25 décembre 2008

NOEL, NATIVITE, NATAL, NATIVIDADE, NATALE

 

L'Enfant- Lumière est déposé dans la paille d'une crèche.

Il est reçu dans le Nid de l'Humanité.

 

Dans le respect du libre-arbitre propre à l'homme, nous avons reçu les potentialités de

l'acclamer, de chanter ses louanges, de le contempler, de l'accueillir dans notre coeur.

Nous avons aussi reçu les potentialités de le minimiser, de le dénier, de chercher à le tuer

(comme Hérode le fit).

 

De même que cette Histoire est fixée dans l'Eternité, c'est à chaque instant qu'il nous est

proposé et offert de Le contempler, de nous en réjouir, de respirer et de sourire avec Lui.

Commentaires

Curieuse historiette hier soir, 24 décembre.

Je m’étais enfilé dans un bistrot de Sion encore ouvert parce que j’avais un peu d’avance sur l’horaire. En effet, j’étais descendu de la montagne pour attendre en plaine le train de mon fils cadet qui arrivait de Genève.
Je comptais passer cette demi-heure à lire tranquillement. J’entre donc dans une salle enfumée remplie de jeunes et m’assieds à l’unique table libre, dans un coin. L’idéal pour lire !

Or une jeune femme, 25 ans, plutôt jolie est assise à la table voisine. Saoule à ne plus tenir debout, elle s’obstine à commander de l’alcool que la serveuse lui refuse en prétextant trop de travail.
Elle ne me quitte pas des yeux et, à plusieurs reprises, elle me souhaite un joyeux Noël, la bouche pâteuse et les yeux mourants. Elle me tend une main molle que je serre distraitement car je compte bien me plonger dans mon livre aussitôt qu’on m’aura apporté un café.
La jeune femme balbutie quelques mots incompréhensibles. Je ne parviens pas à savoir si c’est parce qu’elle ne connaît que médiocrement notre langue ou si c’est l’effet de l’alcool. Quoi qu’il en soit, elle m’empêche de me concentrer, me souhaite pour la huitième fois un joyeux Noël, et approche insensiblement sa chaise de la mienne. Son manège n’a pas échappé à un groupe de trois jeunes hommes attablés, sur les lèvres desquels se dessine un sourire entendu.

Ma voisine – elle est presque arrivée à ma table à présent – ne me quitte plus des yeux, elle me tend encore sa main que je serre une fois de plus, agacé de ne pouvoir faire ce que je suis venu faire. Alors, elle ne me lâche plus la main et la porte contre sa joue en la couvrant de baisers.
Soudain, elle se lève, met ses bras autour de moi et m’applique sur la joie un bisou baveux qui n’en finit plus. Un peu gêné, j’ai toutes les peines du monde à la faire asseoir de nouveau. Satisfaite, elle allume une cigarette qu’elle a eu de la difficulté à extraire de la boîte, recommande de l’alcool à une serveuse qui fait la sourde oreille.

Et moi, je ne sais pas si elle recherchait un amant ou un papa. Un peu de chaleur. Mais son souvenir m’a poursuivi jusque tard dans la nuit.
C’est peut-être ça aussi que j’ai retrouvé sous l’arbre ce matin.

Bon Noël.

