pistes, d’autres thérapeutiques.

J’ai découvert les médecines complémentaires qui permettent de soigner efficacement

mes patients, tant pour des maladies aiguës que pour des situations chroniques. Les

résultats ont été si spectaculaires que mes patients m’amenaient d’autres membres de

leur famille et que mon cabinet ne désemplit pas depuis 30 ans. Jusqu’à il y a encore

une vingtaine d’année, les médecines complémentaires étaient considérées comme des

traitements en opposition à la médecine académique. Les médecins académiques

reprochaient aux thérapeutes des médecines complémentaires de ne pas faire de la

recherche selon les critères scientifiques… et les thérapeutes de médecine

complémentaires affirmaient qu’il n’était pas possible de faire de la recherche selon les

mêmes critères. Ces temps ont bien changé : la recherche et l’enseignement en

médecine complémentaire n’ont cessé de se développer ces dernières années. Pour

preuve, pas moins de 40 grandes universités aux USA enseignent la médecine

complémentaire.

Les patients l’ont compris avant nous : il suffit de combiner les deux thérapeutiques pour

de meilleurs résultats. De l’affrontement, on a passé à la collaboration. De là est née la

MEDECINE INTEGRATIVE, en plein développement dans de très nombreux pays du

monde entier. La Suisse, réputée pour sa médecine de pointe, ne peut pas être en

retard dans ce domaine. Un exemple fréquent d’approche intégrative est celui de

l’oncologie. Lorsque je diagnostique un cancer chez un patient, je l’adresse à un

oncologue pour lui faire bénéficier des meilleurs traitements que ce soit de la chirurgie,

de la chimiothérapie ou de la radiothérapie. Malheureusement ces traitements ont

parfois des effets secondaires très marqués (nausées, vomissements, affaiblissement

général), qui diminuent la qualité de vie des patients ou obligent parfois même à différer

le traitement anticancéreux. La prescription d’un traitement complémentaire, par

exemple de l’homéopathie, diminue souvent notablement les symptômes sans

surajouter d’autres effets secondaires, permet au patient d’améliorer sa qualité de vie et

de suivre le traitement comme prévu par l’oncologue, et ceci à un moindre coût. Voilà un

exemple type de médecine intégrative. Si l’on revient à l’exemple du traitement du

cancer, mes connaissances en médecine complémentaires m’ont aussi permis de

parfois déconseiller un traitement complémentaire pris en automédication par un patient

parce qu’il interagit avec la chimiothérapie. Les patients osent me confier qu’ils prennent

d’autres traitements (parfois commandés via internet) parce qu’ils savent que je ne leur

dirai pas forcément que cela ne sert à rien et parce que mes connaissances me

permettent de les conseiller dans ce domaine. Cela entraîne une plus grande sécurité

de traitement. De même un traitement de troubles du sommeil à base de phytothérapie

a souvent d’excellents résultats sur le sommeil, sans les effets secondaires d’autres

médicaments proposés en première intention par la médecine académique comme les

benzodiazépines.

 

La MEDECINE INTEGRATIVE apporte indéniablement un plus au niveau de l’efficacité

thérapeutique, tant pour le médecin que pour le patient qui en est le principal

bénéficiaire. Beaucoup de monde a compris les avantages qui en découlent :

la demande des patients va en grandissant. Jusqu’à 80% de la population a eu

tôt ou tard recours à la médecine complémentaire.

1700 médecins en Suisse sont membres de l’UNION des sociétés suisses de

médecine complémentaire (c’est 23% de tous les médecins de premier recours)

environ 40% des médecins de premier recours en Suisse pratiquent d’une

manière ou d’une autre la médecine complémentaire

depuis de nombreuses années, la recherche en médecine complémentaire est

lancée, tout particulièrement aux Etats Unis, où 120 mio de dollars sont alloués

annuellement pour la recherche dans des universités prestigieuses tel que

Harvard, Duke etc.

l’OMS encourage les gouvernements à reconnaître l’importante contribution que

certaines formes de médecine complémentaire peuvent apporter à l’amélioration

et au maintien de la santé (cf. Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle

pour 2002 – 2005 et « La déclaration de Bejing » du 8 novembre 2008)

Actuellement en Suisse, il existe 1 seule chaire universitaire pour la médecine

complémentaire, sur environ 250 chaires de médecine, et une instance collégiale

partagée par 4 disciplines de la médecine complémentaire. Il est primordial que

l’enseignement de cette médecine puisse se faire, d’autant plus que l’Ordonnance sur

les examens de médecine exige que la compétence du médecin doit s’orienter d’après

les besoins de la population; il est important que la recherche puisse se faire, aussi en

Suisse ; il est nécessaire que tout médecin soit informé des possibilités de traitement en

médecine complémentaire, pour en connaître les interactions, les indications

et contrindications dans son travail quotidien avec les patients ; et il est indispensable que les

médicaments de médecine complémentaire restent disponibles et accessibles sur le

marché suisse.

En conclusion, des années d’expérience clinique ont montré et continuent à montrer la

synergie des 2 médecines. Le résultat d’une médecine complémentaire pratiquée avec

compétence permet d’obtenir, comme l’étude PEK l’a clairement montré, un moins

grand nombre de prescriptions de médicaments chimiques, le recours moins fréquent

aux examens et investigations coûteux, le recours moins fréquent à des consiliums de

spécialistes et moins d’hospitalisations et d’absences au travail.

 

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