03 novembre 2008

OSONS ABORDER LES PARATRES

 Nous avons constatés que ce sont les seniors d'une soixantaine d'années, juristes de surcroît, qui furent élus en majorité pour notre Constituante genevoise. Ainsi donc, notre société croit avoir encore et toujours besoin de l'archétype paternel pour se structurer.

Dans une précédente lettre aux lecteurs, j'ai proposé qu'avant de réclamer la laïcité, nous développions dans notre inconscient judéo-chrétien l'archétype Dieu, Père et Mère, ce que les Amerindiens possèdent depuis longtemps, eux qui sont très proches des forces de la Nature.

Il y a une autre dimension que j'aimerais aborder aujourd'hui.

Dans notre culture, les contes présentent souvent le Roi, la douce Mère défunte et la Marâtre.

Le Roi a tous les pouvoirs pour régner. Il peut être absent pour ses enfants, ce qui semble tout-à-fait excusé dans les histoires...Déjà là, nous pourrions réagir comme l'auteur canadien Guy Corneau qui a écrit un livre à ce sujet: « Père manquant, fils manqué ».

Une autre dimension qui devrait nous faire bondir se trouve dans le fait que l'on décrive abondamment les horribles défauts des mères en le personnage des marâtres et que les défauts des pères, hormis les ogres dans quelques histoires, ne sont pas mis en évidence. Une fois de plus, le concept du père semble intouchable.

Je ne tiens nullement à détrôner la valeur des pères qui ont une lourde tâche mais je crois qu'il vaudrait mieux ne pas être complice des défauts des parâtres en maintenant ces dimensions-là sur un trône non mérité!

Citons quelques dérives de père en parâtre:

- L'autorité qui tourne en autoritarisme: « Tu dois m'obéir parce que je suis ton père! »

  • En se sentant responsable de la lignée familiale, le père peut imposer une profession à son fils.

  • Projeter sur son enfant ses propres désirs. En voici une anecdote vécue: une fille voulait pratiquer l'accordéon; son père qui avait toujours désiré jouer du piano le lui imposa. Après un an, la fille arrêta et, en plus, avait perdu son élan pour l'accordéon.

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  • Imposer son mode de vie: tu dois te lever à l'heure où je me lève.

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  • Il remet à la mère la responsabilité de l'enfant tout en justifiant son geste par un grand principe.

 

Il est à noter aussi que ce système est tellement ancré dans nos coutumes que ce sont souvent les épouses qui le maintiennent avec, par exemple: « Ne dis pas ça car ton père se fâchera » même si l'enfant a pleinement raison.

Nous n'avons justement pas à attendre qu'un père soit parfait mais il est temps de dénoncer ce qui procède du parâtre afin de retrouver un équilibre qui conduise à une réelle parité dans nos couples et dans nos assemblées. Ainsi, cette parité ne nous sera pas imposée par un article de loi, principe masculin par définition!

 

Commentaires

Rahlala... si vous continuez comme ça, Marie-France,
je le dis à Oedipe !

;o)

Écrit par : Blondesen | 03 novembre 2008

Aïe, aïe... et moi, je vais le dire à Phèdre, amoureuse de son beau-fils, Hippolyte, qui refusa ses avances et qu'elle s'empressa d'avoir usé de violence à son égard, pour finir tous deux ... tragiquement!

;o)

Écrit par : Micheline Pace | 03 novembre 2008

Blondesen et Micheline Pace, vous avez tout-à-fait raison de faire référence à la mythologie grecque. En effet, elle sait merveilleusement mettre en scène les différentes dynamiques intrapsychiques de notre être. Il vaut la peine de connaître ces histoires non pas seulement pour leurs côtés scéniques mais bien par ce qu'elles nous enseignent en-deçà des images.
Même si j'ai étudié le grec pendant 5 ans, je n'ai malheureusement pas reçu cet enseignement subtil et je ne peux pas vous dire à quel personnage mythologique se réfère le parâtre. J'espère qu'un de mes lecteurs nous en donnera la réponse.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 05 novembre 2008

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