Jean Romain

Écrit par : Jean Romain | 25 décembre 2008

Cher Jean Romain,
Je suis très émue par cette historiette et que vous vous soyez engagé à la vivre du mieux possible alors qu'elle vous prenait par surprise.
Je suis très touchée aussi que vous veniez la déposer sur ce site et que vous ayez confiance de pouvoir la partager avec quelqu'un.
Je me permets de venir vous en donner ma lecture au-delà des mots et de votre description car j'ai l'impression qu'elle reste un peu en suspens puisque vous la retrouvez sous l'arbre ce matin!
Une fois de plus, on voit que la vie peut nous prendre par surprise et dans une situation très anodine. On n'a pas pu s'y préparer mais elle exige d'être disponible, comme le bon samaritain de l'Evangile.
Cette femme se présentait avec une "peau d'âne", peu avenante. Et pourtant, en son for intérieur elle gardait le contact avec son corps affectif, son désir de contacter quelqu'un, son désir d'échange ou son besoin de donner de l'affection.
Dans notre culture, on parle souvent de la soif d'aimer et beaucoup moins de la soif de donner de l'amour. Peut-être que cette femme venait d'être "castrée" dans son élan de donner l'amour à qui était sur son chemin et qu'elle vous a pris comme projet de cet élan, sentant que vous n'étiez pas homme à la rejeter méchamment. Vous étiez sans doute peu ouvert à percevoir pleinement cette "élan castré", ce qui est pleinement compréhensible vu que votre dynamique de vie vous menait tout ailleurs (attendre votre fils). Lire un bon ouvrage vous enfermait en vous, ce qui a sans doute paru intolérable à la jeune femme. D'autant plus que pour bien des personnes, le bistrot est leur seule famille d'accueil.
Peut-être pouvons-nous en tirer l'enseignement suivant: dans quelle mesure sommes-nous disponibles à notre élan d'aimer?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25 décembre 2008

Le mythe de l'enfant trouvé n'en a décidément pas fini de nous étonner!!!

Écrit par : Micheline Pace | 26 décembre 2008

Pour moi, il y a une grande différence entre un mythe et un archétype.
Un mythe est une histoire symbolique alors qu'un archétype est un principe de base.
Jésus de Nazareth incarne un archétype. En outre, sa portée est bien plus vaste que celle d'un mythe.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27 décembre 2008

Eh bien, moi, devrais-le dire, j'aurais eu vis-à-vis de cette jeune femme avinée, une toute autre réaction. J'aurais je crois pris mes jambes à mon cou. Quitte à changer de bistrot.
Par pur égoïsme, instinct de survie, et peur du scandale, peut-être aussi parce que j'ai trop côtoyé la vraie misère de tous ceux qui font tout ce qu'ils peuvent, en vain, pour s'en sortir dans des contrées sans espoir, pour m'apitoyer sur le sort de quelqu'un qui, au coeur de notre monde d'opulence, se laisse glisser...
Même si le ressenti de la misère, sur l'instant peut-être puissamment subjectif et qu'un petit enfant gâté capricieux peut-être vraiment profondément malheureux, je préfère m'en tenir à des critères objectifs, matériels. Il y en a suffisamment comme cela.
Est-ce parce que je ne crois pas au mythe de l'enfant Jésus et à tout ce qui va avec ? Peut-être.
Parfois, rarement, si j'ai du temps et l'humeur consolatrice, il peut m'arriver de partager un peu de mon temps avec ce genre de personnes. De tenter alors de les soutenir en leur éclairant un petit bout de chemin sur la voie de la raison. Mais me laisser embrasser, cela non, je ne pourrais pas. Je déteste l'idée de me laisser approcher physiquement par quelqu'un que je n'aime pas. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai renoncé à tenter de me faire élire.
Je n'aime pas ça. Et je n'aime pas les personnes saoûles.

Écrit par : Philippe Souaille | 18 janvier 2009

Merci, Philippe Souaille, de venir déposer en toute sincérité et sensibilité votre perception.
Désolée de ne vous répondre qu'aujourd'hui mais un voyage au Sénégal m'a sortie du « droit » chemin!
Votre attitude soulève divers thèmes:
Il est vrai qu'il peut émaner des personnes saoûles comme une gelée visqueuse et nauséabonde. Nous pouvons nous rétracter pour nous en protéger ou habiter avec plus de conscience notre propre substance corporelle, comme un samouraï pleinement campé en lui. Ainsi donc, les émanations de l'ivrogne s'infiltreront peu en nous.
Nous pouvons alors percevoir davantage les « couches » plus intimes de la personne avinée comme lorsque nous considérons une poupée russe et retirons la poupée la plus grande. Il apparaït alors une autre personnalité de l'individu, qui peut être sa couche anxieuse ou colérique sous-jacente au besoin d'alcool. Si nous nous « campons » dans notre propre strate affective, nous pouvons ultrapasser la couche émotionnelle, comme enlever la poupée suivante de la personne en face.
Plus nous sommes ancrés en nous, plus nous pouvons percevoir des couches profondes chez l'autre.
Nous pouvons ainsi arriver à son enfant intérieur, tout nu, tout clair, tout authentique, qui est la poupée pleine au centre de la poupée russe. A ce moment-là, elle ne nous rebute plus, elle nous renvoie à notre enfant intérieur et une communion peut s'établir. Nous n'avons plus alors le besoin de nous défendre et un geste relationnel affectueux peut se manifester naturellement.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06 février 2009

Oui, peut-être, c'est joli en tout cas. Mais je ne suis pas chrétien. Et j'ai tendance à considérer que les gens ont leur chance et doivent la saisir. Cela n'exclut pas le pardon, bien sûr.
Je préfère me réserver pour ceux et celles dont j'ai l'impression qu'ils le méritent davantage. Et qui se donnent vraiment du mal dans ce monde. A la limite, je me demande si l'enfant intérieur de quelqu'un m'intéresse vraiment ? Si c'est quelqu'un que j'aime et qui m'est très proche, oui bien sûr. Mais pour différentes raisons, y compris d'expériences passées avec des personnes qui m'étaient proches, cela ne sera en aucun cas une personne alcoolique ou toxico-dépendante.
Quelque part, la responsabilité personnelle, cela existe. Et ceux-là même qui cherchent à s'en dédouaner par excès de faiblesse sont très souvent, très vite, les plus inhumains à l'égard de ceux qu'ils peuvent dominer ou exclure.

Écrit par : Philippe Souaille | 06 février 2009

Bonjour Philippe Souaille,
J'apprécie beaucoup votre engagement personnel dans vos notes et vos commentaires.
Si je reprends la notion de responsabilité personnelle, j'aimerais apporter deux notions bien distinctes: Il y a la responsabilité face à la société, assumer son travail, sa famille et son rôle dans la société.
Sur un autre plan, il y a la responsabilité de sa croissance intérieure, tant affective qu'intellectuelle et spirituelle. Les épreuves de cette croissance peuvent être très variées et souvent pas choisies intelligeamment car l'individu est poussé par des forces inconscientes selon l'étape en jeu.
Dans certaines contrées, comme vous le savez bien, il existe les rites initiatiques pour permettre aux individus cette croissance. Ces rites ne sont pas spécialement individualisés alors que dans nos contrées, diverses situations existentielles peuvent servir de situation rituelles si l'individu en prend conscience.
Je rencontre des gens qui ont su traverser des périodes d'alcoolisme ou de drogues et qui sont d'une grande beauté intérieure. Ils savent dire alors la valeur qu'a eu pour eux un geste amical quand ils traversaient la période de déchéance.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 28 février 2009

Mme de Meuron, vous avez sans doute raison, et je le crois volontiers, car l'espoir fait vivre et j'aime les histoires qui finissent bien. Mais en même temps j'ai connu tellement d'exemples contraires de mains tendues inutilement...
Sans compter ce médecin dont j'avais pu apprécier le dévouement contre l'alcoolisme, qu'il connaissait de l'intérieur et semblait avoir vaincu, jusqu'à ce que finalement il ne trouve plus la force en lui-même de le combattre. Au bout du compte, il préféré rendre les armes définitivement.
Sans doute est-ce également une question de disponibilité intérieure et personnelle. On ne peut offrir qu'une quantité limité de soi, à doses variables selon ce que l'on traverse soi-même, les obligations que l'on a par ailleurs, etc...

Écrit par : Philippe Souaille | 28 février 2009

Monsieur Souaille,
Je ne pense pas qu'il y ait des mains tendues inutilement. En revanche, il y a des effets escomptés qui ne surviennent pas. L'expérience peut alors au moins servir à celui qui tend la main afin qu'il comprenne ce qu'il peut affiner dans ses démarches et si sa visée était correcte.
Quant au médecin dont vous parlez, il m'évoque le fait que nous sommes tous invités à un chemin ascendant vers le sommet d'une pyramide. Il ne s'agit pas tant de combattre ses symptômes qui ne sont que les signes d'un conflit plus profond mais de grandir intérieurement pour s'en détacher.
Belle journée à vous!

Écrit par : marie-France de Meuron | 26 mars 2009

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